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Déclin du français: voyez des exemples de fautes de cégépiens

Plus d’un cégépien sur deux a besoin d’aide pour écrire sans fautes

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Plus de la moitié des cégépiens estiment avoir besoin d’aide pour écrire sans fautes, un constat peu étonnant pour des enseignants qui relèvent régulièrement des erreurs qu’on ne devrait plus retrouver à la fin du primaire. 

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Selon l’Enquête sur la réussite à l’enseignement collégial, 30% des cégépiens interrogés considèrent qu’ils ont moyennement besoin de soutien pour écrire sans fautes, et 27% d’entre eux évaluent qu’ils ont un «grand besoin d’aide» pour remettre une copie sans erreur d’orthographe. 

Infographie, Le Journal de Québec

Ce vaste sondage, dont le rapport a été mis en ligne récemment, a été réalisé auprès d’environ 30 000 cégépiens en 2021 dans le cadre du chantier sur la réussite, piloté par le ministère de l’Enseignement supérieur. 

Or, cette proportion pourrait être encore plus grande en réalité, puisque ces chiffres reposent sur la perception des étudiants de leurs propres difficultés, souligne Marco Gaudreault, un des chercheurs du centre ÉCOBES, qui a réalisé cette enquête. 

Patrick Moreau, qui enseigne le français et la littérature au Collège Ahuntsic, constate de son côté qu’une «majorité d’étudiants» commettent des fautes «qu’on ne devrait plus faire à la fin du primaire», comme oublier des «s» au pluriel ou même accorder des verbes à l’infinitif en leur ajoutant des «s». 

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Une faute tous les cinq mots

«Certaines erreurs révèlent une ignorance tellement abyssale du code linguistique qu’on se demande vraiment comment ils sont arrivés jusque-là», laisse-t-il tomber, tout en précisant qu’il fait référence à des erreurs survenues dans un contexte d’évaluation en classe, où les étudiants ont accès à des dictionnaires et des grammaires pour corriger leur texte.  

«On peut avoir des copies avec 40 fautes sur 200 mots», ce qui représente une faute tous les cinq mots, illustre M. Moreau. 

Dans ses cours, 30% de la note finale est consacré à la maîtrise de l’orthographe. «Ça nous oblige à hausser les notes pour le contenu. On n’a pas le choix, sinon ils échoueraient quasiment tous», lance-t-il. 

Pire qu’avant

Dans les rangs des enseignants, ils sont aussi plusieurs à affirmer que les lacunes des étudiants en français écrit se sont aggravées au cours des dernières années. 

«C’est sûr qu’avec la pandémie, c’est encore pire», laisse tomber Virginie Lambert-Pellerin, enseignante de français et de littérature au Collège Montmorency. 

Ceux qui arrivent du secondaire ont des «lacunes encore plus grandes», affirme-t-elle. De leur côté, les cégépiens qui ont connu l’enseignement en ligne ont pris l’habitude de s’appuyer sur des «béquilles» comme le logiciel de révision Antidote, déplore celle qui représente les enseignants de français au comité sur la formation générale au collégial du ministère de l’Enseignement supérieur, mais qui s’exprime ici à titre personnel. 

Le son de cloche est semblable du côté de Christian Bernier, enseignant de français et de littérature au Cégep de l’Outaouais. «On se rend compte qu’à cette session-ci, il y a une diminution très marquée de la capacité d’attention en classe et de la qualité des travaux, concernant la maîtrise de la langue entre autres», dit-il. 

Les étudiants sont aussi plus nombreux à percevoir leurs difficultés. En 2016, lors d’une enquête similaire à celle réalisée en 2021, 54% des cégépiens affirmaient avoir besoin d’aide pour écrire sans fautes.

Des étudiants frappent un mur

À leur arrivée au cégep, plusieurs étudiants comme Sabrina Noël (voir autre texte), «frappent un mur» lorsqu’ils constatent que les exigences en français écrit au cégep sont beaucoup plus élevées qu’au secondaire.  

Des jeunes, qui avaient l’habitude de rédiger des textes à l’écran au secondaire avec l’aide d’un dictionnaire en ligne, tombent de haut lorsqu’ils doivent renouer avec le papier et le crayon en mettant les pieds au cégep (voir autre texte).  

De son côté, Marco Gaudreault estime qu’il faut tout de même se réjouir qu’«une bonne part des étudiants n’aient pas la tête dans le sable». «Les jeunes qui ont de la difficulté en français demandent de l’aide. Est-ce qu’on peut leur en donner?» lance-t-il. 

Il s’agit aussi d’une préoccupation pour la Fédération étudiante collégiale du Québec, qui a récemment réclamé un grand coup de barre pour améliorer l’enseignement du français dès le primaire. 

Le français au cégep, comme «un mur en pleine face» pour des étudiants 

«Au secondaire, c’est facile de passer les cours de français. Mais quand on arrive au cégep, tout est axé sur l’écriture, et c’est vraiment dur de réussir pour quelqu’un comme moi qui a de la difficulté avec le français écrit. On n’est vraiment pas bien préparés pour ça.» 

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Sabrina Noël a toujours eu de la difficulté en orthographe à l’école. Elle a pourtant réussi ses cours de français haut la main, avec des notes au-dessus de 75%. 

Sabrina a toujours eu des difficultés en orthographe à l’école, même si elle a réussi à passer ses cours de français haut la main. Elle a toutefois «frappé un mur» en arrivant au cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, où elle étudie en technique de travail social.
Photo Daphnée Dion-Viens
Sabrina a toujours eu des difficultés en orthographe à l’école, même si elle a réussi à passer ses cours de français haut la main. Elle a toutefois «frappé un mur» en arrivant au cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, où elle étudie en technique de travail social.

«Au secondaire, ce qui aide vraiment, c’est qu’il y a beaucoup d’examens de compréhension de lecture et d’exposés oraux. Même si j’étais moins bonne en écriture, j’avais de très bonnes notes», affirme-t-elle. 

Dans les cours de français du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire, l’écriture vaut 40% de la note finale, la compréhension en lecture, 40%, et l’expression orale, 20%. La maîtrise de l’orthographe n’est évaluée que dans le volet écriture. Il n’est d’ailleurs pas permis de pénaliser un élève pour ses fautes d’orthographe dans une autre matière, ni même dans un examen de compréhension en lecture à l’intérieur d’un cours de français. 

Au cégep, la réalité est tout autre. Plusieurs cégeps imposent un seuil de réussite obligatoire en français écrit dans les cours de littérature alors que, dans les autres matières, les étudiants peuvent perdre de 10% à 15% de leur note finale à cause des fautes d’orthographe, selon des règles variables d’un collège à l’autre. 

«Un mur en pleine face»

Pour Sabrina, qui étudie en technique de travail social au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, le choc a été brutal.  

«En arrivant au cégep, c’est comme si j’ai frappé un mur en pleine face. J’ai vraiment réalisé qu’il fallait que j’améliore mon français écrit, sinon tout mon cégep était compromis», laisse-t-elle tomber. 

Après avoir échoué à son premier cours de français, elle s’est retrouvée dans un cours de renforcement en français, qui l’a beaucoup aidé, dit-elle. L’étudiante a néanmoins aussi échoué à son troisième cours de français, qu’elle reprend cette session-ci. «C’est vraiment une grosse source de stress», laisse tomber Sabrina. 

Même s’ils sont bien conscients de leurs lacunes en français, des étudiants réalisent qu’il est encore plus difficile d’améliorer leur maîtrise de l’orthographe une fois rendus au cégep. «Au secondaire, je faisais du français presque chaque jour, j’avais l’impression de progresser. Au cégep, il y a plusieurs autres matières, alors c’est encore plus dur de s’améliorer», affirme Chouaibou Dicko, un étudiant en sciences humaines au Cégep Garneau qui a échoué des cours à cause de ses difficultés en français. 

Le retour aux examens papier-crayon donne du fil à retordre aux étudiants 

Des étudiants qui ont utilisé des dictionnaires en ligne pendant tout leur secondaire affirment que le retour à des examens papier-crayon au cégep est en grande partie responsable de leurs faibles résultats en français. 

«J’ai fini mon français en secondaire cinq avec 88%. Là, j’ai 55% dans mon premier cours de français au cégep.»  

Charlie Lemieux a fréquenté une école secondaire privée de Québec, où chaque élève devait utiliser un ordinateur ou une tablette électronique. Comme ses camarades de classe, elle a appris à utiliser plusieurs outils de référence en ligne pour corriger ses textes, qu’elle rédigeait à l’écran. 

Charlie Lemieux a obtenu 88% en français à la fin de son secondaire. Arrivée au cégep cet automne, elle obtient jusqu’à maintenant 55% dans son premier cours de français.
Photo Daphnée Dion-Viens
Charlie Lemieux a obtenu 88% en français à la fin de son secondaire. Arrivée au cégep cet automne, elle obtient jusqu’à maintenant 55% dans son premier cours de français.

«J’étais habituée de corriger mes mots littéralement un par un. Je les cherchais tous, mais ça allait assez vite avec le dictionnaire en ligne», raconte-t-elle. 

Comme plusieurs de ses camarades de classe, l’étudiante en gestion de commerce a vécu un véritable «retour en arrière» au cégep lorsqu’elle a renoué avec le papier et le crayon pour réaliser ses examens en classe.  

«On a tous frappé un mur, lance de son côté Chloé Grimard, qui vit les mêmes difficultés à sa première session au Cégep Garneau. Avec le dictionnaire papier, c’est juste pas possible», laisse-t-elle tomber. 

Virginie Lambert-Pellerin, qui enseigne le français et la littérature au Collège Montmorency, n’est pas étonnée par les propos de ces étudiants. «En classe, quand on leur ouvre l’armoire avec les dictionnaires papier pour la première fois, il y en a qui ouvrent de grands yeux. Certains n’ont jamais appris à chercher dans le dictionnaire par ordre alphabétique», affirme-t-elle. 

Mais des enseignants tiennent mordicus à la formule traditionnelle, du moins tant que l’épreuve uniforme de français se déroulera elle aussi en version papier-crayon, affirme Mme Lambert-Pellerin. Des expérimentations sont en cours à ce chapitre, rapportait Le Journal récemment. 

Plusieurs enseignants considèrent par ailleurs que l’utilisation des technologies est en partie responsable des difficultés grandissantes des cégépiens en français.  

Virage numérique

Dans certains collèges, le virage numérique est toutefois amorcé. Au Cégep de Rivière-du-Loup, tous les étudiants utilisent l’ordinateur en classe dans leurs cours de français, à l’exception du dernier afin d’être mieux préparés à passer l’épreuve uniforme de français en version manuscrite. 

Les enseignants ont décidé d’autoriser l’ordinateur et le logiciel de correction Antidote en classe «parce qu’on est en 2022», explique l’un d’entre eux, Benoît Dumais. «On est conscients que nos étudiants vont sortir du cégep et qu’ils n’écriront plus à la main. Ils vont avoir accès à Antidote, alors pourquoi ne pas aller dans cette voie-là?» 

L’utilisation d’un logiciel de correction dans les cours de français fait d’ailleurs partie des recommandations de la Fédération des cégeps pour améliorer la réussite des étudiants, une recommandation controversée qui est toutefois loin de faire l’unanimité. 

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