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Et si on se passait de la langue française?

STOCKQMI-ÉCOLE
Photo d'archives, Agence QMI

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On apprenait récemment qu’un examen de français retarde l’entrée sur le marché du travail d’un futur professeur sur cinq dans les universités du Québec. Ce test, qui évalue la maîtrise de la langue des étudiants en enseignement, est loin de faire l’unanimité. Certains étudiants souhaiteraient même que son niveau de difficulté soit revu à la baisse car, dans sa mouture actuelle, pour le réussir, «il faut vraiment être un expert de la langue française». 

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On commence à s’habituer à ce type de revendications absurdes. Il y a un an, presque jour pour jour, rappelons que la ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann prenait très sérieusement le temps de considérer la possibilité de permettre l’usage du logiciel de correction Antidote lors de l’épreuve uniforme de français au collégial.

L’amour et le respect de la langue...

On le sait, la langue de Miron reçoit la volée du siècle au Québec, et plus particulièrement à Montréal; les données du recensement de 2021 sont catégoriques et doivent continuer de résonner. Mais visiblement, ce n’est pas seulement sa présence qui recule, c’est aussi l’amour et le respect qu’on lui porte.

Tandis qu’il est inconcevable d’imaginer des étudiants en génie électrique, en droit ou même en enseignement de langue anglaise demander des accommodements, c’est à visage découvert que de futurs professeurs de français remettent en question la pertinence d’un test qui vise – rappelons-le tout de même – à évaluer leur capacité à faire office d’autorité en la matière.

Ce que ces jeunes étudiants nous disent, c’est que si le Québec a besoin de juges «experts» du Code criminel, de comptables «experts» des budgets et de dentistes «experts» dans le traitement des caries, des professeurs de français «experts» de la langue française, on peut très bien s’en passer.

  • Écoutez Rémi Villemure au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Interchangeable?

N’en déplaise à ceux qui soutiennent que la langue française est une colline particulière dans notre monde, elle est maintenant interchangeable. Oui, à vrai dire, si elle nous casse la tête, il y a toujours l’anglais, la langue cool, celle de l’avenir et qui s’apprend par l’entremise de la propagande Netflix et des âneries qui défilent sur TikTok.

Pourrait-on en revenir de la langue française et de la culture?

Les langues ne sont peut-être après tout que des outils de communication. Et comme notre époque est celle de la performance, de la vitesse et de «la monarchie absolue» de l’intelligence technique sur la vie de l’esprit, comme l’écrivait le philosophe Alain Finkielkraut à Antoine Robitaille à la fin des années 1990, il serait grand temps de rattraper le peloton et d’entrer dans la modernité.

La capitulation de ces jeunes étudiants est révélatrice.

La langue française n’est plus au goût du jour. Elle devrait peut-être songer à renoncer à être celle de la culture et pour ce faire, embrasser les vertus de la nonchalance. Évidemment, elle ne pourra jamais détrôner l’anglais, mais il y a tout de même des avantages à s’abandonner au cours du monde.

C’est moins épuisant que de ramer à contre-courant.

En plus, il semblerait qu’on ne ressent même pas de douleur quand on s’endort à tout jamais. Mais est-ce que c’est cela qu’on veut? S’endormir à tout jamais?

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Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

Rémi Villemure, Auteur et étudiant à la maîtrise en histoire

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