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Affaire Carey Price : il ne faudrait surtout pas oublier l’essentiel

Polytechnique Commemoration 20191206
Photo La Presse Canadienne, Ryan Remiorz Le premier devoir de mémoire est pour les 14 jeunes femmes assassinées lâchement, le 6 décembre 1989, pour l’unique raison qu’elles étaient des femmes.

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Les sorties contradictoires de Carey Price à la défense d’un lobby controversé pro-armes à feu sont troublantes. La liberté d’expression est certes un droit fondamental. En tant que «vedette», le gardien de but des Canadiens a néanmoins raté une belle occasion de passer son tour.

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Pis encore, il s’est prononcé à quelques jours à peine de la 33e journée de commémoration de la tuerie antiféministe de Polytechnique. 

Doit-on lui rappeler que, le 6 décembre 1989, un tueur misogyne tirait à bout portant sur 14 femmes pour l’unique raison qu’elles étaient des femmes qui avaient « osé » étudier ou travailler dans un milieu dominé par les hommes ? 

Critiqué aussi pour n’avoir supposément eu aucune connaissance de cette tragédie, Price a poussé l’indécence jusqu’à publier hier, le jour même de la commémoration, un « correctif » jurant qu’il était au courant de la tuerie.

Comme interférence décervelée, difficile de faire pire. Or, le vrai sujet n’est justement pas Carey Price. Trente-trois ans après l’attentat féminicide de Poly, le devoir de mémoire et les leçons à en tirer doivent primer.

Premier devoir

Le premier devoir de mémoire est pour les 14 jeunes femmes assassinées.

Geneviève Bergeron. Hélène Colgan. Nathalie Croteau. Barbara Daigneault. Anne-Marie Edward. Maud Haviernick. Barbara Klucznik-Widajewicz. Maryse Laganière. Maryse Leclair. Anne-Marie Lemay. Sonia Pelletier. Michèle Richard. Annie St-Arneault. Annie Turcotte.

Le deuxième est de saluer la ténacité exceptionnelle des survivantes. Y compris l’admirable et toujours présente Nathalie Provost, de même que tous ceux et celles qui, au fil des ans, les ont appuyées dans leur combat pour un meilleur contrôle des armes au Canada. 

Comme Mme Provost le rappelle à nouveau, leur demande centrale est d’« interdire les armes telles que celle utilisée par le meurtrier de Polytechnique ». Depuis plus de 30 ans que cette lutte perdure. 

Le projet de loi C-21 du gouvernement Trudeau est peut-être imparfait, mais comme elle le dit si bien : « Nous touchons au but. » Le vrai but.

Le troisième devoir est de prendre conscience de la persistance inquiétante des violences contre les filles et les femmes. Toutes les violences.

Violence conjugale, physique ou non. Sexuelle. Financière. Politique. Féminicides. Cyberintimidation. Etc. 

Effet de ressac

Grâce au mouvement #metoo, on prend la pleine mesure des violences sexuelles. Malgré même des avancées concrètes vers une plus grande égalité entre les femmes et les hommes, les autres formes de violence sévissent elles aussi tout autant.  

Impossible d’ailleurs de nier qu’il y a ressac. Le réveil décomplexé d’autant de haine contre les femmes crève les yeux, et les médias dits sociaux en sont l’outil planétaire de propagation. 

Dès qu’une femme prend la parole publiquement – élues, journalistes, artistes, militantes, etc. –, elle croule sous les menaces et les invectives sexistes et dégradantes. L’unique but étant de les faire taire.

Se taire ? Ce n’est pas une option. 

C’est pourquoi, bien au-delà de l’« affaire » Price – une pitoyable note en bas de page de l’Histoire –, l’essentiel est d’honorer nos 14 sœurs d’âme, tuées le 6 décembre 1989. Ne les oublions pas. 

N’oublions pas non plus tous ceux et celles qui, en leur nom et celui de l’avenir, luttent pour un contrôle plus serré des armes et une plus grande égalité en droits entre les femmes et les hommes. Sur tous les plans.

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