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Les troubles en Iran et la survie du régime

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La Coupe du monde de 2022 au Qatar est devenue un point de ralliement pour l’opposition iranienne alors que le mouvement de protestation des femmes continue de secouer le pays. Par solidarité, les joueurs iraniens n’ont pas chanté leur hymne national. Dans les tribunes, des femmes iraniennes, interdites d’assister aux matchs de football masculins en Iran, ont brandi des pancartes « Femme, Vie, Liberté ».

Les troubles actuels ont été provoqués par la mort en détention de Mahsa Amini, une Kurde iranienne, arrêtée pour ne pas avoir suffisamment couvert ses cheveux.

Pas de réformes, une révolution

Les manifestations veulent provoquer le renversement de la République islamique, rien de moins. Selon un récent sondage, 74 % des femmes iraniennes s’opposent au hijab obligatoire et 76 % des Iraniens, favorables au changement de régime, affirment que la religion n’a pas d’importance dans leur vie. Ce sont des chiffres étonnants.

Pour renverser le régime gériatrique de l’ayatollah Ali Khamenei, qui opprime l’Iran depuis plus de 33 ans, il faudrait que l’opposition s’unisse autour d’un programme et d’une structure de leadership. Pas facile.

Les islamistes en 1979 pouvaient s’appuyer sur les mosquées et le clergé musulman. Il n’y a rien de comparable aujourd’hui pour canaliser l’agitation.

  • Écoutez la chronique de Normand Lester à l'émission de Richard Martineau via QUB radio :

Doutes sur la solidité du régime

Signe que le régime craint que la révolte se développe même en son sein, des informations veulent que les « Gardiens de la révolution », le bras armé des ayatollahs, infiltrent des agents dans l’armée et la police dont la fidélité ne serait plus assurée.

Mais pour le moment, il n’y a pas de clivages et de divisions observables dans l’élite politique islamiste.

Aussi encourageantes que soient les images des manifestations, il semble que le chemin soit encore long et pénible pour que les rêves et les espoirs démocratiques de la génération actuelle se réalisent. Leurs parents et grands-parents ont marché pour un Iran libre et libéral en 1979, mais ils ont été déjoués par les fanatiques islamistes qui, une fois le Shah chassé du pouvoir, ont imposé le présent régime intégriste.

Les manifestations actuelles sont centrées sur les femmes, les jeunes et les universités. Des Iraniens moins éduqués (les ouvriers des industries pétrochimiques et pétrolières et les marchands de bazars) participent également, mais dans une moindre mesure. En termes de diversité, elles sont quand même beaucoup plus représentatives que les précédentes. C’est encourageant.

  • Pour plus de de Normand Lester, c'est via QUB radio :

On n’impose pas la démocratie

Des gouvernements étrangers pourraient-ils aider les Iraniens à renverser le régime et le remplacer par un gouvernement démocratique ? Attention : danger !

Les tentatives de la dernière décennie pour renverser des régimes autoritaires ne sont pas de bon augure. Les révolutions du printemps arabe sont les modèles qui s’apparentent le plus à l’Iran aujourd’hui. Pas très inspirant.

La démocratie se développe à travers les luttes que mènent ses militants pour la réaliser et la défendre. Elle ne peut être imposée ou importée. Une ingérence extérieure peut nuire à son développement et même l’étouffer. Comme l’ont démontré de multiples interventions américaines à travers le monde.

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