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NFL: Benjamin St-Juste en plein rêve à Washington

Le Québécois est comblé à sa deuxième saison avec les Commanders de Washington

Benjamin St-Juste
Photo courtoisie Benjamin St-Juste a profité de rares moments libres récemment pour visiter les attraits touristiques de Washington comme la Maison-Blanche, en compagnie de sa mère Louise Valiquette.

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RESTON, Virginie | Puisqu’il occupe un rôle de partant à une position clé dans la défense des Commanders, la vie de Benjamin St-Juste a changé à Washington. Passant de moins en moins incognito, il arrive tout de même à préserver son intimité dans le coquet centre-ville de Reston, en Virginie. Rencontre avec le demi de coin québécois qui doit encore se pincer pour réaliser qu’il en est à sa deuxième saison dans la NFL.

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Ça sent encore le neuf dans les charmantes rues ornées de boutiques et de restaurants, à 35 km à l’ouest de Washington. Le centre-ville de Reston a été construit en 1988 et ne cesse d’être développé depuis. 

C’est là que Benjamin St-Juste habite et qu’il a accordé un généreux entretien au Journal après une longue journée d’entraînement et de préparation à l’approche du match de demain, face aux Vikings du Minnesota. Une rare incursion dans la « bulle », qui lui est si chère.

« C’est un endroit qui me donne la chance d’avoir de la tranquillité. J’aime interagir avec le monde, mais je veux que ma bulle soit protégée. J’adore aussi me promener à Washington qui te donne tout ce qu’une grosse ville peut t’offrir, mais en plus intime, plus propre, plus historique, avec plein de musées et une belle architecture », a raconté celui qui a grandi sur le Plateau, puis à Montréal-Nord et à Rosemère.

Le demi de coin des Commanders plaque ici le quart-arrière des Cowboys Cooper Rush lors du match du 2 octobre, à Dallas.
Photo d'archives
Le demi de coin des Commanders plaque ici le quart-arrière des Cowboys Cooper Rush lors du match du 2 octobre, à Dallas.

Une popularité nouvelle

S’il est séduit par sa région d’adoption, c’est aussi parce que jusqu’à maintenant, les partisans le reconnaissent sans devenir envahissants. 

Joueur désormais établi, mais qui n’est pas encore perçu comme une vedette de l’équipe, il jouit donc d’une popularité qui n’a rien de malsain et qu’il s’assure de bien gérer.

« Plus j’ai de temps de jeu, plus on me reconnaît dans les lieux publics. C’est toujours respectueux jusqu’à maintenant. On me demande seulement si je suis Benjamin St-Juste, si on peut prendre une photo avec moi. J’apprécie ça. 

« Je suis conscient que, dépendamment de la façon dont je réagis, c’est mon nom qui est en jeu. Si je suis bête avec un enfant ou un parent, c’est l’impression que je laisse. En public, tu représentes toujours plus que toi-même », a sagement réfléchi le jeune homme de 25 ans.

Benjamin St-Juste
Photo courtoisie

Comme dans un jeu vidéo 

Depuis qu’il a été sélectionné au 74e rang du repêchage de 2021, la vie de St-Juste est un tourbillon. 

Entre sa saison initiale marquée par deux commotions cérébrales, un mariage, un camp de football qui a fait rêver 500 jeunes à Montréal et la saison en cours, il s’est retrouvé face aux Aaron Rodgers, Josh Allen et Patrick Mahomes de ce monde.

« Je me dis souvent : wow ! J’ai toujours été fasciné par le jeu vidéo Madden et là, je ne joue plus avec ces gars-là à l’écran, mais je suis sur le terrain face à eux. J’ai toujours ce moment de reconnaissance. Même aujourd’hui, en quittant le terrain après la pratique, je me disais : c’est vraiment ça mon travail ? 

« Avec mes amis l’hiver dernier, on s’est fait un trip de ski à Tremblant. On s’est mis à se demander ce qu’on voudrait faire le plus au monde dans la vie. Quand c’est venu mon tour, tous mes chums m’ont fait réaliser que je vivais le rêve. Surtout quand tu viens du Québec... C’était quoi les chances que ça m’arrive ? », a-t-il lancé en esquissant un large sourire.

L’épouse du Québécois, Julia Hall, souhaite bonne chance à son homme avant la rencontre face aux Cowboys.
Photo courtoisie
L’épouse du Québécois, Julia Hall, souhaite bonne chance à son homme avant la rencontre face aux Cowboys.

Un moment d’éveil

En effet, à une époque qui semble aujourd’hui lointaine lorsqu’il jouait son football scolaire avec les Loups de l’école Curé-Antoine-Labelle et les Spartiates du cégep du Vieux Montréal, rien ne semblait le prédestiner à une carrière dans la NFL.

En 2014, il était même retranché d’Équipe Québec, un événement qui a fouetté son orgueil. 

Le numéro 25 de la formation de Washington s’apprête à mettre le grappin sur le receveur de passes Alec Pierce lors de la partie de dimanche contre les Colts, à Indianapolis.
Photo d'archives
Le numéro 25 de la formation de Washington s’apprête à mettre le grappin sur le receveur de passes Alec Pierce lors de la partie de dimanche contre les Colts, à Indianapolis.

Une bourse d’études

Mais c’est surtout un an plus tard, lorsque sa participation à un camp au Michigan lui a valu une bourse d’études complète des Wolverines, dans la NCAA, que le grand éveil s’est produit en lui.

« Ils ont vu mon talent avant que moi-même, je croie en moi. Je suis allé à ce camp juste pour me comparer. Je n’avais aucune idée c’était quoi le système des joueurs trois étoiles ou quatre étoiles, du recrutement et des bourses. Quand ils m’ont dit qu’ils m’offraient une bourse pour quatre ans, je n’avais aucune idée de ce que ça représentait. Je partais de très loin. 

« Ça m’a fait réaliser que des gens croyaient en moi et que je pouvais changer ma vie. C’est ce qui a provoqué un tournant en m’amenant la discipline. Je me suis créé de nouvelles valeurs que j’utilise encore aujourd’hui », a-t-il confié.

À la lumière de l’éclosion qu’il connaît cette saison, ce sont des valeurs qu’il risque d’utiliser encore longtemps.

Une organisation critiquée

Benjamin St-Juste
Photo AFP

S’il y a une seule ombre au tableau dans la belle aventure de Bemjamin St-Juste dans la NFL, c’est que l’organisation des Commanders soulève des tonnes de critiques. Les scandales qui enlisent le propriétaire Daniel Snyder devraient le forcer à vendre cette franchise autrefois parmi les plus respectées. Le Québécois ne cache pas que la situation peut devenir lourde. « Depuis que je suis arrivé ici, c’est un nuage noir au-dessus de notre organisation. Chaque fois qu’il y a quelque chose de bon qui se passe sur le terrain, quelque chose de mauvais se passe à l’extérieur. Ça nous donnerait une belle énergie d’avoir un nouveau départ et de retrouver la confiance des fans », a-t-il affirmé. 

La vie avec Julia

Benjamin St-Juste
Photo courtoisie

Durant la saison morte, St-Juste a épousé sa Julia, qu’il avait rencontrée à l’Université du Michigan, où elle était étudiante-athlète comme lui. La spécialiste du 400 m et du relais partage sa vie depuis, et le couple vit ensemble à Reston. « Julia est ma meilleure amie avant d’être ma femme, donc c’est une relation facile. Elle a toujours compris ce qui vient avec la vie d’un athlète, les horaires chargés, les blessures, la fatigue... C’est important de pouvoir vivre avec une personne en qui tu peux mettre ta confiance, être honnête, être vulnérable. Cette personne pour moi, c’est Julia », dit-il en rendant un touchant hommage à sa douce moitié.

L’exemple des parents

Benjamin St-Juste
Photo courtoisie

Né à Montréal d’une mère québécoise et d’un père haïtien, Wilbert St-Juste, Benjamin se dit aujourd’hui reconnaissant non seulement des sacrifices de ses parents dans le cadre de sa réussite, mais du modèle d’inclusion et d’ouverture qu’ils ont projeté. « Le fait d’avoir grandi avec deux cultures est un cadeau. Ça m’a fait connaître, découvrir des environnements que je n’aurais pas connus. Ça m’a permis de m’exprimer correctement dans différents environnements et de comprendre différents points de vue. C’est l’une des plus belles choses qui peut nous être donnée dans la société d’aujourd’hui, d’être capable de se mettre dans les souliers de quelqu’un d’autre », s’est-il exprimé.

Un autre St-Juste

Benjamin St-Juste
Photo courtoisie

Benjamin ne sera peut-être pas l’unique St-Juste dans la NFL. Son jeune frère Noah, qui évolue à Clearwater Academy, en Floride, a déjà reçu six offres d’universités en première division de la NCAA en vue de l’automne prochain. Receveur depuis sa jeunesse, il a été converti à la position de demi de coin dans la dernière année. Y aura-t-il donc deux frères St-Juste dans la NFL d’ici quelques années ? « C’est sûr ! » tranche sans hésiter Benjamin. « À son âge, il est beaucoup plus avancé que moi. Mon frère, c’est moi en version améliorée. Son potentiel est plus haut que le mien. Quand il vient avec moi à Atlanta, on s’entraîne avec des demis de coin comme Jaylen Ramsey, Jaycee Horn, AJ Terrell... Tous ces gros joueurs nous disent : ce jeune-là est vraiment bon ! »

Une première interception ?

Benjamin St-Juste
Photo AFP

Le 2 octobre à Dallas, le demi de coin, en couverture sur le receveur Noah Brown, pensait bien qu’il venait de réussir sa première interception en carrière dans la NFL. Or, une pénalité pour contact illégal a été appelée contre lui. Ce n’est que partie remise, pour celui qui rêve à ce grand moment. « Quand j’ai vu le mouchoir, je ne voulais pas y croire ! La NFL est très axée sur l’offensive. Après 5 verges, si tu touches au receveur, il y a de grosses chances que ce soit puni. Il y a une grosse emphase là-dessus. Il faut que les fans soient contents et que les gens écoutent à la télévision. Je ne suis pas stressé parce que je sais que le ballon s’en vient vers moi à chaque match. Ça va arriver quand ça va arriver. »

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