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L'inflation fait mal: les fusions de petites villes reviennent à la mode

Elles cherchent des solutions pour rester en vie

Maires Bélanger et Martin
Photo Jean-François Racine Le maire de Courcelles, Francis Bélanger, et son homologue de Saint-Évariste-de-Forsyth, Camil Martin, espèrent que leurs municipalités puissent fusionner dès 2023.

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L’inflation, la pénurie de main-d’œuvre, l’explosion des dépenses et la bureaucratie forcent plusieurs petites municipalités du Québec à évaluer la possibilité de se fusionner. D’autres lancent même l’idée de partager des élus.

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Deux requêtes de fusion sont présentement entre les mains du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) et une quinzaine de municipalités ont demandé des études pour se regrouper.

En Beauce, les élus de Saint-Évariste-de-Forsyth espèrent l’accord du ministère pour fusionner avec la municipalité voisine de Courcelles, située dans la MRC du Granit.

«Faut pas attendre de rentrer dans le mur», lance le maire de Saint-Évariste-de-Forsyth, Camil Martin. 

Son homologue de Courcelles, Francis Bélanger, confirme que dans le monde municipal de plus en plus de petites communautés parlent de regroupement.

«On sent un élan de solidarité [...] Tout le monde autour de la table des maires est d’avis que, oui, il va falloir qu’il se passe quelque chose», analyse-t-il.

Si le ministère rend un avis favorable, les deux municipalités pourraient fusionner dès 2023. La tenue d’un référendum n’est pas écartée puisque certains citoyens de Courcelles s’opposent au projet. 

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Demande en Abitibi

L’autre demande officielle de regroupement concerne La Morandière et Rochebaucourt en Abitibi.

Les élus des deux municipalités ont amorcé le processus de fusion en 2021 avec la réalisation d’une étude, qui a été présentée aux citoyens en avril dernier. 

«S’il n’y a pas de regroupement, on n’est plus capable d’offrir autant de services à notre population et il faut augmenter les taxes», affirme le maire de Rochebaucourt, Alain Trudel.

Comme plusieurs, il déplore le manque de personnel. À titre d’exemple, la municipalité de La Morandière fonctionne sans maire depuis quelques mois. 

M. Trudel attend une réponse du ministère en décembre. Il évoque même la possibilité qu’une autre municipalité se joigne au mouvement de fusion d’ici les prochaines élections. 

Études pour l’Islet et Kamouraska

Dans la MRC de L’Islet, les municipalités de Saint-Roch-des-Aulnaies, Saint-Jean-Port-Joli, L’Islet, Saint-Aubert et Sainte-Louise attendent d’ici peu les résultats d’une étude sur la possibilité de former une nouvelle ville qui compterait environ 9000 habitants. 

L’exercice mené par le MAMH dévoilera, notamment, les chiffres hypothétiques d’un premier budget. Si le regroupement se concrétisait, il s’agirait de la plus importante fusion dans la province depuis celle de Drummondville en 2004 alors que quatre entités se sont unifiées. 

Dans la MRC voisine, 7 des 17 municipalités du Kamouraska ont annoncé en novembre qu’elles sollicitaient le ministère pour la réalisation d’une étude d’opportunité.

La Pocatière, Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Saint-Onésime-d’Ixworth, Rivière-Ouelle, Saint-Pacôme, Saint-Gabriel-Lalemant et Saint-Denis-De La Bouteillerie pourraient unir leurs forces.

«La réalité est en train de nous rattraper avec les coûts qui explosent. Les responsabilités des municipalités deviennent de plus en plus grandes, il faut trouver des façons de ne pas surtaxer nos contribuables», explique Vincent Bérubé, maire de La Pocatière.

Même la possibilité de «se passer» des élus entre les municipalités a été évoquée. «Aucune solution n’est écartée. L’étude va nous le dire», conclut M. Bérubé. 

Le plus petit village veut se fusionner

L’intérêt grandissant pour les fusions est aussi observé dans l’une des plus petites municipalités du Québec.

Saint-Guy, située au Bas-Saint-Laurent, et ses 52 habitants tendent la main à leur voisine Lac-des-Aigles. 

Une étude est en cours et les élus ont participé, la semaine dernière, à une deuxième rencontre avec des représentants du ministère des Affaires municipales.

Ce projet provoque de la controverse puisque les municipalités du Bas-Saint-Laurent, bien que limitrophes, ne sont pas dans la même MRC.

Pour cette raison, la MRC des Basques s’oppose au regroupement des deux entités, car elle craint de perdre Saint-Guy au profit de la MRC du Témiscouata. 

Toutefois, le maire de Saint-Guy, Gilles Roussel, y tient mordicus pour le bien-être de ses citoyens. 

Demandes de regroupement sous analyse 

À la demande d’une quinzaine de municipalités, le ministère travaille également sur plusieurs études d’opportunité de regroupement municipal. 

Le manque de personnel donne des cauchemars 

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, constate un appétit sans précédent de ses membres pour regrouper des services.

Jacques Demers.
Président de
la FQM
Photo courtoisie
Jacques Demers. Président de la FQM

Si la hausse généralisée des coûts inquiète les élus municipaux, le manque de personnel leur donne aussi des cauchemars.

Que ce soit comme directeur général, trésorier, employé de la voirie ou moniteur de camp de jour, les postes vacants difficiles à combler sont légion dans les municipalités.

«Trouver des directeurs généraux, c’est devenu très difficile [...] Pour le déneigement, on a de la misère à avoir des soumissionnaires pour plusieurs municipalités», constate le président de la FQM.

À court de solutions

Les petites municipalités sont à court de solutions et la situation va de mal en pis. «On a du personnel qui vieillit. Tu te retrouves à l’automne et tu n’as pas personne pour conduire ta gratte à neige», cite en exemple le maire de Saint-Évariste-de-Forsyth, en Beauce, Camil Martin.

Il rappelle également que les candidats ne se bousculent pas aux portes pour devenir conseillers ou maires aux élections municipales. «À part les grosses villes, ce sont souvent des retraités qui se font supplier pour se présenter», souligne M. Martin.

En effet, le nombre d’élus sans opposition a drastiquement augmenté en 2021, confirme Danielle Pilette, professeure experte en finances et fiscalité municipales à l’UQAM.

Documents et autres exigences

«On voit des cas où il n’y a même pas de candidat du tout», remarque-t-elle.

Selon l’enseignante, tous les documents à remplir et autres exigences du gouvernement poussent vers le gouffre des municipalités qui peinent à répondre à ces demandes.

«Oui, les dépenses augmentent beaucoup, l’essence, etc., mais ce n’est pas que ça, c’est une question d’exigences [...] C’est très lourd pour les petites municipalités dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.»

Plus de vingt ans après le douloureux épisode des fusions forcées, le gouvernement du Québec n’a pas l’intention de rejouer dans ce film, croient nos intervenants.

Ce sont plutôt les élus qui se lancent à la recherche de solutions pour se maintenir en vie.

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