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Fady Dagher: Montréal prend un très beau risque

Les policiers ramassent les pots cassés d’un système de santé et de services sociaux qui, depuis bien avant la pandémie, craque de partout.
Photo Agence QMI, Joël Lemay Les policiers ramassent les pots cassés d’un système de santé et de services sociaux qui, depuis bien avant la pandémie, craque de partout.

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La nomination de Fady Dagher à la tête de la police de Montréal est aussi audacieuse qu’elle est risquée. Le risque est néanmoins très beau.

Connu pour sa philosophie avant-gardiste et inclusive comme chef de la police de Longueuil, son retour dans la métropole annonce en effet un changement majeur de culture au sein du Service de police de Montréal (SPVM).

En cela, Fady Dagher devra s’armer d’une patience d’ange doublée d’un leadership fort et à l’écoute de ses troupes, dont le boulot se complexifie lourdement depuis des années.

D’origine libanaise, Fady Dhager a vécu son enfance en Côte d’Ivoire. Esprit brillant et méthodique, il est un redoutable communicateur. Patrouilleur, enquêteur et gestionnaire d’expérience, il possède aussi une sensibilité réelle à la diversité sous toutes ses formes.

À Longueuil, pour ses policiers et policières, il a multiplié les programmes d’immersion «dans la vraie vie avec du vrai monde». Sans uniforme ni arme, il les a dépêchés pour apprendre sur le terrain auprès de communautés culturelles, de personnes handicapées intellectuelles, d’itinérants, etc.

  • Écoutez l'entrevue avec Fady Dagher à l’émission de Philippe-Vincent Foisy diffusée chaque jour en direct 7 h 45 h via QUB radio : 

Plus efficaces et empathiques

Ce faisant, il a rendu ses policiers plus efficaces parce que plus empathiques. L’approche Dagher s’inscrit d’ailleurs dans cette façon nouvelle d’envisager le travail policier visant à marier prévention et répression.

La raison en est celle-ci. Comme toutes les villes, Montréal voit se creuser un écart inquiétant entre les citoyens dits «ordinaires» et les laissés-pour-compte.

Les patrouilleurs sont confrontés plus que jamais à ce qu’il y a de plus sombre: viols, vols, racisme, violence conjugale, féminicides, gangs de rue, armes à feu, etc.

Surtout, plus de la moitié du travail des policiers est maintenant de nature dite sociale. C’est du jamais-vu. Ils sont donc appelés à intervenir souvent pour des cas graves de maladie mentale et de misère humaine.

Ils voient les logements insalubres. La grande pauvreté. Des enfants et des aînés maltraités. Des femmes battues ou tuées. La solitude extrême. Les suicides. L’itinérance croissante. Le désespoir.

  • Écoutez le segment judiciaire avec Félix Séguin diffusé chaque jour en direct 8 h 35 via QUB radio :

Ramasser les pots cassés

La réalité brutale est que jour après jour, les policiers ramassent les pots cassés d’un système de santé et de services sociaux qui, depuis bien avant la pandémie, se déshumanise autant qu’il craque de partout.

Dans un contexte aussi déstabilisant, comment peuvent-ils équilibrer les aspects «répression» et «prévention» de leur travail alors qu’on leur demande de se métamorphoser en travailleurs sociaux – ce qu’ils ne sont pourtant pas.

Au XXIe siècle, le travail policier en milieu urbain est dur. Très dur. Or, ils manquent encore d’outils et de formations solides leur permettant de le faire nettement mieux.

Et de le faire tout en préservant leur propre santé mentale pour ne pas verser eux-mêmes dans l’indifférence, le profilage racial, social ou politique.

C’est précisément là qu’au cours des prochaines années, Fady Dagher pourrait faire LA différence.

Du moins, s’il réussit à se gagner la confiance de ses troupes et qu’en retour, celles-ci se montrent prêtes au changement profond de culture auquel leur nouveau chef les convie.

Au fil du temps, pour que la «révolution» Dagher se matérialise à Montréal, nul doute que cette confiance mutuelle en sera la condition sine qua non.

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