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Le célèbre opposant russe au conflit en Ukraine, Ilia Iachine, maintenu en détention

Le célèbre opposant russe au conflit en Ukraine, Ilia Iachine, maintenu en détention
AFP

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MOSCOU | Un tribunal de Moscou a prolongé mercredi la détention d’un célèbre opposant jugé pour avoir critiqué l’offensive du Kremlin en Ukraine, au premier jour d’un procès marqué par des tensions et symbolisant le climat de répression en Russie. 

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Ilia Iachine, âgé de 39 ans et membre du parlement municipal moscovite au moment de son arrestation, est accusé d’avoir «diffusé de fausses informations» sur l’armée russe avec «incitation à la haine», un chef d’inculpation passible de dix ans de prison.

L’accusation lui reproche d’avoir dénoncé lors d’une allocution en direct sur YouTube «le meurtre de civils» dans la ville ukrainienne de Boutcha, près de Kyïv, où l’armée russe a été accusée d’exactions, ce que nie Moscou.

Au premier jour de son procès, la cour a décidé de prolonger la détention préventive de M. Iachine jusqu’au 10 mai, et fixé la date de la prochaine audience au 29 novembre.

Si M. Iachine était apparu enjoué au début du procès, la situation a dégénéré à la fin de l’audience, lorsqu’une échauffourée a éclaté devant la salle, des agents de sécurité du tribunal plaquant le père de l’opposant au sol.

Le père de M. Iachine a ensuite été emmené dans une salle avant d’être relâché au bout de quelques minutes, a constaté l’AFP. Interrogés sur les circonstances de cette scène, les avocats de M. Iachine n’ont pas voulu s’exprimer.

Lors de l’audience, M. Iachine avait réclamé sa remise en liberté, arguant qu’il n’avait aucunement l’intention de se soustraire à la justice en quittant le pays.

«Si j’avais voulu fuir, je l’aurais fait depuis longtemps», a-t-il lancé depuis la cage de verre réservée aux prévenus. «J’aime mon pays et je suis prêt à sacrifier ma liberté pour vivre ici (...). Je suis un patriote», a-t-il ajouté.

Vêtu d’un sweat-shirt sombre et d’un jean bleu, M. Iachine est apparu d’humeur enjouée, s’adressant à la cour sur un ton badin, parvenant même à arracher des sourires aux austères magistrats russes.

L’extension de sa détention «est déplorable et ne respecte pas la loi», a déclaré après l’audience l’un de ses avocats, Vadim Prokhorov.

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«Réduire au silence»

M. Iachine est l’un des derniers opposants de premier plan au président Vladimir Poutine à n’avoir pas quitté la Russie face à la répression, qui a poussé nombre de détracteurs du Kremlin à préférer l’exil à la prison.

Il a été arrêté en juin et placé en détention provisoire en juillet, ce qui ne l’a pas empêché de continuer à critiquer les autorités de façon acerbe et à dénoncer l’intervention militaire en Ukraine.

Début novembre, il avait accusé les juges russes d’être des «serviteurs» du pouvoir et de donner à M. Poutine un «sentiment d’impunité».

Il est poursuivi sur la base d’articles du code pénal introduits peu après le début de l’offensive en Ukraine et qui punissent ceux qui «discréditent» l’armée ou «publient de fausses informations» à son sujet.

Ces textes sont vagues et leur champ d’application très large, les détracteurs du Kremlin y voyant un outil «fourre-tout» pour poursuivre toutes les voix critiquant l’opération militaire en Ukraine.

«Cette loi (sur les fausses informations) est absolument illégale», dénonce Anastasia Léonova, 48 ans, qui est venue au tribunal avec sa fille pour soutenir l’opposant, accusant les autorités de vouloir «réduire les gens au silence».

«On se réunissait chaque jeudi dans la cuisine pour regarder les discours d’Iachine. Moi, ma mère et ma grand-mère de 87 ans», poursuit la fille d’Anastasia, Olga Léonova, 20 ans.

«La seule façon dont nous pouvons l’aider et le soutenir, c’est en venant au tribunal», ajoute-t-elle.

M. Iachine était un proche de l’opposant Boris Nemtsov, assassiné en 2015, mais aussi du militant anti-corruption Alexeï Navalny, emprisonné depuis début 2021 après avoir survécu à un empoisonnement qu’il attribue au Kremlin.

Le procès qui s’est ouvert mercredi fait partie des multiples affaires judiciaires lancées contre des responsables politiques d’opposition ou simples particuliers ayant critiqué l’offensive russe en Ukraine.

En juillet, un député municipal d’opposition à Moscou, Alexeï Gorinov, a été jugé pour diffusion de «fausses informations» sur l’armée russe après avoir dénoncé le conflit en Ukraine et condamné à sept ans de prison.

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