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Trois fraudeurs coupables d’avoir participé à une fraude sentimentale de 2,4 M$

39 victimes ont été identifiées au Québec et 800 000$ ont transité par les coaccusés vers la Côte-d’Ivoire

Sogli Espoir Kouassi
Photo tirée de Facebook Sogli Espoir Kouassi

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Trois fraudeurs ont plaidé coupable vendredi de fraude amoureuse au palais de justice de Québec, eux qui ont facilité le transfert vers l’étranger de 800 000$ des 2,4 M$ obtenus par la fraude de 39 victimes québécoises.

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Sogli Espoir Kouassi servait de courroie de transmission pour l’envoi d’argent de Québécois fraudés par des individus sans scrupules qui se trouvent principalement en Côte-d’Ivoire.

Ces derniers créaient de faux profils sur les réseaux sociaux et approchaient des Québécois, cherchant à les faire tomber amoureux. Trente-neuf personnes d’un peu partout dans la province sont tombées dans le panneau, envoyant un total de 2,4 M$ à l’étranger.

De cette somme importante, 800 000$ ont transité par Kouassi, qui recevait à son domicile des transferts Interac ou des envois d’argent par des compagnies de livraison. Il se gardait ensuite une commission de 10% à 30% avant d’envoyer le reste des sommes en Côte-d’Ivoire.

Agissant comme facilitateur, Kouassi conseillait également les fraudeurs étrangers sur les méthodes à utiliser, fournissant un accès à son module de connexion à un réseau privé virtuel (VPN) pour que des Ivoiriens puissent accéder à des sites de rencontres québécois. 

À un arnaqueur lui indiquant avoir des problèmes d’argent, il conseille de s’en prendre à des femmes d’ici, qu’il décrit comme étant de bonnes cibles. «Ça va aller. Trouve des Canadiennes. C’est l’été, elles ont de l’argent», écrit-il.

Jusqu’à 170 000$

Le procureur de la Couronne Juan Manzano indique que les sommes dérobées aux victimes québécoises, majoritairement des femmes, varient de 2000$ à près de 200 000$. Les victimes sont âgées de 39 à 85 ans.

L’une d’elles a transféré 170 000$ sur quatre ans à un homme qu’elle croyait être un dénommé Raymond Tremblay, demeurant à Schefferville. 

Leurs échanges se déroulaient toujours sur Messenger, par écrit. En août 2015, l’homme qui n’a jamais existé avise la femme d’un voyage en France, où il aurait été attaqué avec sa fille, qui a été grièvement blessée. Demandant 15 000$ pour les soins médicaux, la victime a été jusqu’à contracter un prêt à la Banque Royale pour réussir à aider celui qu’elle croyait réel.

Un autre individu a créé un profil sous le nom de Philippe Martin, se faisant passer pour un Québécois travaillant pour le fabricant de voitures de luxe Lamborghini, en France. Cancer de sa fille, soins médicaux, accident de voiture à l’étranger, toutes les raisons étaient bonnes pour réclamer de l’argent. Sa victime aura envoyé de l’argent liquide au domicile de Sogli Espoir Kouassi, cachant les billets de banque dans des revues, comme demandé. Cet argent était ensuite transféré à l’étranger.

Le résumé des faits présentés en cour vendredi lors du plaidoyer de culpabilité des trois coaccusés présente Sogli Espoir Kouassi comme «un maillon important de ce vaste réseau de fraude sentimentale».

Ses deux coaccusés, sa conjointe de l’époque, Akissi Christelle Semon, et Yapo Landry N’Cho, sont quant à eux décrits comme des complices coupables d’aveuglement volontaire dans cette affaire. Pas aussi impliqués que Kouassi, ils ont malgré tout accepté qu’il utilise leurs comptes bancaires pour y déposer de l’argent illégalement obtenu.

Faillites et désillusion

Le dossier reviendra devant le juge Mario Tremblay le 18 janvier prochain pour les observations sur la peine. 

Dans les cas de Mme Semon et de M. N’Cho, représentés respectivement par Me Josée Goulet et Me Jean-Félix Charbonneau, les parties ont mentionné en être venues à une suggestion commune. Le cas de M. Kouassi, défendu par Me Gabriel Michaud-Brière, sera quant à lui plaidé à ce moment.

Sept victimes devraient être présentes à cette date pour témoigner des impacts des crimes des accusés sur leur vie. Sept autres produiront des déclarations écrites.

Lors de l’arrestation des suspects en septembre 2020 dans le cadre de l’enquête de la Sûreté du Québec nommée «Pourriel», le fils d’une victime, Sylvain Duguay, avait confié au Journal que sa mère avait dû faire faillite en raison des sommes perdues dans cette triste affaire.

«Toutes ses économies y sont passées. Pourtant, elle a tellement travaillé dur pour amasser chaque sou. Elle a fait deux faillites», racontait l’homme, précisant que sa mère croyait dur comme fer à cet amour. «Il lui promettait de venir au Québec, qu’ils vivraient une belle vie ensemble.»

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