/opinion/columnists
Navigation

Crise à Maisonneuve-Rosemont : le système de santé qui rend fou

GEN-HOPITAL-MAISONNEUVE-ROSEMONT
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Coup d'oeil sur cet article

Tout ce qui cloche, ou presque, dans notre réseau public de santé se retrouve, tel un microcosme, dans la crise de l’urgence à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

• À lire aussi: Des infirmières refusent de travailler à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’urgence ferme partiellement

• À lire aussi: Hôpital Maisonneuve-Rosemont: une conciliatrice est nommée, une gestionnaire mise de côté

On a un hôpital vétuste comme tant d’autres au Québec. Une urgence débordée 24/7. Des Québécois forcés d’attendre de longues heures et parfois des jours avant d’être soignés parce qu’ils n’ont pas accès rapidement à un médecin de famille. Et encore moins à un spécialiste.

Du personnel soignant exténué pour cause de pénurie chronique de main-d’œuvre. Mais attention. En même temps, dans les agences privées, ça déborde de contractuels embauchés par le même réseau public qu’ils ont quitté à cause de conditions de travail intenables. Cherchez l’erreur...

Comme ailleurs au Québec, on y trouve aussi des infirmières à l’urgence qui, depuis longtemps, savent que la santé et la sécurité des patients – et la leur propre – est mise en danger. 

On voit un ministre de la Santé qui, comme son réseau, vogue de crise en crise. Malgré même qu’étonnamment, il ait dit la semaine dernière souhaiter ne plus avoir à « éteindre des feux et régler des urgences » pour s’occuper des « effets structurants qui vont changer des choses ». 

Le voilà pourtant, comme il se doit et à l’instar de ses prédécesseurs, en train d’éteindre un énième feu jusqu’au prochain. Parce que le pompier en chef du réseau, c’est lui. 

Grands classiques

Dans la crise à Maisonneuve-Rosemont, on trouve un autre grand classique. Un PDG de CIUSSS agissant seulement sous haute pression du ministre qui, lui-même, doit régler une crise parce qu’elle a éclaté dans les médias. 

Les CIUSSS, ce sont les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux. Des créatures gargantuesques de gestion, créées par l’ex-ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette.

Parce qu’ils sont ultra-centralisés et hyper bureaucratisés, les CIUSSS sont souvent déconnectés d’un terrain qu’ils sont incapables de voir du haut de leurs organigrammes tentaculaires.

Résultat : face à une crise très publique provoquée par la menace des infirmières de l’urgence de Maisonneuve-Rosemont de démissionner mercredi, le PDG du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jean-François Fortin-Verreault, est sorti mardi en point de presse tout juste avant le ministre Dubé.

Il a annoncé quelques mesures, dont le « déplacement » de la gestionnaire accusée par les infirmières d’imposer un climat de travail « toxique ». 

Bref, seule la colère des infirmières une fois rapportée par les médias aura fait bouger les choses. Et encore là, temporairement. C’est la maison qui rend fou d’Astérix.

De la folie pure

De fait, comment voulez-vous que les PDG des CIUSSS puissent gérer avec efficacité et humanité alors qu’ils trônent chacun au sommet d’énormes territoires, de populations nombreuses et de multiples établissements aux vocations toutes disparates ? 

À lui seul, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, responsable de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, gère aussi un autre hôpital, deux instituts universitaires, 8 CLSC, 15 CHSLD, la DPJ, les services et l’hébergement aux personnes en situation de handicap intellectuel, l’itinérance, etc. 

Le tout avec 17 500 employés et 535 600 « usagers », soit 26 % de la population montréalaise. Ouf ! En termes de gestion, que ce soit pour ce CIUSSS ou tous les autres, c’est de la folie pure, non ? 

Le ministre Dubé a promis une décentralisation du réseau. Maintenant, vous savez pourquoi. Il reste à voir si, quand et comment. Du moins, jusqu’à la prochaine crise qui se retrouvera dans les médias...

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.