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Un patient en difficulté respiratoire est mort à l’urgence sans recevoir de soins

Les employés ont mis 50 minutes avant de lui venir en aide

Hôpital Barrie Memorial
Photos Chantal Poirier et tirée de la page Facebook de Christian Fullum Christian Fullum est mort dans la salle d’attente de l’urgence de l’hôpital d’Ormstown, l’an dernier, où il s’était rendu pour des difficultés respiratoires. Les employés ont mis 50 minutes avant de lui venir en aide et il était trop tard.

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Un patient de 54 ans qui avait de graves difficultés respiratoires est décédé tragiquement en pleine salle d’attente de l’urgence d’un hôpital de la Montérégie sans recevoir d’aide médicale. 

« L’hôpital est responsable, ça, c’est clair et net, croit Richard Lévesque, 67 ans, en deuil de son demi-frère. Quand on va là, c’est pour avoir de l’aide. Ils étaient censés l’aider, et non le laisser mourir. De même en plus... » 

Un an après le décès de Christian Fullum, son frère ne comprend toujours pas comment il a pu mourir dans l’indifférence à l’Hôpital Barrie Memorial, à Ormstown, sans être secouru. 

Aux prises avec des difficultés respiratoires, l’homme connu pour faire de l’asthme a été transporté à l’urgence le 23 octobre 2021. M. Fullum a vu le médecin vers 23 h 30 et des pompes lui ont été prescrites, note le rapport du coroner obtenu par Le Journal

Retour au triage

À 23 h 45, l’homme a reçu son congé et a demandé qu’on lui appelle un taxi, lit-on. Or, le patient s’est représenté au triage de l’urgence pour « hyperventilation » à 0 h 15. On lui a réexpliqué son traitement pour l’asthme et ses signes vitaux étaient normaux. 

Pour son enquête, la coroner Lyne Lamarre a obtenu les images des caméras de surveillance de l’hôpital. M. Fullum était dans la salle d’attente. Voici le fil des évènements captés sur vidéo à partir du moment où il est revenu à l’urgence : 

2 h 56 : Le malaise « commence » et M. Fullum prend son traitement.

2 h 57 : Il se lève pour détacher son manteau. « Il est évident qu’il éprouve des difficultés respiratoires importantes. Les images vidéo sont non équivoques », écrit la coroner. M. Fullum a uriné dans son jeans. 

2 h 58 : l’agent de porte embauché pour faire respecter les mesures sanitaires « constate la situation et semble quitter la salle d’attente du triage pour aviser quelqu’un. » 

2 h 59 : l’agent parle à M. Fullum et retourne à l’accueil. 

3 h 2 : Assis, M. Fullum glisse de son siège, et se retrouve « agenouillé au sol ». 

3 h 17 : L’agent intervient auprès d’un autre usager. 

« Il semble qu’il ait vu M. Fullum agenouillé, mais qu’après l’avoir interpellé à deux reprises et croyant qu’il dormait, il est reparti à son poste de travail », écrit la coroner.

À 3 h 46, une infirmière intervient. M. Fullum ne respirait pas et n’avait aucun pouls. Les manœuvres de réanimation n’ont pas pu le sauver. 

«En pleine vue»

«Il était en pleine vue devant tout le monde, insiste M. Lévesque. Dormir à genou, par terre, ça n’a pas de sens.» 

Dans son rapport, la coroner se questionne à savoir pourquoi personne n’est intervenu. Le personnel n’a pas le souvenir d’avoir été avisé de l’état du patient, lit-on. 

À ce sujet, la direction de l’hôpital précise que la caméra de surveillance ne permettait pas une vue complète de la salle d’attente. 

«Si on avait porté secours à M. Fullum à 2 h 59, il est évident que ses chances de survies auraient été meilleures», écrit la coroner. 

Selon le rapport, l’autopsie a soulevé deux causes de décès possibles : une hyperinflation pulmonaire causée par une crise d’asthme, ou un infarctus aigu du myocarde. 

La coroner écrit aussi que M. Fullum avait consommé beaucoup de métamphétamine (speed) durant la semaine précédant son décès. 

Il pouvait parfois s’abstenir de dormir durant plusieurs jours et était reconnu pour ne pas suivre la posologie de ses pompes d’asthme. 

«Pour moi, ils se sont dit : “Ah, il est gelé, on va le laisser là, il va s’en remettre. Hey, il en est mort”», dit M. Lévesque, convaincu que son frère n’aurait pas consulté pour rien. 

Bien qu’il a songé à entamer des démarches judiciaires, ce dernier n’a pas la forme pour ce genre de cause. 

«De toute façon, il est parti, on ne peut pas le ramener», souffle-t-il. 

Des correctifs apportés pour améliorer la sécurité

Hôpital Barrie Memorial
Photo Chantal Poirier

Formation des agents, embauche de personnel, ajustement de la caméra de surveillance : plusieurs mesures ont été mises en place depuis ce décès pour assurer une meilleure sécurité, répond l’hôpital. 

Une enquête interne avait été déclenchée après le décès de M. Fullum au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest. On assure d’ailleurs prendre très « au sérieux » les recommandations de la coroner.  

Dans son rapport, la coroner écrivait que les agents de porte ont « très peu de formation en raison d’un trop grand roulement de personnel », lit-on. Elle recommandait au CISSS d’offrir une formation sur l’obligation légale de porter secours aux personnes en danger.

Désormais, le CISSS exige cette formation aux employés de la compagnie Garda, qui a le contrat de sécurité. 

L’angle de la caméra de surveillance de la salle d’attente, qui ne permettait pas une vue complète de la salle, a aussi été revu. Deux préposés aux bénéficiaires de nuit ont aussi été embauchés. 

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