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Filière batterie: l’Abitibi veut que son lithium soit transformé chez elle

Filière batterie: l’Abitibi veut que son lithium soit transformé chez elle
Photo fournie par Sayona Inc.

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Des élus de l’Abitibi-Témiscamingue sont déterminés à tout faire pour que leur région soit plus qu’un simple fournisseur de matière première pour la filière batterie qui a le vent dans les voiles avec la transition énergétique en cours. 

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D’ici le printemps, la minière Sayona, située à La Corne, à une quarantaine de kilomètres de Val-d’Or, devrait procéder aux premières livraisons commerciales de lithium extrait du sol québécois. L’entreprise, une filiale de la compagnie australienne du même nom, s’est portée acquéreur des installations de La Corne en août 2021, s’engageant auprès du gouvernement du Québec à y relancer la production de lithium, un élément central dans la fabrication des batteries destinées aux véhicules électriques.

Filière batterie: l’Abitibi veut que son lithium soit transformé chez elle
Photo fournie par Sayona Inc.

«On a les gisements, maintenant il faut que les retombées soient chez nous», plaide Sébastien d’Astous, maire d’Amos et préfet de la MRC Abitibi, en référence aux gisements de Sayona à La Motte et La Corne, deux municipalités de sa MRC.

L’ingénieur métallurgiste de formation voudrait notamment que des efforts soient mis pour attirer des fabricants de composantes de batteries dans la région, pour, en ses mots, «intégrer la filière lithium de A à Z».

«On sait déjà que Sayona a la volonté de faire du carbonate de lithium [à l’usine] de La Corne. Après ça, [il faut] réussir à faire des parties de batteries et tentaculer le plus loin possible dans le procédé», estime-t-il.

Le carbonate de lithium auquel M. D’Astous fait référence est un produit obtenu par traitement chimique du spodumène, le concentré de lithium issu d'un premier traitement du minerai extrait du sol. Sayona est déterminée à pouvoir réaliser cette deuxième transformation chez elle, à La Corne, mais souhaite y aller par étapes.

«Nous sommes en train d’y créer un important pôle de lithium, ce qui a un potentiel attractif important. Cependant, nous nous concentrons d’abord et avant tout sur nos propres opérations, soit la reprise de la production [de spodumène] à [l’usine de La Corne] et les études reliées la seconde transformation», a mentionné dans un courriel le chef de la direction de Sayona au Québec, Guy Belleau.

Guy Belleau
Photo fournie par Sayona Inc.
Guy Belleau

Le député fédéral de l’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, du Bloc québécois, est aussi de ceux pour qui la présence des minéraux critiques et stratégiques et le savoir-faire minier dans la région constituent des opportunités inouïes pour la positionner dans la course à l’électrification des transports.

«On a une opportunité d’échanges entre le Québec, le Canada, la Chine, la Corée, dans le contexte où il y a beaucoup d’effervescence», nous a dit M. Lemire, en référence à une récente mission commerciale en Asie avec le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, lors de laquelle il a pu mesurer l’appétit d’économies hautement dépendantes de l’approvisionnement chinois pour le maintien de leur industrie technologique.

«Le souhait que j’ai, c’est de créer en Abitibi-Témiscamingue un pôle d’excellence en minéraux critiques et stratégiques, a ajouté le député. C’est peut-être l’opportunité économique du siècle. Et ça va se faire très rapidement, donc si on passe à côté comme région, on est faits!»

Michel Lévesque, le maire de La Corne, demeure, quant à lui, prudent, ayant en mémoire les deux tentatives infructueuses pour relancer l’usine au cours de la dernière décennie.

«Ça regarde bien, ils ont l’air sérieux et ils sont bien équipés, note l’élu. C’est tout le temps bon d’avoir une compagnie qui vire dans ta municipalité. S’ils faisaient la deuxième transformation, s’ils bâtissaient une autre usine, c’est sûr ça serait bon pour nous autres.»

Entre-temps, le plan d’affaires de Sayona progresse, avec notamment un contrat d’approvisionnement en lithium conclu par son partenaire américain Piedmont avec le constructeur automobile Tesla.

Guy Belleau, de Sayona, se réjouit que le lithium d’ici puisse à court terme servir à la «mobilité électrique», mais voit plus loin.

«Je crois que nous serons encore plus fiers quand nous transformerons le lithium ici, en Abitibi-Témiscamingue, soutient-il. La production de carbonate [issu de la deuxième transformation du minerai] représente la meilleure avenue pour que Sayona et le Québec prennent leur place rapidement dans la filière mondiale des batteries électriques. Il y a une véritable occasion à saisir dès maintenant et Sayona veut s’inscrire parmi les leaders mondiaux.»

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