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Fentanyl: Gatineau, la ville la plus meurtrière du Québec depuis 2016

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Courtoisie

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Le fentanyl fait des ravages à Gatineau où les surdoses tuent plus de consommateurs que n’importe où au Québec, notamment en raison de leur proximité avec le marché noir ontarien.

«Il y aurait plus de consommation de fentanyl dans notre région», confirme Camille Paquette, médecin-conseil à la direction de la Santé publique au CISSS de l’Outaouais. 

À Gatineau, où vivent les trois quarts de la population outaouaise, 46 citoyens sont morts d’une surdose de cette substance depuis 2016, ce qui équivaut à un taux de décès d’un par 6000 habitants pour cette période, selon une analyse des rapports du coroner par Le Journal

C’est plus que dans toutes les autres grandes villes québécoises, dont Montréal (un par 16 000), Québec (un par 30 000) et Laval (un par 62 000). 

D’ailleurs, la première année de pandémie, soit 2020, a été particulièrement funeste puisque 14 Gatinois ont péri des suites d’une surdose de ce puissant analgésique. 

PRÈS DE L’ONTARIO

Consciente du problème, la Santé publique de l’Outaouais estime que c’est surtout la proximité avec l’Ontario qui explique que Gatineau se distingue autant du reste du Québec. 

«Ce qu’on pense, c’est que le marché des substances illicites [au Québec] est connecté davantage à celui d’Ottawa et de l’Ontario et le profil de consommation semble être similaire», explique la Dre Paquette. 

En Ontario, le taux de décès dus aux surdoses d’opioïdes était plus de trois fois plus élevé que celui du Québec en 2021. Le fentanyl est la substance la plus couramment trouvée chez ces personnes décédées. 

«Historiquement, la consommation d’héroïne a toujours été beaucoup plus importante à l’ouest [du pays], poursuit la Dre Paquette. Au Québec, ça a toujours été plus les stimulants [tels que la cocaïne et l’ecstasy].» 

Au Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO), le directeur général, Yves Seguin, est à même d’observer les impacts du marché ontarien sur sa clientèle. 

«Les gens qui consomment des opioïdes s’approvisionnent où ils peuvent, explique M. Séguin. Il y a beaucoup de gens qui vont à Ottawa où carrément il y a des revendeurs ontariens qui viennent du côté québécois.» 

  • Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Jean-François Mary, directeur général de Cactus Montréal sur QUB radio :

DU FENTANYL «PARTOUT»

Même si la Santé publique de Gatineau observe que les substances responsables des surdoses sont de plus en plus variées, entre autres à cause de la montée des benzodiazépines, le fentanyl continue d’être trouvé dans environ un cas sur deux de surdoses mortelles. 

«Il y a pratiquement toujours du fentanyl dans ce qu’on analyse, même chez les gens qui ne recherchent pas un opioïde ou un dépresseur, explique de son côté M. Séguin. C’est ça qui nous inquiète.» 

Pour réagir à la situation, la Santé publique de l’Outaouais a ouvert ce printemps deux services d’analyse de substances à Gatineau. 

«Ce n’est pas parfait, mais tout de même, ça permet à l’intervenant d’avoir une discussion, explique la Dre Paquette. Il peut regarder ce qu’on pourrait faire pour réduire ton risque de surdose.»

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec l’Abbé Claude Paradis, Fondateur de l'organisme Notre-Dame-de-la-rue sur QUB radio :

 

Ses problèmes aggravés avec la pandémie

François Baldi, décédé d’une surdose en janvier 2021. La pandémie lui a beaucoup nui, selon sa fille Sara (en mortaise).
Photos Courtoisie
François Baldi, décédé d’une surdose en janvier 2021. La pandémie lui a beaucoup nui, selon sa fille Sara (en mortaise).

Un père de Gatineau dont la pandémie a aggravé les problèmes de consommation a péri après avoir vraisemblablement consommé une drogue contenant du fentanyl, qualifiée de «très dangereuse» par le coroner. 

«Pour moi, il prenait de la drogue à cause de ses problèmes de santé mentale et je ne lui en veux pas», témoigne Sara Baldi, à propos de son père, François Baldi, mort le 3 janvier 2021. 

Ce jour-là, il a été retrouvé inerte dans son lit par le Service de police de la Ville de Gatineau. Ceux-ci ont trouvé près de lui des seringues et une pipe à crack, selon le rapport du coroner. 

Il fait partie des six décès liés à une surdose de fentanyl survenus l’an dernier à Gatineau, où le nombre de morts est disproportionnellement plus élevé qu’ailleurs au Québec. 

Selon sa fille, François Baldi vivait depuis son adolescence avec des problèmes de consommation et avait vécu difficilement le décès de ses deux frères lorsqu’il était plus jeune. 

«C’était son moyen de dealer avec ses problèmes, sa dépression. De ne rien sentir», explique la femme de 34 ans. 

Si elle avait eu une relation «difficile» avec son père en grandissant, elle avait réussi à se reconnecter avec lui dans la période précédant son décès. 

«Je l’appelais presque tous les jours», précise-t-elle. 

FATALE SOLITUDE

Elle relate que la pandémie et les mesures sanitaires ont aggravé la solitude de son père et estime que cela s’est répercuté sur ses habitudes de consommation. 

«Vu qu’il en faisait déjà [de la drogue], il en a juste fait plus, poursuit Mme Baldi. Peut-être que dans ce temps-là, il y avait une limite d’accès aux drogues et qu’il est allé vers les pires drogues qu’il y avait.» 

CONSOMMATION À HAUT RISQUE

En plus du fentanyl, d’autres substances, dont de l’étizolam, ont été trouvées dans le sang de M. Baldi, une produit qui multiplie les risques de surdoses, selon des experts. 

Des résidus de mauve retrouvés près de lui pointent vers la présence de purple qui est « une drogue de piètre qualité faite d’un mélange de divers ingrédients», a noté le coroner. Selon plusieurs experts, cette drogue a remplacé l’héroïne sur le marché noir et est responsable de nombreux décès depuis deux ans. 

«Je ne pense pas qu’il savait à quel point c’était dangereux», croit Sara Baldi, qui précise que la détresse de son père l’a peut-être rendu plus téméraire dans sa consommation.

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