/news/education
Navigation

Un nombre record d’enseignants non légalement qualifiés

Dans certaines écoles de l’Outaouais, un prof sur deux n’a pas son brevet d’enseignement

Coup d'oeil sur cet article

Le nombre d’enseignants non légalement qualifiés ne cesse de fracasser des records dans le réseau scolaire québécois. Dans certaines écoles de l’Outaouais, jusqu’à un prof sur deux n’a pas son brevet d’enseignement, a appris Le Journal. 

Dans l’ensemble de la province, le nombre d’enseignants sans brevet embauchés en vertu d’une tolérance d’engagement s’est élevé à 4783 pour l’année 2021-2022, selon les plus récents chiffres. Il s’agit d’un sommet depuis que ces données ont commencé à être compilées par le ministère de l’Éducation, en 2007 (voir encadré).  

Or, la situation varie grandement d’une région à l’autre. Au Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais, situé en milieu rural, 41% des profs ne sont pas qualifiés. Cette proportion tient compte des enseignants réguliers à temps plein et des contrats à temps partiel, mais pas des suppléants, précise la directrice des ressources humaines, Nadine Carpentier. 

Le recrutement est particulièrement difficile dans certains secteurs du territoire, notamment dans la MRC de Pontiac, où la proportion d’enseignants sans brevet peut même grimper jusqu’à 50% dans certaines écoles. «C’est très élevé», laisse tomber Mme Carpentier. 

Cette proportion pourrait encore grimper au cours des prochaines semaines. «Dès que j’ai des enseignants qui sont malades, je dois faire appel à des non légalement qualifiés pour les remplacer», précise-t-elle.  

Leurs profils sont très variés. Certains ont des baccalauréats en mathématique, en sciences ou en littérature, d’autres étaient éducatrices en services de garde avant d’enseigner en maternelle (voir encadré). 

«Il y a plusieurs nouveaux qu’on doit recruter chaque année. Ce sont des gens qui viennent parfois essayer l’enseignement, tant au primaire qu’au secondaire», indique la responsable des ressources humaines. 

Le défi peut être immense pour ces nouveaux venus, qui doivent tout apprendre du fonctionnement de l’école. Ils vont souvent «frapper à la porte voisine» pour demander de l’aide aux collègues. 

«Tout le monde est allé à l’école, mais ce n’est pas tout le monde qui sait comment préparer un bulletin ou planifier son enseignement en fonction de la progression des apprentissages», illustre Caroline Paquette, vice-présidente du Syndicat du personnel de l’enseignement des Hautes-Rivières. 

«C’est sûr que ça cause des irritants, les autres enseignants trouvent ça lourd parce que leur cour est déjà pleine», ajoute-t-elle. 

Payés pour aller étudier

Pour faire face à la situation, le Centre de services scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais a mis sur pied, cet automne, en collaboration avec le syndicat, des projets pilotes qui sont financés dans le cadre d’une entente visant à trouver des solutions locales à la pénurie de personnel scolaire. 

Pour inciter les profs non qualifiés à retourner à l’université, ce centre de services leur permet de suivre leurs cours à temps partiel tout en étant rémunérés. De plus, l’employeur rembourse certains frais de déplacement et même une partie de leurs droits de scolarité, sous certaines conditions. 

«Les incitatifs doivent être grands pour les convaincre d’aller se former, parce que la pénurie est tellement importante qu’ils sont assurés de travailler quand même», explique Caroline Paquette. 

Dans le même ordre d'idées, pour encadrer les nouveaux venus, des enseignants d’expérience sont libérés afin qu'ils agissent comme mentors auprès d’eux et qu'ils les accompagnent au quotidien.

Plus de 600 profs manquent toujours à l’appel 

Trois mois après la rentrée, plus de 600 enseignants manquent toujours à l’appel, alors que la seule façon d’en recruter est maintenant de faire appel à des profs non légalement qualifiés, indiquent des directions d’école. 

Selon les plus récents chiffres obtenus par Le Journal, 109 postes réguliers à temps plein et 525 contrats d’enseignants sont toujours vacants. Or, tout indique que le portrait est plus élevé en réalité, car seulement 56 des 72 centres de services scolaires ont fourni des chiffres au ministère de l’Éducation à ce sujet. 

Pour pourvoir ces postes dans les prochaines semaines, les centres de services n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers des profs qui n’ont pas leur brevet d’enseignement, explique Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles. Les banques de candidats légalement qualifiés sont à sec. 

«Ça fait des années qu’on sait qu’on s’en allait vers une pénurie de main-d’œuvre et là, on est frappé de plein fouet, dit-il. Il n’y en a pas 50 solutions, ces gens-là il faut les prendre. Il faut les accompagner, sinon il n’y a personne dans les classes, ce n’est pas mieux. On n’a pas le choix de se revirer de bord et de trouver des solutions et d’aider ces gens-là pour offrir un service de qualité.» 

Dans plusieurs écoles, notamment dans la grande région de Québec, environ 30% des enseignants et du personnel des services de garde ne sont pas légalement qualifiés, affirme M. Ouellet. 

Parmi ces nouveaux venus, on trouve parfois des immigrants qui ont une formation en enseignement dans leur pays d’origine et qui ont de l’expérience devant une classe, souligne-t-il. 

Mais il y en a toutefois qui partent «de zéro» et qui doivent tout apprendre: l’approche pédagogique, l’évaluation, la gestion de classe, etc. «On les accompagne le mieux possible, on met un technicien en éducation spécialisée pour l’aider dans la classe, indique M. Ouellet. On se débrouille avec les moyens du bord.» 

Un sommet depuis au moins 15 ans 

Québec a commencé à compiler les données concernant les enseignants non légalement qualifiés qui ont reçu une tolérance d’engagement en 2007. Leur nombre atteint maintenant un sommet, a constaté Le Journal en consultant des chiffres rendus publics dans le cadre d’une demande d’accès à l’information. 

Voici les données pour les cinq dernières années:

  • 2017-2018: 1332 
  • 2018-2019: 2048 
  • 2019-2020: 2507 
  • 2020-2021: 3757 
  • 2021-2022: 4783

Enseignants non légalement qualifiés selon leur scolarité:

  • Diplôme d’études secondaires: 0,1% 
  • Diplôme d’études collégiales: 10% 
  • Baccalauréat: 61% 
  • Maîtrise: 9,7% 
  • Autres: 18,5% 

Source: ministère de l’Éducation

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.