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ChatGPT bouleverse le retour au cégep

Des profs modifient leurs méthodes d’évaluation pour s’adapter à cette intelligence artificielle

Parmi les étudiants rencontrés par Le Journal cette semaine au cégep Champlain St. Lawrence à Québec, environ la moitié avait déjà entendu parler de ChatGPT. Plusieurs enseignants les avaient mis en garde contre le risque de recourir à un tel outil pour leurs travaux.
Daphnee Dion-Viens Parmi les étudiants rencontrés par Le Journal cette semaine au cégep Champlain St. Lawrence à Québec, environ la moitié avait déjà entendu parler de ChatGPT. Plusieurs enseignants les avaient mis en garde contre le risque de recourir à un tel outil pour leurs travaux.

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Finis les travaux à distance ou les examens à l’écran. Alors que la session d’hiver s’amorce lundi dans plusieurs cégeps, l’arrivée du robot conversationnel ChatGPT suscite tout un branle-bas dans le réseau collégial où des enseignants tentent de s’adapter à cet outil qui peut faire les devoirs à la place des étudiants.  

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«C’est le sujet qui est sur toutes les lèvres», lance Éric Martin, enseignant de philosophie au Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu. 

ChatGPT est un robot conversationnel, accessible gratuitement en ligne depuis la fin novembre. Il suffit de l’interroger sur à peu près n’importe quel sujet pour que les mots défilent rapidement à l’écran (voir le texte ci-contre). L’outil peut générer des comptes rendus d’œuvres littéraires québécoises, disserter sur des concepts philosophiques ou retracer les origines de la crise d’Octobre selon le nombre de mots demandés. 

Le résultat n’est pas parfait, mais bien suffisant pour obtenir une assez bonne note ou, du moins, la note de passage, selon plusieurs enseignants interrogés. 

Parmi les étudiants rencontrés par Le Journal cette semaine au cégep Champlain St. Lawrence à Québec, environ la moitié avait déjà entendu parler de ChatGPT. Plusieurs enseignants les avaient mis en garde contre le risque de recourir à un tel outil pour leurs travaux.
ChatGPT

«C’est bluffant! La tentation est très forte pour un étudiant», affirme M. Martin, qui a décidé de retirer de ses plans de cours à peu près tous les travaux à faire à la maison. Fini les dissertations de six pages à remettre à la fin de la session. 

Plusieurs enseignants avec qui Le Journal s’est entretenu ont pris la même décision, comme Yan Maclure, enseignant d’histoire au Cégep Sorel-Tracy. Il songe aussi à évaluer davantage ses élèves à l’oral, par des entretiens, «le temps de s’adapter à cet outil» qui «soulève d’énormes questions», dit-il. 

Au Cégep Champlain St.Lawrence à Québec, des enseignants en administration ont aussi averti leurs étudiants qu’ils seraient dorénavant évalués en classe sur papier, crayon en main, plutôt qu’à l’écran. 

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Difficile à ignorer

Inconnu il y a quelques semaines à peine, ChatGPT s’est rapidement imposé dans la rentrée collégiale cet hiver. Au cours des derniers jours, les ateliers, présentations et conférences à son sujet ont eu lieu dans des collèges aux quatre coins de la province. 

La Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec, qui représente la majorité des professeurs au cégep, a par ailleurs créé un comité pour se pencher sur la problématique soulevée par l’intelligence artificielle en éducation. 

Parmi les étudiants rencontrés par Le Journal cette semaine au cégep Champlain St. Lawrence à Québec, environ la moitié avait déjà entendu parler de ChatGPT. Plusieurs enseignants les avaient mis en garde contre le risque de recourir à un tel outil pour leurs travaux.
ChatGPT

Au Cégep de Shawinigan, le directeur général Éric Millette a présenté ChatGPT à tous ses enseignants lors d’une rencontre la semaine dernière. 

Plusieurs ont été «sous le choc» en constatant ses possibilités quasi infinies, raconte celui qui insiste aussi sur le «potentiel énorme» de l’outil. 

Impossible à détecter ou presque

Lorsqu’on lui en fait la demande, ChatGPT peut même rédiger des textes en y ajoutant des fautes ou en adaptant son style rédactionnel à celui d’un étudiant de niveau collégial, ce qui rend la tricherie encore plus difficile à détecter. 

Des outils ont déjà été lancés pour repérer les textes rédigés à l’aide de ChatGPT, mais un étudiant habile n’aura qu’à traduire les phrases ou à les modifier légèrement pour éviter de se faire pincer, explique Dave Anctil, professeur de philosophie et d’intelligence artificielle au Collège Jean-de-Brébeuf. 

«Présentement, il n’y a aucun moyen de savoir [si un texte a été généré à l’aide de ChatGPT], je peux vous le garantir», dit-il. 

Pour les enseignants qui veulent contrer la tricherie, le problème reste entier: «On ne peut pas accuser un étudiant sans avoir de preuve», fait remarquer Marianne Di Croce, professeure de philosophie au Cégep de Saint-Jérôme. 

OpenAI, l’entreprise derrière ChatGPT, travaille de son côté à développer un outil cryptographique qui permettrait d’insérer une «signature» dans le texte généré par le robot afin de détecter le contenu qu’il a produit. 

Des étudiants en majorité honnête

Éric Millette tient de son côté à rappeler que «la grande majorité» des étudiants sont «honnêtes intellectuellement». «C’est sûr qu’il va toujours demeurer un faible pourcentage d’étudiants qui vont se tourner vers des outils de plagiat. Aujourd’hui, c’est ChatGPT, dans le passé, c’était autre chose», dit-il. 

De leur côté, des étudiants rencontrés au Cégep Champlain St. Lawrence assurent que ChatGPT ne fera pas d’eux des tricheurs. «Si tu veux tricher, c’est vraiment facile», lance Charlie Tremblay Groleau. «Mais si tu as une conscience morale, tu ne feras pas ça.» 

D’autres font toutefois remarquer que le robot pourrait servir à les «inspirer» lors de la rédaction de travaux, au même titre que du contenu glané sur le web ou dans un ouvrage de référence. 

Un plan de cours rédigé par ChatGPT 

ChatGPT ne cause pas que des maux de tête aux professeurs de cégep. Certains ont bien l’intention de mettre à profit son «potentiel énorme», comme Nicolas Bourré, un enseignant d’informatique qui l’a utilisé pour monter un plan de cours. 

M. Bourré enseigne un nouveau cours de robotique à la session d’hiver qu’il a en partie conçu avec l’aide de ChatGPT. Curieux de tester l’outil, il lui a demandé de créer un plan de cours complet échelonné sur 15 semaines, à raison de 2h par semaine, pour des étudiants de niveau collégial. 

Le robot conversationnel lui a produit du contenu «avec une certaine cohérence», qu’il a réajusté et corrigé par la suite. ChatGPT peut donc être un outil «utile» aux enseignants, à condition qu'ils aient l’expertise pour bien l’encadrer, affirme M. Bourré. 

Le risque de «devenir paresseux» est toutefois bien réel, reconnaît cet enseignant du cégep de Shawinigan qui est convaincu que le robot conversationnel deviendra rapidement un incontournable. «C’est un nouvel outil qu’on devra utiliser, sinon on va être en retard sur la personne à côté qui va le faire», lance-t-il. 

Plusieurs autres professeurs pourraient aussi avoir recours à ChatGPT pour préparer leurs cours. Au centre de formation professionnelle Fierbourg, à Québec, des enseignants «ont été épatés de voir à quel point ChatGPT peut nous aider au quotidien», indique dans Twitter une conseillère pédagogique en partageant une capture d’écran de ChatGPT qui a créé un plan de cours sur l’entretien des plantes vivaces. «Il faut savoir tirer le meilleur de l’outil plutôt que d’en avoir peur», écrit-elle. 

Yan Maclure, enseignant d’histoire au Cégep de Sorel-Tracy, s’interroge néanmoins sur les impacts à long terme de l’intelligence artificielle dans nos vies. 

Difficile de ne pas faire de lien avec l’apparition de la calculatrice, alors que l’on constate que nos aînés maîtrisent beaucoup mieux le calcul mental que les générations qui les suivent, dit-il. «Avec la calculatrice, le processus mental a été émoussé. Est-ce que ça va faire de même pour le langage que la machine peut maintenant produire pour nous?» s’interroge M. Maclure. 

Éric Martin, enseignant de philosophie au Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, affirme de son côté que les avancées numériques en éducation – avec ChatGPT en tête – provoquent une «lame de fond» qui est en train de bouleverser fondamentalement «la façon dont on forme l’être humain». «Et c’est extrêmement préoccupant», dit-il. 

ChatGPT: bientôt une nouvelle version 100 fois plus puissante 

Le robot conversationnel Chat GPT «bat à plate couture» tous les autres modèles de langage qui ont été créés jusqu’à maintenant, affirme Dave Anctil, professeur de philosophie et d’intelligence artificielle au Collège Jean-de-Brébeuf. 

Mais ce n’est que le début, prévient-il. 

«La nouvelle version qui s’en vient d’ici la fin de l’année va probablement être au moins 100 fois plus puissante que ce qui existe présentement», dit-il. 

Ce qui rend ce robot si révolutionnaire, en plus de ses capacités, est son accès gratuit et grand public puisque des outils semblables étaient auparavant réservés à des initiés, souligne M. Anctil. 

Des versions ultérieures pourraient toutefois devenir payantes, a déjà indiqué Open AI, l’entreprise derrière ChatGPT. 

ChatGPT intégré dans un moteur de recherche ou dans Word? 

Microsoft, qui a investi plus d’un milliard de dollars dans Open AI en 2019, espère intégrer le robot conversationnel dans son moteur de recherche Bing pour concurrencer Google. Selon l’agence de presse Bloomberg, une nouvelle version pourrait être lancée dès mars prochain. 

Avant d’y arriver, Microsoft devra toutefois s’assurer que ChatGPT ne génère pas de réponses erronées, ce qui n’est pas le cas présentement. Pour l’instant, le robot conversationnel n’est pas connecté à internet, ce qui ne lui permet pas de répondre à des questions d’actualité. 

Microsoft aimerait par la suite intégrer ChatGPT à sa suite Office, selon plusieurs médias américains, ce qui lui permettrait de rédiger automatiquement des textes dans Word à partir de quelques mots-clés. 

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