/news/green
Navigation

Aires préservées: après le Nord, il faut protéger le Sud

Des statistiques démontrent à quel point les aires préservées sont mal réparties sur notre territoire

Coup d'oeil sur cet article

Alors que Québec vise à protéger 30 % de tout son territoire d’ici 2030, des régions du sud du Québec font piètre figure par rapport au Grand Nord, selon une compilation du ministère de l’Environnement.

• À lire aussi: COP15: c’est le moment ou jamais pour freiner le déclin de la biodiversité sur Terre

• À lire aussi: Québec met à jour sa liste des espèces en péril

• À lire aussi: SOS pour les espèces menacées du Québec

À l’heure actuelle, la province se targue d’être parvenue à protéger 17 % de ses terres et de son eau douce, un but qui a été atteint en grande partie grâce à la protection d’immenses pans peu habités du Nord-du-Québec.

Or, depuis des années, les experts et les environnementalistes insistent sur l’importance de protéger tout autant le Sud, menacé par les activités humaines omniprésentes.

Le déséquilibre est flagrant dans les statistiques du ministère de l’Environnement que Le Journal a obtenues pour connaître quel pourcentage de chaque région administrative était protégé.

Loin du but

Par exemple, Chaudière-Appalaches, le Centre-du-Québec et Laval comptaient moins de 3 % d’aires protégées en date de septembre dernier (voir autre texte).

«De protéger moins de 5 % d’un territoire... on est loin de là où on devrait être», soupire Andrew Gonzalez, directeur du Centre de la science de la biodiversité du Québec et professeur à l’Université McGill.

Surtout que d’ici 2030, le Québec comme le Canada ont promis de porter ce chiffre à 30 %, un engagement qui pourrait être adopté par de nombreux autres pays pendant la COP15 sur la biodiversité qui se tiendra à Montréal.

Rééquilibre nécessaire

«Cette situation est à rééquilibrer, il faut réaliser que beaucoup de la biodiversité menacée se trouve au Sud», rappelle M. Gonzalez en évoquant la grande précarité de forêts anciennes, de prairies sauvages et de milieux humides.

«On souhaite que le gouvernement se dote de cibles régionales réalistes, pour qu’on ait une protection représentative de nos différents écosystèmes», ajoute Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec).

La Société pour la nature et les parcs a recensé près de 100 projets d’aires protégées, dont la majorité au sud de la province, qui pourraient permettre de protéger 30 % de notre territoire.
Carte : Société pour la nature et les parcs du Québec
La Société pour la nature et les parcs a recensé près de 100 projets d’aires protégées, dont la majorité au sud de la province, qui pourraient permettre de protéger 30 % de notre territoire.

L’organisme a d’ailleurs créé une «carte des territoires oubliés» (voir ci-dessus), qui illustre les endroits où des aires protégées pourraient voir le jour pour atteindre le fameux 30 %.

Le ministre de l’Environnement Benoit Charette assure que des efforts sont faits pour rééquilibrer la répartition des milieux naturels protégés. 

«Depuis le début de l’année, on a annoncé un vingtaine d’aires protégées exclusivement dans le sud», a-t-il fait valoir en entrevue avec Le Journal

La protection du territoire y est toutefois plus compliquée en raison de la présence humaine et des nombreuses terres privées où le gouvernement n’a que peu de pouvoir, a expliqué l’élu.  

Bonne dernière, Laval défend son bilan de protection

Le boisé de l’Équerre, à Laval, est considéré comme protégé par la Ville, mais pas par le ministère de l’Environnement.
Photo Agence QMI, Sarah-Émilie Nault
Le boisé de l’Équerre, à Laval, est considéré comme protégé par la Ville, mais pas par le ministère de l’Environnement.

 Même si Laval arrive en dernier du classement gouvernemental avec un maigre 2,23 km2 d’aires protégées sur son territoire, la Ville se défend de rester les bras croisés.

«On a de quoi être fiers et ce n’est pas du tout reflété dans le chiffre du gouvernement», soutient Christine Poirier, conseillère municipale de Laval et responsable des dossiers en environnement.

Cette dernière avance que la municipalité protège au moins 12,5 % de son territoire à l’heure actuelle grâce à son cadre réglementaire ou à son régime de propriété, un chiffre 15 fois plus élevé que le 0,84 % reconnu par le ministère de l’Environnement.

Cette disparité s’expliquerait selon elle par les critères «très restrictifs» utilisés par le gouvernement pour déterminer les aires protégées.

Ce dernier se fie à la classification internationale UINC pour les identifier, tandis que Laval se réfère à son propre «plan de conservation et de mise en valeur des milieux naturels».

Malgré des critères identiques, l’île voisine de Montréal est pour sa part parvenue à faire inscrire 15,7 % de son territoire au registre du ministère. 

30 M$ pour la protection

Quoi qu’il en soit, l’administration de Stéphane Boyer a énoncé son intention de protéger 17 % de Laval et dit avoir récemment dépensé 30 millions $ pour acquérir des lots dans ce but.

«Les terrains coûtent cher à Laval! On a un enjeu de coût d’acquisition et de pression pour le développement, avec tous les besoins en habitation et en terrains industriels», affirme Mme Poirier.

«Et puis, on pense souvent que Laval c’est une ville de centre d’achats et d’autoroutes, mais 30 % de notre milieu est agricole», rappelle l’élue. 

Par ailleurs, la municipalité a entamé des démarches pour faire reconnaître des aires qu’elle considère comme déjà protégées, comme le refuge faunique de la Rivière-des-Mille-Îles.

Laval estime que les 568 hectares nouvellement inclus dans sa superficie pourront éventuellement être inscrits au registre et faire augmenter sa moyenne.

La Ville déplore aussi que 169 hectares qu’elle considère comme protégés dans les rivières des Milles Îles et des Prairies ne peuvent être comptabilisés car ils sont visés par des droits miniers et gaziers.

Le ministère de l’Environnement n’a pas répondu aux questions du Journal.  

 

Régions administratives | Milieux terrestres et d’eau douce protégés

Laval | 0,84 %

Chaudière-Appalaches | 1,9 %

Bas-Saint-Laurent | 3,39 %

Estrie | 3,48 %

Montérégie | 3,88 %

Saguenay–Lac-Saint-Jean | 8,60 %

Outaouais | 7,23 %

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine | 7,86 %

Mauricie | 8,11 %

Abitibi-Témiscamingue | 8,86 %

Laurentides | 8,89 %

Capitale-Nationale | 10,56 %

Lanaudière | 11,41 %

Côte-Nord | 14,94 %

Montréal | 15,71 %

Nord-du-Québec | 21,48 % 

Source : Ministère de l’environnement

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.