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Le poids mouche du français à Ottawa

GEN - RAMEZ AYOUB CANDIDAT LIBÉRAL FÉDÉRAL
Photo d'archives, Martin Alarie Pablo Rodriguez

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que le français ne fait plus le poids à Ottawa.

Il n’est pas près de le faire non plus si j’en juge par l’appel à candidatures pour la vice-présidence du CRTC, le tribunal administratif chargé de réglementer et de surveiller les systèmes canadiens de radiodiffusion et de télécommunications. Dans cet appel à candidatures, on spécifie que «la maîtrise des deux langues officielles par le candidat serait préférable». 

Le CRTC n’a aucun lien de dépendance avec le gouvernement, mais Pablo Rodriguez, le ministre du Patrimoine, en répond au Parlement. C’est le gouverneur en conseil (donc, le premier ministre et le cabinet) qui nomme le président et les deux vice-présidents du CRTC.

Le mandat actuel du président Ian Scott est expiré. Dans l’offre d’emploi publiée le printemps dernier pour lui trouver un successeur, on avait aussi indiqué que la maîtrise des deux langues officielles serait préférable. Si le nouveau président est anglophone (alors qu’il devrait être francophone pour respecter la tradition d’alternance) et que le vice-président l’est aussi, inutile de dire que tout se passera en anglais.

LA VRAIE LANGUE OFFICIELLE

De toute manière, quelle que soit la langue maternelle des hauts fonctionnaires et des responsables des organismes culturels du gouvernement fédéral, tous les débats se font en anglais, la «vraie langue officielle». C’est ainsi qu’on parle anglais entre francophones! 

Mardi dernier, Guillaume St-Pierre, chef du bureau parlementaire du Journal à Ottawa, relevait l’aberration des trois hauts fonctionnaires du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) témoignant en anglais devant le juge Paul Rouleau, lui-même franco-ontarien.

À Téléfilm, au Fonds des médias, au Conseil des Arts, à Radio-Canada et dans tous les organismes fédéraux dont dépend la culture, c’est en anglais qu’on débat et qu’on discute en «haut lieu». Le plus souvent parce que les membres de la direction sont unilingues anglais ou baragouinent le français. 

Comme pour les appels à candidatures du CRTC, on a jugé en les nommant que «la maîtrise des deux langues officielles» était «préférable» au lieu d’être obligatoire. Le gouvernement du Canada et ses fonctionnaires sont maintenant très loin de l’époque de Trudeau père. En raison de l’obligation que Pierre-Elliot Trudeau avait faite du bilinguisme dans l’appareil fédéral, on parlait alors de French power.

LE FRENCH POWER EST BIEN MORT

À moins d’un virage abrupt, il n’y aura pas de French power au «nouveau» CRTC, surtout si le président et le vice-président à la radiodiffusion n’ont qu’une certaine «maîtrise» du français. Le CRTC entre pourtant dans une ère cruciale où la compréhension profonde de nos deux cultures sera vitale, surtout pour la nôtre. En plus, le CRTC devra tenir compte de la culture autochtone autrement que de façon superficielle comme il l’a fait jusqu’ici.

Le CRTC devra établir et appliquer la réglementation qu’exigera la Loi sur la diffusion continue en ligne (encore à l’étude au Sénat sous le nom de projet de loi C-11). La loi contraindra, entre autres choses, les plateformes de diffusion en ligne à favoriser le rayonnement du contenu canadien qu’on devra définir de nouveau, la définition actuelle remontant à 1984 et la loi elle-même à 1991. 

S’il y a un monde où existent deux réalités très différentes, c’est bien celui de la radiodiffusion, les deux réseaux de CBC/Radio-Canada en étant le meilleur exemple. J’ai assez travaillé dans les organismes du fédéral pour savoir que la réalité du monde francophone échappe à la plupart des anglophones, même lorsqu’ils ont la «maîtrise» de la langue française.

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