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La guerre n’effraie pas les Québécois en Corée

La vie quotidienne des expatriés n’est pas affectée par les tensions entre Séoul et Pyongyang

Valérie Piche, expatriée québécoise en Corée du Sud, devant le r
Valérie Piche, devant le restaurant végan qu’elle a ouvert à Séoul. Photo courtoisie


Des Québécois expatriés à Séoul depuis des années continuent de mener leur vie sereinement malgré les nouvelles menaces proférées par Pyongyang envers la Corée du Sud.

« Honnêtement, c’est business as usual ici, personne ne parle de ça, explique Simon Bureau, natif de Sherbrooke et installé en Corée du Sud depuis 22 ans. Ça fait la une des journaux certes, mais au quotidien, les gens vivent normalement. Je sors souvent au restaurant ou dans les bars, et je ne vois aucun protocole particulier mis en place dans les rues. »

Valérie Piche, expatriée québécoise en Corée du Sud, devant le r
Natif de Sherbrooke, Simon Bureau s’est installé à Séoul il y a 22 ans. Photo courtoisie

Même son de cloche chez Ariane Desgagnés-Leclerc, qui réside à Séoul depuis 10 ans.

Valérie Piche, expatriée québécoise en Corée du Sud, devant le r
Ariane Desgagnés-Leclerc adore son quotidien en Corée du Sud, où elle habite depuis dix ans. Photo courtoisie

« Ces derniers jours, on a beaucoup plus parlé de la bousculade mortelle survenue à l’Halloween que des provocations nord-coréennes, raconte la jeune femme originaire de Rouyn-Noranda. Le sujet n’arrive jamais dans les débats. »

Escalade des tensions

Les tensions diplomatiques se sont pourtant brutalement accélérées ces dernières semaines entre les deux Corées, après une série record de 23 missiles tirés par le régime de Kim Jong-un, l’un d’entre eux atterrissant dans les eaux territoriales sud-coréennes. Séoul avait alors immédiatement répliqué en envoyant trois missiles sol-air près de la frontière maritime intercoréenne.

Lundi, Pyongyang a proféré de nouvelles menaces envers son voisin du Sud, promettant une réponse militaire « soutenue, ferme et écrasante » aux exercices militaires menés conjointement par les États-Unis et la Corée du Sud quelques jours plus tôt.

« Pyongyang fait systématiquement une démonstration de force après les manœuvres entre Washington et Séoul, ce n’est pas nouveau, raconte Simon Bureau. Quand on est loin de la Corée, on a l’impression que la guerre est imminente, mais sur place, personne ne redoute une escalade militaire ou une attaque nucléaire. »

Habitués

Ariane Desgagnés-Leclerc reconnaît qu’elle a pu ressentir de l’inquiétude à son arrivée à Séoul il y a 10 ans, lorsque les tensions entre les deux pays montaient d’un cran.

« Je venais d’arriver et la Corée du Nord avait lancé un missile sur une île déserte sud-coréenne, j’ai pu ressentir de l’appréhension à ce moment-là, raconte la Québécoise de 34 ans. Mais depuis, les provocations sont presque devenues routinières. On sait que ce sont seulement des mots, dès lors, le danger paraît beaucoup moins crédible. »

Valérie Piche, installée ici depuis sept ans, semble moins optimiste.

« Le président sud-coréen actuel, contrairement à l’ancien, a une attitude très négative envers le Nord, explique la jeune femme originaire de Candiac. C’est dommage, car beaucoup de progrès avaient été faits les dernières années pour apaiser les relations entre les deux pays. Tout ce qu’on espère, c’est que la situation ne dégénère pas plus, et malheureusement, la population n’a aucun contrôle sur la situation. »

Séduits par le dynamisme du pays

Officiellement en guerre, la Corée du Sud reste trépidante pour de nombreux expatriés québécois qui ne quitteraient pour rien au monde ce pays qu’ils adorent pour son dynamisme.

Valérie Piche, expatriée québécoise en Corée du Sud, devant le r
Paul-Alexandre Fournier, aussi appelé « Paulseoul », est devenu un youtubeur célèbre en Corée du Sud. Sur la photo, il porte un costume de roi dans un café traditionnel Photo courtoisie

« Quand je suis arrivé ici il y a six ans, j’ai beaucoup fait la fête, car c’est 24/24 », plaisante Paul Alexandre Fournier, Montréalais devenu youtubeur en Corée.

« Séoul ne dort jamais, confirme Ariane Desgagnés-Leclerc, installée depuis dix ans dans la capitale. Peu importe l’heure, il y a toujours quelque chose à faire. »

Valérie Piche, expatriée québécoise en Corée du Sud, devant le r
M. Fortier en compagnie des judokas olympiens Jun Ho Cho et Jun Hyun Cho. Photo courtoisie

« Les Coréens sont impatients par nature, donc tout est très rapide, poursuit-elle. Tout marche super bien, les transports sont hyper efficaces. C’est un rythme de vie qui me correspond bien. »

La qualité des services est également louée par les expatriés. « Ce qui me frappe, c’est l’efficacité des soins hospitaliers, affirme M. Fournier. Ici, en une journée, tu peux être opéré ! »

Choc culturel ?

Une fois la langue apprise, le contact se ferait facilement avec les Sud-Coréens, décrits comme « curieux et ouverts » par les expatriés.

« Ce que j’aime le plus, c’est leur générosité, estime Valérie Piche, originaire de Candiac. Les gens cherchent toujours à offrir un petit quelque chose à ceux qu’ils apprécient, sans rien espérer en retour. »

Quelques différences culturelles se font toutefois ressentir à l’occasion.

« Les hommes coréens doivent faire leur service militaire, et comme je n’ai pas fait l’armée, il y a un décalage à ce niveau-là », explique M. Fournier.

Densité

Comptant près de 27 millions de personnes avec son aire urbaine, Séoul est l’une des villes les plus peuplées au monde.

« On est toujours entouré de beaucoup de gens, ça donne le sentiment de n’être jamais réellement dans sa bulle », estime Ariane Desgagnés-Leclerc.

Et même s’il y a une forte concentration de population, la Corée du Sud demeure un pays très sécuritaire au quotidien.

« Malgré son statut de pays en guerre et les tensions avec le Nord, les gens se sentent en sécurité ici, analyse Paul Alexandre Fournier. On peut se promener dans la rue sans aucune crainte. »

Les experts divisés par le regain de tension

La récente escalade de tension pourrait-elle finalement mener à une guerre entre les deux Corées ? Les experts sont divisés.

« Actuellement, c’est la Corée du Sud qui est la plus menaçante, pas l’inverse, affirme Joseph-H. Chung, professeur coréen-québécois au département des sciences économiques à l’UQAM. La Corée du Nord est simplement dans une posture défensive. Si Séoul continue d’être aussi belligérante, cela peut dégénérer en guerre totale. »

L’élection en mai de Yoon Seok-youl à la tête de la Corée du Sud a changé la donne, selon M. Chung.

« C’est un président conservateur et très hostile à l’égard de la Corée du Nord, explique le spécialiste. Pendant sa campagne électorale, il a multiplié les provocations à l’égard de Pyongyang, expliquant en partie l’escalade des derniers jours. »

Vigilant Storm, la plus grande opération aérienne jamais menée entre les États-Unis et la Corée du Sud, avec 240 chasseurs envoyés au-dessus de la péninsule coréenne fin octobre, a été perçue comme une « provocation » par le régime nord-coréen qui a répliqué par le tir de 23 missiles. 

« Washington et Séoul ont l’habitude de faire des exercices aériens combinés, mais cette année, ils ont envoyé plus d’avions que d’habitude, explique M. Chung. Pour Pyongyang, c’est perçu comme une menace. »

Cartes rebattues

Loïc Tassé, politologue et spécialiste de l’Asie, juge de son côté « hautement improbable » une guerre entre les deux pays, estimant que la Corée du Nord n’a « aucun motif rationnel » d’attaquer frontalement le Sud.

« Il y aurait une réponse immédiate de Washington et de Séoul, et la Corée du Nord serait détruite en quelques minutes, soutient-il. D’autant plus que la Chine, alliée de Pyongyang, avait laissé entendre il y a quelques années qu’elle ne soutiendrait pas le régime de Kim Jong-un s’il attaquait en premier. »

« Les cartes ont été rebattues depuis le conflit en Ukraine, juge M. Chung. La Corée du Nord a renforcé ses liens avec la Chine et la Russie depuis le début de la guerre. Cela ne devrait laisser personne optimiste. »

La semaine passée, John Kirby, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche, avait accusé la Corée du Nord d’envoyer « un nombre important » d’obus à la Russie, dans des propos rapportés par l’AFP. Pyongyang a démenti ces accusations lundi via son agence de presse.

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