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Harold LeBel coupable d’agression sexuelle

Le jury composé de 9 femmes et 3 hommes a rendu sa décision mercredi après-midi

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Onde de choc à Rimouski, mercredi, quand le jury a déclaré Harold LeBel, ex-député bien connu et apprécié de l’endroit, coupable d’agression sexuelle.

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Quand le jury numéro 14 a prononcé ce mot qui scellait son avenir, Harold LeBel est demeuré impassible, mais on percevait clairement le poids qui s’est abattu sur l’homme à sa sortie de la salle. À ses côtés, plusieurs proches et amis encaissaient difficilement le choc de la nouvelle, eux aussi visiblement abasourdis.

Harold LeBel est passé devant les nombreux médias massés sans adresser un seul mot. Quand on lui a demandé s’il envisageait de faire appel, il s’est contenté de pointer du doigt son avocat, laissant comprendre qu’il était encore trop tôt. 

Me Maxime Roy n’a pas non plus commenté, mais il a semblé abattu en salle de cour lorsque le verdict a été prononcé. «C’est un choc pour tous», a-t-il mentionné au juge Serge Francoeur quand est venu le temps de discuter de la suite des procédures.

Pierre-Paul Biron / Journal de Québec

De son côté, la procureure de la Couronne Manon Gaudreault s’est dite «satisfaite» du verdict. (Voir autre texte) 

Les deux parties reviendront devant le juge le 6 décembre prochain pour s’entendre sur la suite des procédures dans le dossier.

Une nuit interminable

C’est donc dire que la plaignante dans cette affaire aura convaincu le jury de la culpabilité d’Harold LeBel. Étant les deux seules personnes appelées à la barre pour témoigner des faits, l’issue du procès s’est jouée sur la crédibilité qu’a accordée le jury aux deux témoins.

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«C’était absolument interminable. [...] Je me disais qu’il allait arrêter, qu’il allait s’endormir, mais ça continuait», avait relaté la victime à propos de l’agression lors de son témoignage.

Elle reprochait à Harold LeBel de l’avoir embrassé, puis d’avoir dégrafé son soutien-gorge avant qu’elle ne parvienne à se réfugier dans une salle de bain, le député se montrant insistant pour qu’elle ouvre la porte. Après avoir pris une douche et s’être couchée au salon, LeBel lui avait demandé s’il pouvait dormir à ses côtés, ce qu’elle avait accepté «pour acheter la paix», souhaitant qu’il ait compris son refus.

C’est là qu’il a flatté et agrippé ses fesses, allant jusqu’à y tenter d’insérer un doigt.

«[C’est] comme si le temps s’était arrêté, comme si je ne pouvais pas bouger. La peur et l’incompréhension m’ont rendue immobile», avait-elle raconté.

Témoignage non compatible

De son côté, Harold LeBel avait complètement nié ces faits lors de son témoignage. 

«C’est faux. Non, je n’ai jamais fait ça. [...] Je n’ai rien forcé, je n’ai jamais fait ça de ma vie», avait insisté l’ex-député qui a siégé à l’Assemblée nationale sous la bannière du Parti Québécois de 2014 jusqu’à 2022.

Les prétentions de M. LeBel étaient qu’un baiser avait bel et bien été échangé, mais de façon consensuelle. Il avait également affirmé avoir demandé à la victime s’il pouvait dormir avec elle puisqu’une troisième personne qui était présente ce soir-là dormait déjà dans son lit. Il avait expliqué s’être réveillé le lendemain matin avec «le nez dans les cheveux» de la femme et avec une main sur son épaule, mais sans plus.

«J’ai reculé tout de suite. Je n’étais pas à l’aise d’être là comme ça», avait témoigné M. LeBel. 

Or, la preuve avait démontré que l’accusé avait échangé des courriels avec la plaignante dans lesquels il se disait «désolé pour tout ça», un fait que la procureure de la Couronne Manon Gaudreault avait décrit comme étant incompatible avec sa défense.


Harold LeBel s’expose maintenant à une peine d’emprisonnement, l’accusation d’agression sexuelle étant passible d’une peine maximale de 10 ans au Code criminel. Il avait représenté les citoyens de Rimouski sous la bannière du Parti Québécois de 2014 à 2022. 

La Couronne satisfaite de l’issue du procès 

La procureure de la Couronne Manon Gaudreault s’est dite « très satisfaite » du verdict prononcé par le jury dans le dossier d’Harold LeBel, ajoutant espérer qu’une telle décision puisse convaincre des victimes d’agression de faire confiance au processus judiciaire à leur tour.

L’avocate du ministère public se réjouissait pour la victime à sa sortie de la salle d’audience, saluant le travail des 12 jurés.

« Le jury a fait de toute évidence un travail remarquable. Ils ont analysé la preuve et en sont arrivés au verdict qui était attendu », a souligné Me Gaudreault.

  •  Écoutez la rencontre Gibeault-Dutrizac avec Nicole Gibeault, juge à la retraite sur QUB radio :

Procès médiatisé

L’issue de ce procès grandement médiatisé, qui mettait encore une fois en cause un accusé provenant de la sphère publique, pourrait selon la procureure encourager des victimes d’agression sexuelle à porter plainte.

« J’ose l’espérer », a souligné l’avocate.

Rappelons que durant son témoignage, la victime dans cette affaire avait expliqué son choix d’entreprendre des procédures par la possibilité d’être accompagnée et surtout de faire le tout en étant protégée par une ordonnance de non-publication durant le procès.

Procédures judiciaires

Il a d’ailleurs été dévoilé tout juste avant que le jury soit séquestré qu’elle participe à un documentaire du Bureau d’enquête de Québecor sur le sujet.

« Si je peux juste convaincre une personne de porter plainte parce qu’elle connaîtra davantage les processus qui mènent à des procédures judiciaires, pour moi ce sera une victoire », avait-elle mentionné.

Pour le reste, Me Gaudreault est demeurée malgré tout discrète sur ce qui a pu faire la différence dans la tête des jurés. 

« Quand on fait un procès devant jury, la beauté de la chose, mais aussi les limites de la chose, c’est qu’on ne sait pas sur quoi le verdict est basé. Je ne le sais pas plus que vous », a évoqué Me Gaudreault, ajoutant réserver son analyse personnelle pour elle-même.

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