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Un coach accusé d’agression est laissé sans surveillance

Soupçonné d’inconduite sexuelle, Francis Berger a pu fréquenter des compétitions

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Canada Équestre a laissé un entraîneur d’équitation suspendu à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle continuer à participer à ses activités sans surveillance. 

• À lire aussi: Un réputé coach d’équitation québécois accusé d’agressions sexuelles 

L’entraîneur de renommée nord-américaine Francis Berger a été formellement accusé en décembre d’agressions sexuelles sur deux victimes, dont l’une était d’âge mineur.  

Mais dès le mois de mai, il avait été suspendu par la fédération Canada Équestre en raison des allégations d’inconduite sexuelle qui pesaient sur lui. 

Ce qui n’a pas empêché Berger d’être présent à au moins deux compétitions durant l’été, sans pour autant que la fédération n’intervienne pour l’en chasser, selon plusieurs de nos sources. 

« La fédération [Canada Équestre] a ignoré un cas grave et sérieux. Elle savait que Berger faisait l’objet d’une enquête criminelle par la police », dénonce Kelsey Perry-Carlsen, ancienne entraîneuse d’équitation et actuelle directrice d’une entreprise dans le domaine de l’équitation.

Par exemple, lorsque les organisateurs d’un concours d’équitation en Ontario ont signalé la présence de Berger – alors suspendu – à la fédération, le cas a été adressé à Brian Ward, leur gestionnaire des plaintes. 

Une photo prise l’été dernier lors d’une compétition en Ontario alors qu’il faisait l’objet d’une suspension de Canada Équestre.
Photo provenant d’une source journalistique
Une photo prise l’été dernier lors d’une compétition en Ontario alors qu’il faisait l’objet d’une suspension de Canada Équestre.

« Il a le droit de vendre des chevaux. Il ne peut pas entraîner », a-t-il répondu par courriel, en anglais. 

Cela allait à l’encontre des termes de la suspension de Berger six semaines plus tôt, selon nos informations.

La gestion de cette situation par la fédération sportive est d’autant plus surprenante que les cas connus d’inconduite sexuelle liés aux sportifs et entraîneurs se multiplient depuis quelques années. Ils ont largement été discutés dans l’espace public. 

C’est le cas d’entraîneurs de basketball d’une école de l’arrondissement de Saint-Laurent accusés d’agression sexuelle. Ils auraient aussi fait l’objet de plaintes avant leur arrestation, notamment auprès de l'école.

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Jeunes pas protégées

De son côté, Canada Équestre connaissait pourtant bien la sévérité des allégations pesant sur Berger, si l’on se fie au document administratif justifiant sa suspension, dont nous avons obtenu copie. 

« L’incident (allégation de harcèlement et relation sexuelle avec une athlète) est d’une telle gravité que j’ai choisi de suspendre immédiatement l’intimé [Berger] de toutes les affaires, activités ou événements », peut-on y lire. 

Mme Perry-Carlsen, comme plusieurs autres membres de la fédération, reproche également à Canada Équestre d’avoir manqué de transparence en cachant la nature de la suspension de son entraîneur-vedette. 

Tirer des leçons

Canada Équestre reconnaît tirer des leçons de la situation.

« Chaque cas est unique et représente une occasion de modifier et d’améliorer ces processus », précise la porte-parole Melanie McClearon en parlant des procédures internes de la fédération sans préciser si elles seront revues.

Notre Bureau d’enquête a tenté d’avoir la version de Brian Ward, mais ce dernier a refusé de répondre à nos questions et nous a dirigés par courriel à Canada Équestre.

Brian Ward est mandaté depuis le 15 juillet 2019 par Canada Équestre pour traiter les plaintes à la fédération canadienne d’équitation.


Francis Berger a refusé de répondre à nos questions, prétextant qu’une enquête est en cours. Il reviendra devant le tribunal le 23 janvier. 

LA SAGA EN 2022 

  • 21 avril Une plainte est transmise à Canada Équestre contre Berger.
  • 26 avril Une première victime porte plainte à la police.
  • 13 mai Francis Berger est suspendu par Canada Équestre et Cheval Québec.
  • 21 mai Berger est présent au concours National de Bromont.
  • 29 juin au 3 juillet Berger est présent sur les lieux d’un concours en Ontario.
  • 5 décembre Berger comparaît devant le tribunal pour une série de chefs d’accusations, notamment d’agressions sexuelles sur deux victimes. 

Une victime dénonce 

L’une des présumées victimes, qui a porté plainte à la police pour agression sexuelle contre l’entraîneur d’équitation Francis Berger, reproche à l’association québécoise d’équitation de ne pas protéger adéquatement les athlètes.

En entrevue avec notre Bureau d’enquête, cette victime, dont nous ne pouvons révéler l’identité à la suite d’une ordonnance du tribunal, n’a pas mâché ses mots à l’endroit de Cheval Québec : « Cheval Québec ne fait rien pour protéger d’une façon sérieuse les athlètes victimes d’une agression », a-t‐elle déclaré.

Elle précise aussi avoir porté plainte à un officier indépendant qui traite des plaintes contre des membres de Cheval Québec. Mais, même si la plainte a mené à l’exclusion de Berger, le site internet de l’association n’a aucune section qui permet de savoir si un membre est sous l’effet d’une exclusion.

Or, à peine une semaine après l’exclusion de Berger de Cheval Québec, la victime envoie un courriel à l’officier des plaintes afin de l’informer que Berger était présent sur les lieux d’un concours provincial d’équitation à Bromont.

« À part me suggérer d’en informer Canada Équestre, personne ne m’a rappelée pour faire un suivi de la situation », nous a précisé la victime.

Coacher de son écurie

Berger ne se serait pas limité à se présenter à des concours fédérés, mais il aurait aussi poursuivi ses activités de coaching dans son écurie, South Shore Farm, à Saint-Hilaire.

La présidente et directrice générale de Cheval Québec, Ève-Marie Frappier, a expliqué que l’association n’a pas de pouvoir sur les activités qui se déroulent dans l’écurie personnelle de Berger, mais uniquement sur celles régies par l’association.

Questionnée ensuite sur des enjeux de prévention, Mme Frappier nous a affirmé « que ce sont les parents qui sont responsables de la sécurité de leurs enfants ».

Elle a tenu par la suite à nuancer ses propos en indiquant que « nous sommes tous responsables, Francis Berger le premier ».

Par voie de courriel le lendemain de l’entrevue téléphonique, Mme Frappier a ajouté que Cheval Québec met en place des outils de sensibilisation en ligne.

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