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Arrêté 22 ans plus tard pour le meurtre de Guylaine Potvin

Le suspect Marc-André Grenon doit aussi faire face à une accusation de tentative de meurtre sur une autre femme

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Plus de 22 ans après les faits, un homme de 47 ans a été épinglé pour le meurtre de Guylaine Potvin, à Jonquière, ainsi que pour une tentative de meurtre la même année, à Québec. 

Dominique Lelièvre, Le Journal de Québec

• À lire aussi: Le suspect menait une vie solitaire à Granby

Photo courtoisie

Il s’agit d’une percée majeure dans ces dossiers ouverts depuis plus de deux décennies. Le meurtre gratuit et sauvage de l’étudiante au cégep de Jonquière avait semé l’émoi à l’époque.

La mère de Guylaine Potvin, Jeannine Caouette, ici photographiée en 2015, a dit mercredi qu’elle a toujours gardé espoir de voir le meurtrier de sa fille être épinglé.
Photo d'archives
La mère de Guylaine Potvin, Jeannine Caouette, ici photographiée en 2015, a dit mercredi qu’elle a toujours gardé espoir de voir le meurtrier de sa fille être épinglé.

Les parents de Guylaine Potvin ont toujours cru que le meurtrier de leur fille serait arrêté. «J’ai toujours eu espoir. On ne vivait pas seulement pour ça. Les enquêteurs sont venus nous rencontrer et on ne voulait pas se créer trop d’attentes. C’est un soulagement, mais ça réveille aussi les émotions», a affirmé sa mère, Jeannine Caouette, mercredi.

Guylaine Potvin, alors âgée de 19 ans, a été tuée en avril 2000 dans son logement de Jonquière.
Photo courtoisie
Guylaine Potvin, alors âgée de 19 ans, a été tuée en avril 2000 dans son logement de Jonquière.

La Sûreté du Québec (SQ) a annoncé mercredi l’arrestation à Granby de Marc-André Grenon, 47 ans, par les enquêteurs de sa division des disparitions et des dossiers non résolus. L’homme a été dépeint comme un solitaire par ses voisins.

Le suspect n’avait pas encore comparu mercredi soir et devrait être amené devant la cour jeudi

Marc-André Grenon
Photo courtoisie
Marc-André Grenon

Un cauchemar

Le corps de Guylaine Potvin, 19 ans, a été retrouvé dans son logement de la rue Panet, à Jonquière, le matin du 28 avril 2000. Battue, agressée sexuellement puis étranglée à mort, la jeune femme originaire de Saint-Eugène-d’Argentenay au nord du lac Saint-Jean, a vécu un véritable cauchemar.

L’enquête policière a démontré «certaines similarités» avec un autre geste crapuleux survenu à Sainte-Foy, en juillet 2000, selon la SQ. 

  • Écoutez l'entrevue avec Jean-François Guérin à l’émission de Yasmine Abdelfadel diffusée chaque jour en direct 14 h 15 via QUB radio : 

Une autre étudiante vivant seule s’était alors fait agresser dans son logement puis avait été laissée pour morte. Elle avait survécu.

Le suspect Marc-André Grenon, 47 ans, de Granby, a été appréhendé mercredi par les policiers et doit comparaître aujourd’hui au tribunal.
Photo tirée de Facebook
Le suspect Marc-André Grenon, 47 ans, de Granby, a été appréhendé mercredi par les policiers et doit comparaître aujourd’hui au tribunal.

Dans les mandats d’arrestation, on peut lire qu’il est reproché à Grenon d’avoir causé la mort de Guylaine Potvin et de l’avoir agressée sexuellement, ainsi que d’avoir tenté de causer la mort d’une personne en l’étranglant et d’avoir commis une agression sexuelle grave sur celle-ci, vers le 3 juillet 2000, à Sainte-Foy.

Le même ADN ayant été relevé sur les scènes des deux crimes, les enquêteurs ont conclu qu’ils étaient l’œuvre du même prédateur. Mais ils étaient incapables d’identifier l’individu relié à cet ADN.

«C’est grâce au travail minutieux et de longue haleine des enquêteurs de la division des dossiers non résolus de la Sûreté du Québec, en collaboration avec le laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale, et les méthodes innovantes utilisées de nos jours en biologie judiciaire que le suspect a pu être identifié et arrêté», a expliqué le corps de police, mercredi.

La Sûreté du Québec a fouillé mercredi l’appartement où résidait Marc-André Grenon, sur la rue Laval Sud, à Granby.
Photo Antoine Lacroix
La Sûreté du Québec a fouillé mercredi l’appartement où résidait Marc-André Grenon, sur la rue Laval Sud, à Granby.

Beaucoup d’émotions

Bruno Cormier, l’ancien enquêteur de la police de Saguenay et aujourd’hui retraité, a réagi avec beaucoup d’émotion. «Lorsque j’ai eu l’information de l’arrestation, j’en ai eu des frissons», a-t-il expliqué.

«Je suis extrêmement heureux. J’ai pu parler à des collègues aussi retraités. Nous sommes tous heureux de pouvoir mettre un nom et un visage sur le suspect. Je pense à la famille Potvin et également à la deuxième victime», a ajouté M. Cormier.

Depuis le début de l’enquête, il y a 22 ans, Bruno Cormier gardait dans son portefeuille une photo de Guylaine Potvin en raison des liens étroits qu’il avait développés avec la famille au fil de l’enquête.

– Avec la collaboration de Nicolas Saillant, Jean-François Racine et TVA Nouvelles

Une deuxième présumée victime marquée à vie

L’arrestation de Marc-André Grenon représente aussi la fin d’un trop long chapitre pour sa deuxième présumée victime, agressée, étranglée et laissée pour morte dans son appartement de Sainte-Foy quelques mois à peine après le meurtre de Guylaine Potvin.

Pierre-Paul Biron, Le Journal de Québec

Vingt-deux longues années se seront écoulées entre le moment où la femme s’est réveillée alors qu’elle se faisait étrangler fortement dans son appartement et le moment où elle a pu mettre un nom et un visage sur le présumé responsable de son calvaire. 

Ces longues années qui passent et qui laissent des traces, elle les a déjà abordées dans une entrevue choc qu’elle avait accordée à l’émission J.E, en 2018.

Elle l’avait fait à visage caché, sans que soient dévoilés son identité et le lourd secret qu’elle portait.

«C’est 18 ans [en 2018] à devoir cacher mon identité, cacher quand j’ai de la peine, cacher quand je dois parler aux enquêteurs. À cacher à ma propre famille ce qui s’est passé. C’est 18 ans de mensonges, 18 ans de prison ferme», illustrait la femme, ajoutant que depuis tout ce temps, c’est elle qui purgeait une lourde peine.

«Lui, il n’en a pas, de conséquences.»

Même prédateur

C’était jusqu’à mercredi. Ce «lui», c’est présumément Marc-André Grenon, 47 ans, résident de Granby.

Quelques mois seulement après avoir possiblement tué Guylaine Potvin, il aurait tenté de répéter la même folie.

Les prélèvements d’ADN avaient confirmé que le même prédateur était entré chez la jeune étudiante de l’Université Laval dans la nuit du 3 juillet 2000, avant de l’étrangler dans son lit et de la frapper.

«Il a cherché à me tuer»

«Si je regarde les blessures que j’avais, il a cherché à me tuer, ça, c’est clair. Par strangulation avant tout, et il m’a donné plusieurs coups au visage, longtemps», confiait-elle à l’époque au journaliste Jean-François Guérin, qu’elle a justement relancé la semaine dernière, par hasard, pour lui demander s’il avait de nouvelles informations. 

Puis vint une violente agression sexuelle, comme ça avait été le cas pour Guylaine Potvin.

La différence, c’est que cette deuxième jeune femme n’était pas morte, ayant repris connaissance juste assez longtemps pour composer le 911.

«Il m’a strangulé [sic] assez fort et assez longtemps pour penser que j’étais morte avant de m’agresser, et ça, ça s’appelle de la nécrophilie», insistait-elle, ajoutant être marquée à vie par l’odeur de l’homme et la sensation de ses mains sur son cou.

  • Écoutez l'entrevue avec Jean-François Guérin à l’émission de Yasmine Abdelfadel diffusée chaque jour en direct 14h15 via QUB radio : 

Émotions d’une grande violence

Cette victime, laissée pour morte en 2000, vivra assurément des émotions d’une grande violence maintenant que le possible responsable du drame qui a chamboulé sa vie pourrait se retrouver en procès.

Même si l’ADN de l’homme avait été recueilli sur les lieux des deux agressions, aucun match n’avait pu être établi.

D’autres victimes?

Et maintenant, la question de savoir s’il peut avoir fait d’autres victimes au fil des ans reste évidemment d’actualité. Une question qui ne fait aucun doute pour sa présumée victime de juillet 2000.

«S’il est capable d’en faire deux, il est capable d’en faire 20», croyait la femme lors de l’entrevue accordée en 2018.

«C’est un homme qui a besoin de faire ce type de crime là, qui a besoin de tuer ses victimes, d’agresser des jeunes filles.»

- Pierre-Paul Biron, Le Journal de Québec

IL SERA ACCUSÉ DANS CES DEUX DOSSIERS

  • Guylaine Potvin, 19 ans, retrouvée sans vie dans son logement de la rue Panet à Jonquière, le 28 avril 2000 au matin
  • Une étudiante de l’Université Laval, 20 ans, laissée pour morte dans son logement de l’avenue Chapdelaine à Sainte-Foy, le 3 juillet 2000 en fin de nuit

DES SIMILITUDES TROUBLANTES*

  • Deux victimes à l’aube de la vingtaine
  • Toutes deux auraient été battues, étranglées et agressées sexuellement dans leur lit
  • Des « trophées » ont été dérobés par l’agresseur, dont une bague de finissante subtilisée à sa première victime, un bracelet à sa seconde,un appareil photo, un petit coffre et une bourse
  • Des échantillons d’ADN correspondants ont été retrouvés sur les deux scènes de crime

*Source : Reportage de l’émission J.E (2018)

PLUSIEURS ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

  • Marc-André Grenon, 47 ans, a été arrêté pour un vol commis à Chicoutimi trois jours avant le meurtre de Guylaine Potvin. Il a pu retrouver sa liberté sous conditions le jour même.
  • L’homme a cumulé plus d’une vingtaine de dossiers criminels entre 1993 et 2006 dans les districts de Chicoutimi, Québec, Montréal et Laval. 
  • Il a notamment été condamné pour des accusations d’introduction par effraction dans le but d’y commettre un crime, d’intrusion de nuit, de recel de plus de 5000 $, des vols, de la possession de cannabis, de méfait et non-respect de conditions.
  • Sa plus lourde peine a été de trois mois de prison, assortie d’une probation de 2 ans, mais il a additionné les courts séjours en prison et les amendes, allant jusqu’à 750 $.
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