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Dossier santé numérique: Québec prévoit engager plus de 200 employés, des embauches qui font sourciller

Senior doctor using his tablet computer at work (color toned image)
Photo Adobe Stock Le Dossier santé numérique (DSN) aura notamment comme but de rendre le travail des professionnels de la santé plus efficace et agréable, selon le gouvernement du Québec.

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Québec devra créer une nouvelle structure et embaucher jusqu’à 222 nouveaux employés pour déployer le fameux Dossier santé numérique, selon un document interne obtenu par Le Journal. 

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Le CIUSSS de la Mauricie–Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a été chargé de créer un centre d’expertise pour développer ce projet pilote qui servira à numériser l’ensemble des données du réseau de la santé. 

À terme, les patients pourront visualiser l’ensemble de leur dossier médical, tout comme les professionnels qu’ils consulteront. Le gouvernement espère ainsi réaliser d’importantes économies, mais également faciliter le parcours du patient au sein du réseau. 

Pour y arriver, le CIUSSS MCQ prévoit recruter une équipe « pouvant atteindre deux cent vingt-deux personnes », révèle un document de la présentation faite le 29 septembre dernier par la directrice adjointe du Programme Dossier santé numérique, Patricia Cossette, et dont notre Bureau parlementaire a obtenu copie. 

Mécontentement à l’interne

Ces embauches massives font sourciller à l’interne, puisque la Direction des ressources informatiques du CIUSSS compte déjà quelque 230 employés. 

« Continuer à mettre en place des grosses structures dans le réseau de la santé n’est certainement pas une solution aux problèmes existants », affirme une source au CIUSSS MCQ.

Ce nouveau centre d’expertise pilotera les deux projets vitrines qui serviront à tester le Dossier santé numérique, dans le CIUSSS de la Mauricie-et-Centre-du-Québec et celui du Nord-de-l’Île-de-Montréal. 

Si les essais sont un succès, le déploiement de ce système promis depuis plus de 20 ans se fera ensuite à la grandeur du Québec. 

Mais le lancement de cet immense chantier prend déjà un léger retard. Au printemps dernier, Québec promettait de déployer les deux projets vitrines avant la fin de l’année 2022. 

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal indique toutefois que « les activités concrètes de déploiement ne commenceront pas avant que le fournisseur soit déterminé par appels d’offres, début février 2023 ». 

Par le passé, le coût du projet de DSN a été évalué à près de 3 G$ par le sous-ministre adjoint alors responsable du dossier. 

Mutisme au MSSS

Pour le moment, tant le ministère de la Santé que les deux CIUSSS concernés ont refusé nos demandes d’entrevue, affirmant qu’il est trop tôt dans le processus. 

Une porte-parole du MSSS a également refusé de confirmer les informations sur le nombre d’embauches requises pour l’ensemble du projet ainsi que son coût « pour des raisons stratégiques considérant l’appel d’offres en cours ». 

Dossier santé numérique : 4 objectifs visés

1) Améliorer les résultats cliniques

► En offrant le bon service au bon patient, mais aussi grâce à un accès aux données qui donnera une vue d’ensemble de la santé de la population du Québec. 

2) Réduire les coûts

► En réduisant les tests et le gaspillage de fournitures. 

3) Meilleure expérience pour les usagers 

► Les patients pourront consulter leur dossier, mais également partager de nouvelles informations avec leur médecin. 

4) Améliorer l’expérience des cliniciens

► Ils pourront voir le travail des intervenants qui les ont précédés. Québec pourra aussi mieux coordonner et financer les services selon le parcours de soins.

Un système digne du 21e siècle

De gros bénéfices espérés :

Si tout va comme prévu, Québec pourrait réaliser de grosses économies grâce à la mise en place d’un système unifié. Le Dossier santé numérique (DSN) permettrait de mettre fin à 400 systèmes d’information présentement utilisés, avec les frais de contrats et les heures de consultants qui y sont associés. 

Mais plus encore, un outil unique évitera les dédoublements. Ainsi, le ministère de la Santé estime pouvoir réduire de 50 % les erreurs liées à la médicamentation (prescription, dispensation et administration). Les tests en laboratoire réalisés en double seraient diminués de 15 %, les séjours de plus de 24 heures à l’urgence verraient une diminution de 10 %, tout comme les demandes d’accès à l’information des usagers.  

Une mission complexe :

L’entreprise responsable d’opérer cette révolution numérique sur l’ensemble du territoire québécois aura tout un défi. En effet, on compte 9000 systèmes d’information, 65 000 équipements connectés, 2000 équipements de télésanté et 220 000 ordinateurs. 

C’est sans compter les quelque 400 000 employés du réseau qui devront apprendre à utiliser le nouvel outil. 

L’écosystème actuel du réseau de la santé est « extrêmement complexe, très peu intégré et vieillissant », écrit le MSSS. Il s’agit d’un « ensemble hétéroclite de systèmes développés en silo », ajoute l’appel d’offres, en rappelant que le fax et les dossiers papier y sont toujours rois. 

Pour réussir la transition, Québec formera 250 superutilisateurs, qui auront la tâche d’accompagner leurs collègues. 

La Mauricie aux commandes :

C’est au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec qu’on a confié le mandat de développer le projet, via la création d’un Centre d’expertise. La nouvelle PDG de l’établissement, Natalie Petitclerc, était jusqu’à récemment directrice adjointe (soutien, administration et performance) au CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

Plus gros CIUSSS du Québec, il sera aussi un des deux choisis pour tester le DSN dans un premier temps, avec le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. 

Le système sera mis à l’essai sur une durée de deux ans dans ces deux établissements. Une fois l’expansion approuvée pour l’ensemble du territoire, celle-ci devrait prendre environ cinq ans. 

Une solution clés en main :

Contrairement à d’autres projets passés qui ont abouti sous l’onglet Bordel informatique du Journal, le DSN ne sera pas développé à l’interne. Cette fois, Québec recherche « une solution existante et éprouvée de type clés en main », qui inclut le logiciel, l’hébergement et la mise en œuvre. Dans l’est de l’Ontario, par exemple, trois hôpitaux viennent d’adopter le système Epic. Celui-ci permet aux patients d’avoir accès à leurs données, mais il faut payer un abonnement. Les abonnés au système MyChart ont accès à leur dossier médical, aux résultats de leurs tests, à leurs rendez-vous à venir, à la liste d’allergies et médicaments, etc.  

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