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«Convoi de la liberté»: le Canada comparé à une république de bananes

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Les banques, l’industrie automobile et les États-Unis ont fait pression sur le gouvernement Trudeau pour qu’il en finisse avec le «Convoi de la liberté» qui faisait passer le Canada pour «une république de bananes». 

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Pour l’avocat de l’organisme Democracy Fund, le gouvernement Trudeau a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence non pas à cause de la menace contre la sécurité nationale, mais sous la pression du milieu des affaires et des États-Unis.

«Le gouvernement fédéral devait montrer aux États-Unis qu’il était en contrôle de la situation. Et ça explique pourquoi la Loi sur les mesures d’urgence a été invoquée, malgré le fait, par exemple, que le pont Ambassador était libéré et ouvert au trafic», a dit Me Allan Honner à la vice-première ministre Chrystia Freeland qui témoigne aujourd’hui devant la commission Rouleau.

Mme Freeland s’est opposée à cette conclusion.

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«Une attaque sur l’économie d’un pays peut fondamentalement miner la sécurité nationale d’un pays», a-t-elle insisté.

Mais pour l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC), le tort à l’économie n’est pas «un motif valable» pour invoquer la Loi sur les mesures d’urgence.

«La Loi sur les mesures d’urgence et la Loi sur le SCRS ne considèrent pas les torts à l’économie comme une situation de crise nationale», a déclaré Cara Zwibel, la directrice de l’ACLC.

«Il ne reste qu’une journée de témoignage et le gouvernement n’a plus beaucoup de temps pour prouver qu’il s’est acquitté du lourd fardeau de prouver la nécessité d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence», a-t-elle ajouté.

La commission a passé la journée à analyser les pressions économiques qui pesaient sur le gouvernement durant les blocus imposés par le «Convoi de la liberté».

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Pression des banques

On a ainsi appris que deux jours avant l’invocation de la Loi sur les mesures d’urgence, les grands patrons de deux des plus grandes banques du Canada, la TD et la Banque de Montréal, ont personnellement appelé la ministre des Finances, Chrystia Freeland, en pleine fin de semaine pour secouer le gouvernement.

Lors de deux appels séparés, ils ont indiqué à Mme Freeland «qu’il y avait eu des répercussions économiques immédiates et qu’ils avaient entendu des investisseurs internationaux que la confiance dans le Canada diminuait d’heure en heure», a indiqué la ministre à la Commission Rouleau.

«J’ai passé beaucoup de temps aux États-Unis la semaine dernière et on parlait de nous comme d’une blague. Un investisseur m’a dit: “Je n’investirai pas un centime de plus dans votre république de bananes”», peut-on lire dans un résumé de ces conversations déposé en preuve à la commission.

Peur des délocalisations

En plus des banquiers, les grands patrons des usines automobiles fortement dépendantes du flux de marchandise sur le pont Ambassador, à Windsor, ont multiplié les appels à l’aide auprès de la ministre Freeland. Plusieurs ont dû réduire leur rythme de production durant le blocus de ce pont frontalier.

«Ceci nous affecte vraiment durement maintenant comme beaucoup d’autres, et j’ai peur du pire, les conséquences à long terme de fermer des lignes de production parce qu’on manque de pièces, va juste convaincre les compagnies automobiles de se replier encore plus et de relocaliser leur approvisionnement ailleurs», lui écrit un chef d’entreprise par message texte le 11 février.

Quelques heures après le début du blocus, la représentante démocrate du Michigan, Elissa Slotkin, a en effet déclaré que cet évènement démontrait que les États-Unis ne pouvaient pas dépendre d’autres pays pour son industrie manufacturière.

Pression américaine

Pendant ce temps, le premier ministre Trudeau échangeait en plus des appels avec le président américain, Joe Biden, qui était inquiet de voir le convoi faire des petits de son côté de la frontière, en particulier à Washington et en marge du Super Bowl.

En parallèle, Brian Deese, le directeur du National Economic Council des États-Unis, un acteur influent pour les échanges canado-américains, a lui aussi personnellement appelé Mme Freeland pour lui faire part de son inquiétude.

La ministre a déduit de cet appel «que les États-Unis s’attendaient à ce que le Canada reprenne rapidement le contrôle de la situation, et un échec pourrait avoir un effet dévastateur pour la relation commerciale entre le Canada et les États-Unis», indique le résumé d’entrevue de Mme Freeland avec la commission.

Le premier ministre, Justin Trudeau, sera le dernier à être interrogé devant la commission demain.

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