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Langue française: l'exemple doit venir d'en haut, mais Legault est mou

Langue française: l'exemple doit venir d'en haut, mais Legault est mou
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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Les discours inauguraux contiennent toujours poudre aux yeux et jeux de miroirs.

C’est la suite qui compte.

Le gouvernement Legault veut que 100 % des immigrants qu’il sélectionne soient, à terme, des francophones. 

  • Écoutez l'édito de Joseph Facal à l'émission de Benoit Dutrizac diffusée chaque jour en direct 11 h 45 via QUB radio :

Réalité

Le problème est qu’il ne choisit pas tous les immigrants.

Le chiffre de 50 000 immigrants annuellement qui s’est imposé dans le débat public ne couvre que l’immigration dite économique et permanente.

Il n’inclut pas l’immigration dite temporaire, comme les travailleurs agricoles et les étudiants étrangers, qui, dans bien des cas, deviendront ensuite des résidents permanents.

Il n’inclut pas non plus la réunification familiale et les demandeurs du statut de réfugié. 

Hier, dans un article dont j’ai choisi de rire au lieu d’en hurler, La Presse nous «apprenait» que «les chiffres officiels ne disent pas tout» sur le nombre réel d’étrangers qui entrent au Québec.

Hein, sérieux ?!

De toute façon, même si le Québec parvenait à ce 100 % de francophones visé, cela ne changera rien à la diminution radicale de son poids au Canada, en raison de la décision fédérale d’accueillir un demi-million d’immigrants par année, record mondial absolu et de loin.

Un Québec provincial ne peut rien contre cette noyade programmée.

Le nouveau ministre responsable de la Langue française, Jean-François Roberge, invitait pour sa part les Québécois à un grand «réveil national».

Il a évidemment raison. 

Bouder la culture québécoise et passer à l’anglais devant tout anglophone est une manière de participer activement à notre suicide collectif.

Mais il n’est pas raisonnable de faire porter le poids du destin d’une nation sur les seules épaules des citoyens individuels.

L’exemple doit venir d’en haut. Le gouvernement doit être le plus vigoureux défenseur de la langue. 

Imaginez : vous exigez d’être servi en français, quitte à créer un malaise, pour réaliser ensuite que votre propre gouvernement offre automatiquement des services en anglais à quiconque en fait la demande. 

Puis, sur votre lit d’hôpital, vous réalisez que vous ne pouvez être soigné en français au Québec.

Nous sommes trahis par le premier des nôtres.

Colonisés

De toute façon, l’efficacité de cet appel à la responsabilité individuelle se heurte à une double limite.

Beaucoup sont déjà résignés, déjà convaincus que nous sommes foutus. 

Pire, une autre frange de notre peuple, notre frange «elvis-grattonienne» est non seulement colonisée, mais fière de l’être et carrément agressive si vous l’interpellez.

Montrer à un anglophone que vous pouvez lui parler dans sa langue, bien au-delà d’une abdication déguisée en courtoisie ou en gentillesse, la remplit de fierté, lui donne le sentiment de s’élever dans la hiérarchie sociale et l’estime de soi.

Elle confond la maîtrise d’une langue, évidemment souhaitable, avec son utilisation systématique devant celui qui refuse la sienne.

Et tout ceci, déjà tragique en soi, se déroule sous la gouverne non d’un Philippe Couillard, mais d’un homme, François Legault, dont on connaît la trajectoire. 

Une pulsion autodestructrice et mortelle habite notre peuple.

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