[PHOTOS] 9 choses à savoir sur la vie et la carrière musicale de Joseph Vézina
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Joseph Vézina est une figure emblématique de la vie musicale à Québec au tournant du XXe siècle. Voici neuf choses à savoir sur ce personnage.
BAnQ conserve aux Archives nationales à Québec plusieurs fonds d’archives concernant la musique. Des fonds d’organismes, de compositeurs, de pianistes, de chanteurs et d’interprètes s’y côtoient. On y trouve des documents inédits et des manuscrits anciens.
1) Qui est Joseph Vézina?
Joseph Vézina est né le 11 juin 1849 à Québec. Il étudie à l’école Saint-Jean-Baptiste, au Séminaire de Québec ainsi qu’à l’école militaire. Dans sa prime jeunesse, il reçoit de son père sa première éducation musicale. Il prend également des leçons d’harmonie avec Calixa Lavallée pendant quelques mois. Il acquiert le reste de sa formation musicale de façon autodidacte.
La liste de ses réalisations et de ses compétences musicales est bien remplie. Pendant sa longue carrière de musicien, Joseph Vézina a été professeur au Séminaire de Québec de 1884 à 1924, mais aussi l’un des fondateurs de l’École de musique de l’Université Laval, dont il a été l’un des premiers professeurs titulaires.
Il est le chef fondateur de l’Orchestre symphonique de Québec en 1902, chef de musique des Voltigeurs de Québec à partir de 1868 et directeur musical de plusieurs harmonies à Québec, organiste dans plusieurs paroisses de la ville et maître de chapelle à la Basilique Notre-Dame de Québec. On se souvient de lui comme d’un musicien remarquable et d’un travailleur acharné. Pour sa carrière et son apport à la vie musicale de Québec, il reçoit un doctorat honorifique en musique de l’Université Laval en 1922.
2) Ô Canada!
Le 24 juin 1880, Joseph Vézina dirige la première exécution de l’Ô Canada lors d’un banquet au pavillon des patineurs à Québec. Ce pavillon se situait immédiatement en dehors de la porte Saint-Louis, du côté nord de la Grande Allée, là où se trouvent aujourd’hui les monuments de Gandhi et de François-Xavier Garneau.
L’Ô Canada a été interprété lors du Congrès national des Canadiens français, au même moment que les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste. Il s’agissait de la pièce musicale principale de Mosaïque sur des airs populaires canadiens (op. 18), dont Joseph Vézina a fait les arrangements.
Calixa Lavallée, considéré comme étant «le musicien national du Canada», a composé la musique pour accompagner le poème écrit par le juge Adolphe-Basile Routhier.
L’Ô Canada sera officiellement choisi hymne national du pays un siècle plus tard.
3) L’Orchestre symphonique de Québec
Plusieurs événements artistiques d’une grande ampleur ont mené à la création de l’Orchestre symphonique de Québec, qui a d'abord été nommée la Société symphonique de Québec.
Le 16 septembre 1901, lors de la visite royale du duc et de la duchesse de Cornouailles et d’York (les futurs roi George V et reine Mary), Vézina réunit 250 musiciens et 1000 choristes pour diriger un grand programme musical sur la terrasse Dufferin.
Près d’un an plus tard, en juin 1902, il dirige trois concerts pour célébrer le 50e anniversaire de l’Université Laval au manège militaire. Sous sa direction musicale, il réunit un chœur de 300 voix ainsi que des solistes de renom dans deux exécutions de l’oratorio Le Paradis perdu de Théodore Dubois.
Le succès engendré par ces événements a suscité un grand enthousiasme. C’est ainsi que trois jeunes musiciens, Louis-Léonidas Dumas, Joseph Talbot et Raoul Vézina, invitent Joseph Vézina à prendre la tête de la Société symphonique de Québec, qui est fondée le 3 octobre 1902. Il en sera le directeur musical jusqu’à sa mort en 1924.
4) Au catalogue de ses œuvres musicales
Aujourd’hui, les œuvres de ce compositeur sont plutôt méconnues. Elles méritent pourtant d’être mises en lumière. Selon les témoignages de l’époque, elles étaient très aimées du public.
En plus d’œuvres pour fanfare et orchestre, Joseph Vézina a aussi écrit pour le piano et la voix, dont trois opéras-comiques : Le Lauréat (livret de Félix-Gabriel Marchand), Le Rajah (livret du Benjamin Michaud) et Le Fétiche (livret d'Antonio Langlais et Alexandre Plante). Les trois opéras ont été créés par la Société symphonique de Québec respectivement en 1906, 1910 et 1912. Un quatrième ouvrage lyrique, La grosse gerbe, d’après un poème de Pamphile Le May, est demeuré inachevé.
Une cinquantaine de pièces pour orchestre à vent et une dizaine de pièces vocales complètent son œuvre. Il composa notamment un grand nombre de marches militaires et de valses de concert. On le surnommait le «roi de la valse canadienne» et le «Sousa canadien». La première œuvre la plus achevée de son répertoire est la valse de concert Canadian Rifles, composée en 1876.
5) Le tricentenaire de Québec
En juillet 1908, la ville de Québec fête le tricentenaire de sa fondation. Les célébrations ont lieu du 19 au 31 juillet. Les pageants du tricentenaire, des reconstitutions historiques à grand déploiement, rappellent les faits saillants de l’histoire de la ville.
Joseph Vézina est le président du comité de musique de cette célébration d’envergure. Il compose notamment la musique pour les huit reconstitutions historiques. Pas moins de 4500 acteurs et figurants se produiront sur les plaines d’Abraham. Avec l’aide des autres membres du comité, il prépare un programme d’accompagnement pour la messe solennelle en plein air.
Vézina dirige également plusieurs grands concerts donnés par la Société symphonique de Québec, dont l’ode symphonique Christophe Colomb du compositeur français Félicien David les 21 et 22 juillet 1908. Le concert de gala du 25 juillet, mettant en vedette la soprano Bernice de Pasquali, se fera également sous sa direction, avec la participation de 400 choristes et 100 instrumentistes. Ces deux concerts sont présentés au manège militaire devant des milliers de spectateurs. De toute évidence, les célébrations du 300e de Québec peuvent être considérées comme le sommet de la carrière de Joseph Vézina.
6) L’Auditorium de Québec
L’Auditorium de Québec, aujourd’hui le Capitole, est construit entre 1902 et 1904 selon les plans de l’architecte américain Walter S. Painter. Il est inauguré les 31 août et 1er septembre 1903 par la tenue de deux grands concerts donnés par la Société symphonique de Québec, sous la direction de Joseph Vézina.
Un chœur et des solistes y participent, dont le chef d’orchestre et violoncelliste Rosario Bourdon, la pianiste Bernadette Dufresne, le ténor Paul Dufault, la soprano Eileen Millett, le clarinettiste Georges Hasneier, le pianiste Émiliano Renaud et le baryton Joseph Saucier.
7) La tradition musicale familiale se perpétue
Plusieurs des enfants de Vézina ont poursuivi la tradition musicale au sein de la famille. Raoul fut bassoniste et cornettiste à la Société symphonique dès sa fondation. Il en a été également président de 1926 à 1929. Il a enseigné les instruments à vent à l’Université Laval et au Séminaire de Québec pendant plusieurs années.
Ses frères Jules et Arthur, respectivement violoniste et bassoniste, furent aussi membres de la Société symphonique de Québec. Pauline Fréchette, arrière-petite-fille de Joseph Vézina, fait [actuellement] carrière aux États-Unis comme compositrice pour de grandes productions de musique populaire.
8) La soprano canadienne-française Emma Albani
Emma Albani est l’une des sopranos les plus célèbres de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Pendant plus de 40 ans, elle a remporté un énorme succès sur la scène musicale, devenant ainsi la première chanteuse d’opéra canadienne-française à atteindre une renommée internationale.
Lors d’un concert donné le 27 janvier 1896 au manège militaire de Québec, Joseph Vézina est à la tête des corps musicaux qui accompagnent la célèbre cantatrice Emma Albani, qui interprète notamment Casta Diva, pièce tirée de l’opéra Norma de Vincenzo Bellini, et l’Inflammatus du Stabat Mater de Gioachino Rossini.
9) Les funérailles de Joseph Vézina
Joseph Vézina est mort le 5 octobre 1924 à l’âge de 75 ans. Ses funérailles ont eu lieu le 8 octobre à l’église Saint-Jean-Baptiste. On lui fit d’impressionnantes funérailles militaires. Plusieurs fanfares, y compris la Garde Royale du 22e Régiment, y participèrent. Des professeurs de l’Université Laval et des représentants des gouvernements fédéral, provincial et municipal y étaient présents.
L’Orchestre symphonique de Québec et plusieurs chorales exécutèrent la Missa Solemnis de Pietro Alessandro Yon. Après le service funèbre, le Royal 22e Régiment escorta la dépouille mortelle jusqu’au Monument des Braves, où il y eut une salve de mousqueteries.
Trois ans après sa mort, une stèle est élevée en son honneur au cimetière Belmont. Son buste en bronze y trône fièrement.
Un texte de Catherine Lavoie, technicienne en documentation, Bibliothèque et Archives nationales du Québec
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