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Le petit secret de Jean Lapointe

Jean Lapointe
Photo d'archives / Le Journal de Québec

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Jean Chrétien fut le champion des nominations improbables au Sénat.

À peu près en même temps, il nomma au Sénat deux artistes très différents, Viola Léger, l’actrice qui immortalisa la Sagouine d’Antonine Maillet, et Jean Lapointe, un authentique fantaisiste qui avait créé une maison d’accueil qui porte son nom. Les deux n’avaient jamais fait de politique, ce qui n’était pas le cas de Jean-Louis Roux, l’autre acteur que Jean Chrétien avait nommé sénateur en 1994. Roux fut l’une des têtes d’affiche pour le non durant la campagne référendaire de 1995.

Être libéral, c’était de famille chez les Lapointe. Le père de Jean avait été député libéral du comté de Matapédia-Matane à Ottawa de 1935 à 1945. C’est donc par tradition plus que par conviction que Jean Lapointe a voté non aux référendums de 1980 et de 1995. Au début de cette année, il avoua dans une entrevue à Radio-Canada que «l’indépendance du Québec viendrait un jour ou l’autre et qu’il le souhaitait vivement». Son temps passé à la chambre haute l’avait convaincu des différences irréconciliables entre les deux peuples fondateurs du pays.

Les deux solitudes

Les réactions qui ont suivi sa mort lui donnent d’ailleurs raison. Même s’il avait été sénateur, même s’il avait été avec Jérôme Lemay la vedette d’une émission du Ed Sullivan Show en tant que Jérolas, sa disparition n’a pas eu grand écho dans la presse anglophone. Des entrefilets dans quelques journaux et de brefs bulletins de nouvelles à la radio et à la télévision. Rien de plus. On est loin des nombreuses entrevues et émissions qu’ont diffusées nos télévisions, sans compter les pages élogieuses qu’ont publiées les journaux. Voilà qui constitue encore une fois un exemple parfait de nos deux solitudes.

S’il est arrivé qu’on en fasse trop après la mort d’une personnalité québécoise, Jean Lapointe a bien mérité ce débordement médiatique. Il était avant tout un homme d’une grande bienveillance, un homme très attentif aux autres, ce qui n’est pas le lot habituel de trop d’artistes centrés sur eux-mêmes. J’ai pu constater sa bienveillance lors du gala d’ouverture de Télévision Quatre-Saisons.

Un câlin de Jean Lapointe

Jean Lapointe était l’une des vedettes invitées au gala qui avait lieu à la Place des Arts le dimanche soir 7 septembre 1986. Je devais ouvrir le spectacle en smoking, arborant une coiffe autochtone pour rappeler la tête de chef indien qui fut longtemps l’image précédant l’ouverture des émissions de Radio-Canada. La coiffe avait été fabriquée à Kahnawake aux couleurs de TQS, selon la plus pure tradition mohawk.

Dans les coulisses, c’était la cohue. Pendant que les caméramans ajustaient leurs appareils, que les danseurs répétaient leurs mouvements et que les artistes se maquillaient, seul dans ma loge, je répétais le laïus que j’avais écrit pour l’occasion. J’avais un trac fou de m’adresser à une salle comble, apparaissant sur scène dans un immense chou qui symbolisait la naissance du réseau. Quelques minutes avant de quitter ma loge, on frappa à la porte. C’était Jean Lapointe.

- Je viens te donner un câlin pour te rassurer.

Cet homme, que je connaissais à peine, avait deviné que j’étais mort de peur. Il me serra contre lui durant une bonne minute, puis me dit à l’oreille: «T’as rien à craindre, les gens vont t’aimer s’ils sentent que tu les aimes. C’est mon secret pour vaincre le trac!»

Jean Lapointe n’a jamais dû avoir le trac, car les Québécois l’adoraient.

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