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La montée du PQ dans les sondages était prévisible

La montée du PQ dans les sondages était prévisible
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Le sondage paru hier dans nos pages confirme ce que les bons observateurs pouvaient deviner: le PQ était, au cours de la dernière campagne électorale, sur une lancée, et n’a pas eu le temps d’engranger tous les appuis que lui permettait sa dynamique favorable. Cette dynamique travaille encore l’électorat. PSPP, grâce à sa campagne étonnante, qui a surpris jusqu’aux plus antipéquistes, a sorti le Parti Québécois de la chambre des soins palliatifs, et à la surprise de tous, l’a ressuscité. Il avait une mission: arriver autour de 15% et se faire élire dans sa circonscription. Il y est parvenu. Il compte de nouveau dans la vie politique.

Mais la poussée du PQ dans les sondages s’explique aussi par deux tendances indépendantes, qui pourraient toutefois s’entraîner l’une l’autre. 

La première: la CAQ a repris le pouvoir, mais on ne parvient pas trop à savoir pourquoi. On sait qu’elle veut continuer le travail engagé lors du premier mandat, mais on ne sait pas vraiment de quel travail il s’agit. Le deuxième mandat caquiste vient à peine de commencer qu’il laisse déjà les électeurs perplexes.

La deuxième est liée: la CAQ canalise depuis près de cinq ans le nationalisme québécois dans son expression majoritaire. Elle lui assure une traduction politique. Mais il est devenu de plus en plus clair, ces dernières semaines, qu’elle se contentait désormais d’en faire un slogan. La CAQ est nationaliste, mais cela ne veut plus dire grand-chose. 

On l’a vu avec le dossier de l’immigration. François Legault, dans le cadre de la campagne, avait annoncé qu’il refuserait de hausser les seuils au-delà de 50 000 immigrés par année (cette manière de présenter les choses laisse de côté le dossier des travailleurs temporaires et celui du chemin Roxham, mais nous y reviendrons dans un prochain texte) car une telle hausse serait suicidaire (50 000 par année, c’est suicidaire aussi, mais nous y reviendrons aussi plus tard). 

Et que s’est-il passé depuis?

Il y a quelques jours, Ottawa a annoncé une hausse massive de l’immigration qui condamne objectivement le Québec à la noyade démographique. Et qu’envisage la CAQ? Elle a fait passer le message qu’elle envisageait de hausser les seuils, en faisant sembler de neutraliser cette hausse car les immigrés qui s’additionneraient seraient «francophones», comme s’il suffisait de dire cela pour abolir par décret toutes les dimensions de l’intégration (d’autant qu’à 50 000 par année, le Québec peine à n’accueillir que des francophones). Qu’en comprennent les électeurs nationalistes? Que la CAQ se contrefiche d’eux. Que sa parole vaut peu de chose. Qu’on cherchera, s’il le faut, à les rattraper en temps et lieu avec une déclaration un peu musclée, car on considère désormais que les slogans suffisent pour les fidéliser. 

Nous sommes en droit de croire que l’aile rouge de la CAQ exerce désormais une hégémonie sur le parti, qu’elle fixe sa doctrine, dans la mesure où elle en a une. On l’avait déjà compris au moment de la composition du Conseil des ministres, avec la mise à l’écart de Simon Jolin-Barette, qui était et demeure le gage d’un nationalisme sérieux à la CAQ. 

Alors, bien des électeurs, je le redis, comprennent le message, se disent que le bleu pâle est davantage pâle que bleu, et se demandent s’ils ne peuvent pas exprimer leur nationalisme ailleurs, à tout le moins mentalement. Ils peuvent alors se tourner vers le PQ, qui, même s’il demeure politiquement faible, est redevenu une option crédible et défolklorisée pour ceux qui veulent voter pour le Québec. Dans l’esprit des électeurs nationalistes, le PQ existe de nouveau. Il n’est pas interdit de penser que l’idée d’indépendance reprenne ainsi sa place dans le débat public, et de belle manière, dans la mesure où elle se présente directement, désormais, comme l’expression de l’instinct de survie du peuple québécois, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, soit dit en passant.

Si la CAQ continue d’agir ainsi, on peut s’attendre à ce que d’autres électeurs fassent le même chemin dans les mois à venir, et que les sondages l’enregistrent aussi. La CAQ aurait intérêt à en tenir compte avant que ne s’installe durablement dans les médias le récit de son épuisement précoce, peut-être causé par des contradictions idéologiques de plus en plus difficiles à surmonter. 

Disons les choses brutalement: François Legault, qui n’est pas un idéologue mais un homme pragmatique, a tout intérêt à reprendre en main son parti, en lui rappelant qu’il est chargé d’assurer la défense de la nation québécoise, dans un cadre politique et un environnement idéologique où sa légitimité est de plus en plus souvent remise en question. François Legault a tout intérêt à mater l’aile rouge de sa coalition avant qu’elle ne gâche son mandat.

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