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Urgence dans les urgences

people in a waiting room of hospital, men and women wait their turn
Photo Adobe Stock Qui s’assurera de la sécurité et du bien-être de nombreuses personnes vulnérables qui, pour désengorger les urgences, seront sorties de l’hôpital pour y libérer des lits?

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Le ministre de la Santé, Christian Dubé, promet de désengorger les urgences plus bondées que jamais. En réponse aux urgentologues qui, depuis juin, lui crient leur désarroi, le ministre a créé une «cellule de crise».

Or, toute cellule de crise crée nécessairement des attentes et une obligation de résultats. Car qui dit crise, sans jeu de mots, dit urgence. C’est pourquoi en cas d’échec, les citoyens en sortent plus découragés encore.

D’autant plus qu’au Québec, depuis des décennies, le débordement des urgences est un problème chronique. Pas étonnant. Les gouvernements n’ont jamais agi concrètement pour y remédier.

Cette fois-ci sera-t-elle différente? Espérons-le. Pour la région montréalaise, le ministre Dubé annonce donc trois mesures. 

  1. Les parents d’enfants malades pourront contacter le 811 pour tenter d’avoir un rendez-vous avec un médecin ou un autre professionnel.
  2. Création de deux cliniques d’infirmières praticiennes spécialisées. 
  3. Pour des patients hospitalisés qui n’auraient plus besoin de soins actifs, 1700 places en CHSLD et en ressources intermédiaires seront achetées.

Or, qui s’assurera de voir à ce que ces patients, particulièrement les plus vulnérables, dont des personnes aînées en perte d’autonomie ou des adultes en situation de handicap intellectuel, n’atterrissent pas dans des ressources dénuées de la formation et de l’équipement nécessaires pour en prendre bien soin?

Qui les protégera?

Qui verra à protéger leurs droits, leur sécurité et leur santé dans des ressources nettement moins équipées et encadrées qu’un milieu hospitalier? La question se pose pour deux raisons.

Primo, ces «placements» risquent de se faire dans la précipitation. Deuxio, comme l’a démontré une enquête récente du Devoir, dans plusieurs ressources intermédiaires, il existe déjà des lacunes majeures quant à la qualité des soins donnés et à la formation des préposés.

Le ministre Dubé dit aussi vouloir encourager l'hébergement à domicile avec la participation des proches aidants. Lesquels sont majoritairement des femmes déjà épuisées en plus par la pandémie.

Ces inquiétudes, le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU) – hyper branché sur le terrain –, les exprime aussi. Tout en souhaitant ardemment que le ministre réussisse, la directrice générale du RPCU, Sylvie Tremblay, soulève néanmoins des questions importantes, dont celles-ci.

Déjà à bout de souffle

«Les personnes proches aidantes seront-elles consultées sur leur capacité à effectuer le travail avant la prise en charge des personnes aidées? Avez-vous prévu un soutien adéquat, aussi physique que psychologique à ces personnes, ainsi que des moments de répit?»

Également celles-ci: «Avec la rareté de professionnels que nous connaissons, comment le Ministère garantira-t-il une présence professionnelle essentielle pour assurer un soutien adéquat aux personnes proches aidantes et aux personnes aidées? Quels seront les mécanismes de suivi? Comme toujours, comment assurer la sécurité et la bienveillance des personnes vulnérables concernées recevant des services en résidences privées ou ressources intermédiaires?»

Dans un réseau à bout de souffle et en grave pénurie de main-d’œuvre, de ces réponses, si elles viennent, dépendront la sécurité et le bien-être de nombreuses personnes vulnérables qui, pour aider à désengorger les urgences, seront sorties de l’hôpital pour y libérer des lits.

L’objectif de tenter à nouveau de désengorger les urgences est louable. C’est évident. Mais s’il est atteint, le sera-t-il au détriment des plus vulnérables? La vraie question, elle est là.

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