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Politique «zéro COVID»: «ça va s’envenimer», s'inquiètent des Québécois vivant en Chine

Les Chinois en ont assez des mesures sanitaires draconiennes, constatent des Québécois sur place

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Photo AFP Des manifestations historiques ont eu lieu dans plusieurs villes en Chine le weekend dernier, comme sur cette rue à Shanghai dimanche.

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Des Québécois vivant en Chine sont médusés devant la multiplication des manifestations dans le pays, craignant dans certains cas le bordel qu’un soulèvement populaire pourrait provoquer.

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«J’ai l’impression que ça va s’envenimer. Les gens sont tannés», lâche au bout du fil Dominic Desmarais, qui vit en Chine avec sa famille depuis sept ans, dans la ville de Suzhou, voisine de Shanghai. 

Le week-end dernier, des centaines de personnes ont manifesté dans plusieurs villes pour protester contre les confinements abusifs des autorités chinoises qui appliquent depuis trois ans une politique «zéro COVID» très restrictive. Depuis, la présence policière dans les rues empêche tout nouveau rassemblement.

M. Desmarais a pu voir des images de ces manifestations via Telegram, puisque les médias d’État ne rapportent pas ces soulèvements interdits par le gouvernement.

«Je souhaite qu’il n’y ait pas trop de trouble, espère-t-il. Il faut vraiment que ce soit stable la Chine parce que si ce n’est pas stable, ça va vraiment être le bordel.»

Témoins de la frustration

Les Québécois vivant dans l’empire du Milieu interrogés par Le Journal perçoivent dans leur entourage une remise en question des politiques sanitaires du gouvernement chinois. Ils font d’ailleurs partie des rares expatriés vivant encore en Chine, puisque ces mêmes politiques ont provoqué un exode massif des étrangers au cours des dernières années.

«Je pense qu’il y a une écœurantite vraiment aiguë ici, constate Maxime Faucher, qui est enseignant d’éducation physique dans une école pour expatriés de Suzhou. Il faut vraiment que les Chinois se sentent confortables pour t’en parler et il y en a qui m’en ont parlé.»

Maxime Faucher prend la pose à Shanghai.
Photo courtoisie, Maxime Faucher
Maxime Faucher prend la pose à Shanghai.

Cette gronde s’explique par l’incompréhension de nombreux Chinois de la pertinence de certaines politiques sanitaires, explique Pierre Morin, qui travaille pour la division chinoise de l’entreprise québécoise SiliCycle.

«Lorsqu’on sort de Shanghai et qu’on revient, il y a une règle qui nous interdit d’aller dans les lieux publics de divertissement pendant cinq jours. Par contre, on a le droit d’aller dans les tours de bureaux», explique-t-il.

«La population chinoise dit “pourquoi tu ne me permets pas d’aller dans cet endroit, alors que dans cet autre endroit, il n’y a pas de souci?”», ajoute-t-il.

«Ça commence à germer»  

Même s’il insiste sur le fait que les mesures ne le dérangent pas, Dominic Desmarais remarque que les Chinois se montrent de plus en plus hostiles envers les autorités, même si toute forme d’opposition au gouvernement est interdite.

«Les Chinois commencent à s’obstiner avec les gens responsables de contrôler le virus et refusent de suivre les consignes, d’être mis en quarantaine.»

Selon lui, les manifestations pourraient prendre de l’ampleur. 

«L’idée que c’est possible [de manifester] commence à germer», observe-t-il.

«Pour la première fois, je vois des gens partager dans leur story WeChat des choses contre le gouvernement.», ajoute Maxime Faucher.

M. Faucher ne voit toutefois pas les mesures être assouplies et encore moins levées dans les prochains mois.

«C’est tellement une politique emblématique du président Xi Jinping. Je suis vraiment curieux de voir qu’est-ce qui va se passer.»

«Ça devrait inquiéter le régime»

Pour Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine, l’appareil de répression chinois, où plus d’argent est investi que dans l’armée, est si puissant qu’il serait étonnant que le mouvement populaire prenne de l’ampleur.

«Je pense que le régime va déployer toutes ses forces pour empêcher que des personnes organisent des manifestations. C’est clair qu’ils vont repérer les personnes avec les moyens qu’ils ont et qui vont les arrêter.»

Selon lui, le régime de Xi Jinping doit toutefois faire un examen de conscience face au message qu’envoient ces manifestations historiques.

«Que des gens aient manifesté comme ça sans se couvrir le visage, ça exprime un ras-le-bol extraordinaire. C’est ça qui devrait inquiéter le régime.»

Photos fournies par Dominic Desmarais et Maxime Faucher

Le soccer, une vitrine sur la vie normale

La popularité de la Coupe du Monde de soccer en Chine pourrait avoir été la bougie d’allumage de la contestation des politiques sanitaires dans le pays en raison des images de foules sans masques largement diffusées.

«Ça a affecté la perception de la population ici. Si le virus est dangereux, comment ça se fait que les gens portent pas le masque, remplissent des stades et tout le monde a l’air heureux?», constate Dominic Desmarais, un Québécois vivant en Chine.

Selon lui, l’événement sportif a contribué à la grogne derrière les manifestations qui se sont multipliées le week-end dernier en Chine.

«Des gens m’ont dit : “on est allé voir les matchs dans les bars et personne n’a de masque au Qatar’’», relate Maxime Faucher.

Les autorités ont même entrepris de censurer les matchs de la Coupe pour tenter de tempérer la grogne, en empêchant de diffuser les plans où l’on voit les supporters agglutinés dans les estrades.

Tout le monde sauf eux

Selon Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine, la Coupe du monde a certainement contribué à la désillusion de la population envers les mesures sanitaires.

«Ils s’aperçoivent maintenant que le reste du monde est en train de reprendre une vie normale. Plus largement, les gens en Chine se rendent compte que [ce genre de mesures] ce n’est plus approprié avec les variants.»

La performance décevante de l’équipe chinoise à la Coupe du monde pourrait aussi avoir alimenté la frustration, selon M. Faucher.

La Chine a été éliminée des qualifications du tournoi après une défaite gênante de 3-1 contre le Vietnam, et ce, malgré les efforts considérables déployés par l’État pour améliorer l’équipe nationale.

«Les partisans de soccer sur les médias sociaux chinois étaient en furie au dernier sifflet», avait alors rapporté le South Morning China Post.

«Beaucoup de gens ont dit que c’est parce que les joueurs avaient pas pu s’entraîner assez à cause des mesures vraiment restrictives», explique M. Faucher.

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