/entertainment/music
Navigation

La musique d’ici vit un âge de gloire

«Il n’y en a jamais eu autant et pour tous les goûts», affirme Paul Piché

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Paul Piché n’est pas de ceux qui pensent qu’il ne se fait plus rien de bon en musique, bien au contraire. Il préfère ne pas nommer ses préférés. « Pour ne pas faire de jaloux », dit-il.

Coup d'oeil sur cet article

Les années 1970, la grande époque de la musique québécoise ? C’est un mythe, affirme Paul Piché. À son avis, la chanson francophone d’ici n’a jamais été en aussi bonne santé artistique que maintenant.

« Je dirais même qu’on vit un âge de gloire », s’enflamme, assis dans un restaurant du Vieux-Québec, celui qui nous a donné de grandes chansons comme L’escalier et des albums du calibre de Sur le chemin des incendies.

L’enjeu, c’est la diffusion. Comme l’avait exprimé dans ce même Journal Richard Séguin, l’automne dernier, Paul Piché est inquiet de l’avenir de la chanson francophone québécoise. Il pointe du doigt Internet, qui laisse peu de place à nos créateurs musicaux.

« Il faudra qu’on s’ajuste », observe-t-il en lançant la balle dans la cour des politiciens.

Ça ne l’empêche pas de poser un regard admiratif sur ce qu’il considère comme la plus belle cohorte de talents que le Québec a connue.

« Bon en tabarouette ! »

« Dans la chanson québécoise actuelle, quelque chose se passe. Il n’y en a jamais eu autant et pour tous les goûts. C’est toute une génération qui s’exprime. [...] C’est bon en tabarouette », dit Paul Piché.

Même s’ils ont de la difficulté à être entendus sur les plateformes de streaming, il ne croit pas que les artistes québécois sont boudés par le public. C’est même mieux que dans ce qu’on croit être le bon vieux temps, soutient l’auteur-compositeur-interprète de 69 ans.

« Avant ma gang des années 1970, les Gilles Vigneault et Félix Leclerc chantaient dans les petites places, dans les boîtes à chansons. Les vraies grosses affaires, comme la Place des Arts, ils n’avaient pas accès à ça. Ils ont ouvert le chemin pour ma gang, et maintenant, on est rendus au Centre Vidéotron et au Centre Bell. »

Les artistes encore souverainistes

Fier indépendantiste, Paul Piché est persuadé que la plupart des artistes de la jeune génération rêvent que le Québec devienne un pays, bien que peu le disent ouvertement.

« Les artistes sont les porte-voix de nos émotions, de nos réalités, de nos contradictions, de nos préoccupations. Ils ne peuvent pas être le porte-voix de quelque chose [la souveraineté] qui n’est pas là », fait-il remarquer.

Par contre, « si la contradiction profonde du Canada, qui est d’essayer de nous faire disparaître, se représente, et elle va se représenter, ça va brasser. Tu vas voir, toute la gang va être là. » 

  • La tournée 35e anniversaire de l’album Sur le chemin des incendies s’arrêtera au Théâtre Outremont de Montréal, le 17 février, et au Palais Montcalm, le 12 mai. Toutes les autres dates sur paulpiche.net

Le seul Félix de sa carrière a fini aux poubelles 

Aussi incroyable que celui puisse paraître, Paul Piché n’a gagné qu’un seul Félix dans toute sa carrière, en 1985. Tout aussi incroyable est le sort qu’il lui a réservé.

« Il est où, ce Félix-là ? » En entendant cette question, somme toute banale, du représentant du Journal, le visage de Paul Piché se crispe. « Je le dis-tu ou je le dis pas ? Je ne l’ai jamais dit... »

Au bout de quelques secondes de réflexion, il accepte de répondre : « Je l’ai jeté dans une chute à déchets, un soir où j’étais saoul. »

« J’avais un petit problème d’alcool, poursuit-il, et j’avais tout crissé par la fenêtre, des billets d’or et des disques d’or. Pour le Félix, j’avais quand même eu l’intelligence de réaliser que j’aurais pu tuer quelqu’un et je l’ai jeté dans la chute à déchets. »

A-t-il des regrets ? « Pas tant, parce que je ne le méritais pas », dit-il en rappelant qu’il avait gagné le Félix de l’album rock de l’année pour un disque, Nouvelles d’Europe, qui n’était pas rock du tout.

« Normalement, j’aurais été dans la catégorie pop. »

Son équipe avait cependant jugé qu’il avait de meilleures chances de l’emporter dans la catégorie rock.

Polarisant

Même s’il a obtenu plusieurs citations, Paul Piché n’a donc jamais remporté le moindre Félix pour ses plus importants albums, À qui appartient l’beau temps ?, L’escalier et Sur le chemin des incendies.

Il ne s’en formalise pas trop, mais trouve ça « curieux ». 

« Je n’ai même pas gagné la découverte de l’année alors que j’étais dans les meilleurs vendeurs (c’est Fabienne Thibeault qui l’avait battu, en 1979). »

Bon joueur, il dit comprendre et respecter les choix de l’ADISQ. « Quand tu es un chanteur engagé politiquement, c’est polarisant. À un moment donné, j’ai compris que je n’étais pas un artiste qui allait gagner des Félix. »

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.