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«Éteignez tout et la vie s’allume»: voici un extrait du nouveau roman de Marc Levy

«Éteignez tout et la vie s’allume»: voici un extrait du nouveau roman de Marc Levy
Marie-France Bornais

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Depuis plus de 20 ans, Marc Levy est l’écrivain français le plus lu dans le monde, avec plus de 50 millions d’exemplaires vendus et des traductions en 50 langues. C’est aussi un écrivain très apprécié au Québec et ses fans seront ravis d’apprendre qu’il sera de passage au Salon international du livre de Québec en avril prochain.

En accord avec les maisons d’édition Robert Laffont/Versilio, voici un extrait de son nouveau roman, Éteignez tout et la vie s’allume. Ce roman rempli d’espoir sera disponible en librairie le vendredi 25 novembre. 

Il raconte le destin d’une femme qui entend depuis toujours l’histoire de personnes qui se sont rencontrées au bon et au mauvais moment, qui s’aiment en secret ou jusqu’à leur mort... ou bien qui pensent être vraiment passées à côté d’une relation. 

Ne manquez pas mon entrevue avec Marc Levy, publiée dans le cahier Weekend du samedi 26 novembre. 

«Éteignez tout et la vie s’allume»: voici un extrait du nouveau roman de Marc Levy
Photo courtoisie

Éteignez tout et la vie s’allume, Marc Levy. Éditions Robert Laffont/Versilio, 216 pages. 

Disponible partout le 25 novembre. 

Voici l’extrait du roman

«Quand la proue du navire plongeait dans la houle, il fléchissait légèrement les jambes, les mains fermement accrochées au bastingage. Un aplomb trompeur, car en vérité, Jeremy ne se sentait pas à l’aise. Il n’avait pas le mal de mer mais les regards insistants des passagers lui signifiaient qu’il n’avait pas sa place ici. Personne ne lui adressait la parole, pourtant on ne parlait que de lui. Des chuchotements dont il devinait parfaitement le sens. On le scrutait, raillant sa chevelure ébouriffée, ses épaules trop larges. On riait aussi de sa tenue. Seul un écervelé pouvait porter un costume, alors que des gerbes d’écume fouettaient le pont. On le moquait parce qu’il passait tout ce temps sur le pont, presque immobile, le regard fixé sur la ligne d’horizon, comme s’il guettait l’apparition d’une créature des mers prête à jaillir des flots. 

Lorsqu’une mer orageuse avait confiné les passagers dans leurs cabines, lui était resté là, à contempler la grâce de l’océan, les bleus et les verts changeant au bout du monde. 

Ces médisances n’affectaient en rien l’importance qu’il accordait à son voyage ni le plaisir d’accomplir un rêve. C’était peut-être pour cela que les autres se gaussaient, par jalousie. Combien d’entre eux pouvaient se targuer d’avoir accompli quelque chose d’aussi important; réaliser un rêve sans n’avoir rien quémandé à Dieu, rien volé à la vie? Les autres passagers n’étaient là que par nécessité, pour se rendre d’un port à l’autre, alors que pour Jeremy le voyage comptait plus que la destination, même si celle-ci faisait aussi partie du rêve. 

Les côtes avaient disparu dans le gris du matin. À midi, Jeremy avait presque oublié le périple qu’il avait enduré pour arriver à temps sur le quai. Depuis sa banlieue lointaine, il avait marché sans compter ses pas, le long de la route à quatre voies encore déserte à cette heure perdue entre deux mondes, là où la nuit se meurt et où le jour n’est pas né. Lorsqu’il avait franchi le vieux pont de Bigeley, avec son squelette de métal rouillé, il s’était arrêté pour reprendre des forces et regarder le fleuve. Un tronc entraîné par le courant glissait lentement vers l’estuaire, il arriverait avant lui et sans efforts, mais Jeremy vit en cet arbre mort un signe réconfortant, il avançait dans la bonne direction. 

Il avait ensuite longé les friches qui bordent la ville, des landes percées de marais saumâtres où se mêlent les relents d’une nature moisie. Le ciel se teintait de jaune, passant du pâle au safran au fur et à mesure que Jeremy remontait les avenues désertes, traînant sa longue silhouette devant des barres d’immeubles dont les fenêtres commençaient à s’éclairer. Puis vinrent les ombres noires des ormes dans des parcs silencieux, les devantures fermées des commerces, les tombes de cimetières endormis. En descendant vers le port, il avait salué des éboueurs, seules âmes croisées en chemin. Tout cela était désormais derrière lui, sa banlieue, son travail, et ses souvenirs. Face à l’océan qui s’étend jusqu’à la courbure du monde, Jeremy emplit ses poumons et retient ses larmes. Il n’a pas fui, il est seulement parti; il ignore ce qui l’attend, mais, aussi fermement que ses mains s’accrochent au bastingage, il croit qu’une vie meilleure s’offre à lui. C’est la force de ceux qui ne craignent plus de rêver.» 

  • Marc Levy, Éteignez tout et la vie s’allume, Éditions Robert Laffont/Versilio
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