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Les risques d’un chantier de tramway trop long

L’exploitant de celui du Havre suggère à Québec de faire entrer son réseau en service tronçon par tronçon

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Photo courtoisie Le tramway de la ville du Havre est en service depuis dix ans.

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La Ville de Québec risque de perdre de nombreux usagers du transport en commun à cause du long chantier de cinq ans pour construire le tramway, prévient l’exploitant du tramway de la ville française du Havre. 

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C’est l’avertissement que Jérôme Léger, directeur de Transdev Le Havre, a lancé lors d’une entrevue avec Le Journal, alors que débute aujourd’hui une mission du maire Bruno Marchand à Paris, au Havre et à Tunis. 

« Il faut limiter le plus possible l’évaporation des usagers [pendant les travaux]. Il faut les garder au maximum, il ne faut pas qu’ils partent tous vers la bagnole. Sinon, vous allez avoir du mal à les retrouver », conseille celui qui dirige l’opérateur privé chargé de gérer le tramway du Havre depuis sa mise en service il y a dix ans.

Selon lui, « cinq ans, c’est certainement très justifié en vue des travaux, mais ça paraît très long pour l’utilisateur concerné.

En cinq ans, il a le temps de quitter le bus et de reprendre sa voiture ou d’en acheter une. Des travaux condensés sur deux ou trois ans, c’est plus acceptable. L’horizon est plus proche. »

Il n’existe pas de durée type de travaux quand il est question d’un réseau de transport structurant.

Comme chaque projet est unique et que les défis techniques et climatiques diffèrent d’un endroit à un autre, il serait trop hasardeux de comparer les cinq ans de travaux à Québec par rapport au chantier du Havre qui avait duré un peu plus de deux ans à l’époque. 

Une mise en service par section ?

Jérôme Léger, Directeur de Transdev Le Havre.
Photo courtoisie
Jérôme Léger, Directeur de Transdev Le Havre.

Québec et ses futurs partenaires privés doivent tout faire pour raccourcir la durée des travaux, croit M. Léger. Si cela s’avère impossible, il faudrait alors que les parcours de bus soient multipliés pendant le chantier afin d’éviter de rallonger les temps de parcours. 

D’après Jérôme Léger, l’autre alternative à privilégier serait d’examiner « la possibilité d’ouvrir la ligne de tramway quand bien même les travaux ne sont pas tout à fait finis ». 

Jusqu’à maintenant, cette hypothèse d’une mise en service progressive, tronçon par tronçon, n’a jamais été évoquée pour le tramway de Québec.

Le bureau de projet a par contre assuré que les travaux se feront « de façon intelligente » et que les différents secteurs de la ville ne seront pas tous éventrés en même temps. 

Période d’essai d’un an

À Québec, les prétravaux du tramway ont débuté il y a plusieurs mois. Ils consistent essentiellement en un déplacement des réseaux et des câbles souterrains qui ne doivent pas se trouver sous les rails. 

Les travaux de construction vont formellement commencer à l’été 2023 pour une mise en service complète à la fin de l’été ou à l’automne 2028. 

Le bureau de projet du tramway prévoit également que l’ouverture au public soit précédée d’une période d’essai minimale de 12 mois « incluant une période hivernale ».

Il s’agit là d’une des leçons apprises de la mise en service hâtive et ratée du train léger d’Ottawa à l’automne 2019. 

LE TRAMWAY DU HAVRE (en France)

  • Mis en service le 12 décembre 2012
  • Deux lignes (A et B) totalisant 15 km
  • Il relie la ville basse (au niveau de la mer) à la ville haute (où se concentre la population)
  • 23 stations
  • Vitesse commerciale de 19 km/h avec des pointes à 70 km/h
  • Un tunnel de 500 mètres sur le tracé
  • Un projet d’extension à l’horizon de 2027
  • L’extension comprendra deux lignes supplémentaires : un tronçon de 14 km et un autre de 4 km

Peu d’opposition pour l’extension du réseau 

Inauguré à la fin 2012, le tramway du Havre a été énormément contesté par la population pendant la construction. Or, il n’y a quasiment plus d’opposition aujourd’hui pour la seconde phase qui se déploiera en 2027, s’est félicité Édouard Philippe.

C’est ce que le maire du Havre, et ancien premier ministre français, a fait savoir au Journal lors d’un récent passage à Québec. 

« Quand on a pris la décision de faire le tramway, il y avait probablement une majorité de la population du Havre qui était contre. Pendant les travaux, il y avait beaucoup de gens qui étaient très contre. Dès que les travaux ont été terminés, tout le monde s’est rendu compte de l’incroyable intérêt », a relaté M. Philippe. 

Édouard Philippe, maire du Havre et ancien premier ministre de la France. On le voit à Québec, en septembre dernier.
Photo Stevens Leblanc
Édouard Philippe, maire du Havre et ancien premier ministre de la France. On le voit à Québec, en septembre dernier.

Une ville « métamorphosée »

Selon lui, « [pour] la deuxième ligne, personne n’est venu me dire : “C’est une mauvaise idée, on ne devrait pas le faire”. C’est très impressionnant comme succès. »

Gwennaël Allard, président d’une association de commerçants du centre-ville du Havre, a affirmé que « pendant quelques années, durant les travaux, ça a été le bazar.

Pour certains commerçants, ça a accéléré l’arrêt de leurs activités. Mais ça a aussi métamorphosé la ville et ça a participé au dynamisme actuel. »

Rappelant que la voiture occupe une place prépondérante dans les habitudes de déplacement des Havrais, M. Allard s’est dit satisfait de l’extension programmée du tramway. 

« Pour l’extension, il y a ceux qui pensent que les travaux sont un mal pour un bien et ceux qui trouvent que ça va être juste un problème. Mais je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que la situation était meilleure avant l’arrivée du tramway. »  

Chose certaine, « il y a un bon maillage qui se fait actuellement entre le tramway, le vélo, et les déplacements à pied », a-t-il ajouté. 

Particulièrement prisé par les étudiants, le tramway du Havre n’est pas uniquement un projet de transport.

« Il fait partie de la ville. Le look et le design du tram s’intègrent bien à l’architecture du centre-ville. Ce sont des couleurs claires, très minérales », a insisté Gwennaël Allard.

« Il passe au milieu du jardin de la Place de la mairie et il va jusqu’à la plage. C’est assez chouette et ça fait un bel ensemble avec les arbres. Ça participe au look de la ville de façon positive. »

Un projet d’extension du tramway du Havre est dans les cartons à l’horizon de 2027.
Photo d'archives
Un projet d’extension du tramway du Havre est dans les cartons à l’horizon de 2027.

L’importance de la concertation

Chose certaine, la concertation a permis de bonifier le projet d’extension. Jérôme Dubost, maire de Montivilliers, ville située à proximité du Havre, est ainsi passé de farouche opposant à partisan du rallongement du tramway.

Une première mouture du projet faisait perdre le train rapide aux Montivillons et rallongeait leur temps de parcours.

Or, les divers acteurs concernés ont finalement pu trouver des solutions pour que le tracé soit plus direct et pour éviter une longue « run de lait » aux usagers.

« Actuellement, le trajet en voiture prend 30 minutes. Si le trajet en tramway dure 40 minutes, les gens ne le prendront pas. Psychologiquement, il fallait qu’on soit à moins de 25 minutes en tramway avec une fréquence aux huit minutes. Et c’est ce qu’on a obtenu », s’est félicité le maire Dubost.

— Avec la collaboration de Stéphanie Martin

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