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Trudeau et l’état d’urgence: le sauvetage politique

Justin Trudeau a insisté sur le caractère extrémiste des manifestants du Convoi

Le recours aux mesures d’urgence était exagéré, mais Justin Trudeau s’en sort habilement.
AFP Le recours aux mesures d’urgence était exagéré, mais Justin Trudeau s’en sort habilement.

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Ce vendredi, Justin Trudeau s’est présenté devant la Commission sur l’état d’urgence comme témoin central et témoin final. Son témoignage a été solide politiquement, bien qu’il n’ait pas offert les réponses requises aux questions précises qui doivent être examinées.

Pour quiconque a suivi un peu les travaux de la Commission Rouleau à Ottawa, la démonstration de l’absolue nécessité de recourir à l’état d’urgence n’a pas été faite. Plusieurs éléments sont demeurés flous, dont certains des éléments clés prévus à la Loi pour justifier le recours aux mesures extraordinaires de l’état d’urgence.

Le recours à la Loi sur les mesures d’urgence constitue une option extrême. Rappelons que cette loi est la version moderne de l’ancienne Loi sur les mesures de guerre. Sa base fut donc pensée pour conférer au gouvernement du pays des pouvoirs suffisants pour faire face à une situation aussi exceptionnelle et dramatique qu’une guerre.

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Dernier recours

La Loi prévoit donc que pour qu’un gouvernement soit justifié de s’arroger des pouvoirs aussi étendus, deux critères doivent être respectés. Il faut d’abord que nous soyons en présence d’une crise nationale, que la sécurité nationale soit menacée. Il faut deuxièmement démontrer que la crise en cours ne peut être réglée avec les «outils existants», donc avec les lois ordinaires du pays.

Ces manifestations représentaient-elles vraiment une menace à la sécurité nationale du Canada? Cette démonstration n’a pas été faite solidement devant la Commission. La plus convaincante a été la ministre Freeland lorsqu’elle parlait des dommages économiques causés par la fermeture du pont Ambassador. 

Le problème, c’est que ce pont venait d’être rouvert lorsque le gouvernement a officialisé son recours à l’état d’urgence. Il restait donc l’occupation du centre-ville d’Ottawa. Crise nationale? Menace à la sécurité nationale? Cela paraît nettement exagéré.

Surtout, peut-on sérieusement affirmer que les lois et règlements applicables ne suffisaient pas à régler la crise? Les manifestants qui occupaient la ville d’Ottawa contrevenaient de façon évidente et outrageuse à une multitude de lois. Si vous voulez vous en convaincre, essayez vous-même d’installer un spa au beau milieu de la rue!

Les manifestants ont bénéficié d’une incroyable tolérance parce que l’incompétence de la police d’Ottawa leur a permis de s’installer. Une fois bien installés, ils devenaient plus difficiles à déloger. C’est le simple principe militaire de la difficulté à reprendre du territoire concédé.

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Abus de pouvoir

J’attendrai les conclusions de la Commission avant de me faire une opinion finale. En attendant, mon opinion à ce jour, c’est que le recours aux mesures d’urgence fut une décision essentiellement politique, prise en panique après nombre d’erreurs.

Le gouvernement s’est attribué des pouvoirs énormes dont le plus douteux est le gel des comptes de banque. 

Hier, Justin Trudeau a habilement rappelé quelques vérités: l’extrémisme des manifestants, la lâcheté du gouvernement de l’Ontario, les problèmes de la police d’Ottawa.

Peu importe le fond, il s’en sort bien politiquement.

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