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Ottawa rejette l’appel à protéger un refuge d’oiseaux en péril de Montréal

Les espèces en péril du Technoparc, près de l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau, au ballotage la veille de la COP15

Heron vert
Courtoisie

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OTTAWA | Alors que s’ouvre à Montréal la conférence de l’ONU sur la biodiversité, le gouvernement fédéral vient de rejeter une pétition réclamant la création d’un parc urbain sur un des derniers grands milieux naturels de la métropole qui abrite des espèces en péril.

La Ville de Montréal et 14 municipalités et arrondissements de l’île de Montréal réclament pourtant tous la protection de ce site aussi grand que le parc du Mont-Royal, en bordure de l’aéroport Pierre Elliot Trudeau. Le site est connu sous le nom de Technoparc.

« On est très surpris et profondément déçu de cette réponse la veille de la COP15 », a déclaré au Journal Katherine Collin du regroupement Technoparc Oiseaux.

L’endroit est un refuge pour 217 espèces d’oiseaux, dont 14 espèces en péril et 33 reconnues « prioritaires » par Environnement Canada. On y trouve par exemple un échassier menacé, le petit blongio, et le hibou des marais, désigné « espèce préoccupante ».

Hibou des marais COURTOISIE Yann Jégard
Courtoisie Yann Jégard
Hibou des marais COURTOISIE Yann Jégard

« C’est le plus grand site naturel continu sur l’île de Montréal, probablement le dernier. Nous croyons que le gouvernement devrait lui donner un statut de protection prioritaire », indique David Fletcher de la Coalition Verte.

Les monarques en danger

Le Technoparc est aussi fréquenté des papillons monarques, une espèce migratrice en danger. Or, en juin, ADM Aéroports de Montréal qui loue la plus grande part du terrain en friche (155 hectares), y a rasé des milliers d’asclépiades, une plante essentielle à la survie du papillon, sur pas moins de 20 hectares.

ADM s’est défendu, clamant avoir procédé à un entretien normal de la végétation. « Aéroports de Montréal a toujours abordé le développement de ses terrains sur les sites aéroportuaires avec une vision de durabilité », indique le porte-parole Eric Forest.

Technoparc situation géographique COURTOISIE Technoparc Oiseaux
Courtoisie
Technoparc situation géographique COURTOISIE Technoparc Oiseaux

Mais le tollé a été tel qu’en septembre, l’Agglomération de Montréal a adopté une résolution formelle réclamant que le gouvernement fédéral sécurise le site « comme héritage pour les générations futures et part importante du réseau des parcs urbains de l’île de Montréal ».

La Ville de Montréal et 14 municipalités et arrondissements distincts de l’île de Montréal demandent la même chose, tout comme le Parti vert du Canada, le NPD et le Bloc Québécois.

« Il y a là un exemple concret de protection de la biodiversité dans notre cour, à Montréal, et le gouvernement ne fait rien », gronde Alexandre Boulerice, chef adjoint du NPD et député de Rosemont–La Petite-Patrie.

Aéroports de Montréal aux commandes

Mais le gouvernement fédéral, qui est lié à ADM par un bail, répond qu’il « ne peut intervenir unilatéralement pour transformer les terrains aéroportuaires sous la gestion d’Aéroports de Montréal en parc urbain national ».

Le bail avec ADM comporte néanmoins des exigences en matière de protection de l’environnement. C’est pourquoi « le ministre Omar Alghabra et son cabinet ont réitéré à ADM à plusieurs reprises que l’aéroport doit en faire plus », indique au Journal le cabinet du ministre.

Mais pour Mme Collin, « le gouvernement fédéral semble encore une fois protéger les intérêts d’ADM », dont le plan de direction considère le site comme une « zone disponible à des fins de développement ». 

« Si le gouvernement, qui est le propriétaire du terrain, ne peut pas le protéger, qui va le faire ? » souffle Mme Collin.

ADM pourrait toutefois avoir maille à partir avec Environnement Canada qui a lancé une enquête sur le défrichage des asclépiades du champ des monarques.

La balle au ministre Guilbeault

Le cabinet du ministre de l’Environnement Steven Guilbeault assure au Journal que « le rejet de la pétition ne signifie pas un désintérêt du ministre Guilbeault sur l’intérêt de protéger les sites naturels du Technoparc ».

On souligne qu’Environnement Canada a lancé une consultation sur l’évaluation de la situation du monarque qui pourrait donner un nouvel outil pour assurer une protection fédérale du site.

C’est ce qu’espère la mairesse de Montréal, Valérie Plante, dont le cabinet souligne que « le champ des monarques est extrêmement important pour la biodiversité du secteur ».

« Alors que Montréal accueille la COP15, on s’attend à ce que cette sensibilité pour la biodiversité urbaine soit partagée par l’ensemble de nos partenaires », indique son cabinet. 

La conférence de l’ONU sur la biodiversité qui débute mercredi à Montréal a pour objectif de convaincre 196 pays à protéger 30 % de leur territoire d’ici 2030.

BI

  • 49 % des espèces d’oiseaux de la Terre sont en déclin
  • 2,9 milliards d’individus ont disparu depuis 1970 dont 29 % en Amérique du Nord

Source : BirdLife International, État des populations d’oiseaux dans le monde 2022

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