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Ruinés par leur nouvelle piscine: le vendeur rappelé à l’ordre

L’Office de la protection du consommateur a averti Piscines Élégance en décembre dernier.

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L’Office de la protection du consommateur a rappelé à l’ordre l’un des installateurs de piscines, qui aurait menacé des clients parce qu’ils refusaient de payer des dizaines de milliers de dollars en extras.

• À lire aussi: Ruinés par leur nouvelle piscine: des installateurs avides d’argent les menacent

En décembre dernier, l’organisme réglementaire a fait parvenir à Dominic Flamand, propriétaire de Piscines Élégance, une missive selon laquelle l’entreprise pourrait ne pas avoir respecté la loi dans le cadre de ses activités commerciales. 

Dans cet avis dont nous avons obtenu copie, l’OPC lui rappelle entre autres qu’un commerçant ne peut modifier unilatéralement un contrat et qu’aucuns frais ne peuvent être réclamés d’un consommateur à moins que le contrat ne mentionne de façon précise le montant. 

  • Écoutez le segment judiciaire avec Félix Séguin diffusé chaque jour en direct 8 h 35 via QUB radio :

Notre Bureau d’enquête révélait mercredi que Dominic Flamand et son sous-traitant Patrick Laurendeau, un ancien trafiquant de drogue à la tête d’Excava-Plus, auraient fait vivre un cauchemar à plusieurs clients lors de l’installation de leur piscine creusée. Au moins une douzaine de poursuites au civil impliquant Piscines Élégance sont actuellement devant les tribunaux. 

Dominic Flamand (gauche) est propriétaire de Piscines Élégance alors que Patrick Laurendeau (droite) est propriétaire de l'entreprise Excava-Plus.
PHOTOS TIRÉES DES PAGES FACEBOOK DE DOMINIC FLAMAND ET PATRICK LAURENDEAU
Dominic Flamand (gauche) est propriétaire de Piscines Élégance alors que Patrick Laurendeau (droite) est propriétaire de l'entreprise Excava-Plus.

Évoquant des complications imprévisibles, Piscines Élégance aurait facturé des extras de plusieurs dizaines de milliers de dollars aux clients, sans leur consentement et sans ventiler les frais additionnels. Ces allégations sont niées par Piscines Élégance. 

175 000 $ en extras

Des experts s’étonnent d’ailleurs de l’ampleur des extras chargés par l’entreprise, qui ont parfois fait doubler, tripler ou même octupler la facture initiale (voir autres textes). Dans un cas, les frais additionnels ont dépassé les 175 000 $. 

«Ce n’est pas une piscine olympique ! 175 000 $ en extras, peu importe les travaux, c’est énorme!», s’étonne Marc-André Harnois, directeur général de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC).  

«On ne peut pas changer un prix comme ça», réagit l’avocat spécialisé en construction Claude Coursol, qui rappelle que le tarif convenu dans de tels cas doit être respecté, «à moins que le contrat le prévoie et que la situation le justifie». 

Si des frais additionnels devaient s’ajouter, ils doivent être «sérieusement estimés» et «expliqués à l’acheteur avant d’obtenir son consentement pour procéder aux travaux», poursuit-il. 

  • Écoutez l'entrevue avec Charles Tanguay, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur à l’émission de Guillaume Lavoie diffusée chaque jour en direct 13 h 35 via QUB radio :

Menaces

Des clients qui ont refusé de payer les extras soutiennent avoir subi de la pression de la part de Dominic Flamand et Patrick Laurendeau, qui les auraient notamment menacés de cesser les travaux ou de repartir avec la piscine. Piscines Élégance nie ces allégations. 

Pour Me Coursol, il est clair que le consentement dans des cas d’augmentation de tarifs «ne doit pas être obtenu par crainte de l’acheteur des conséquences de son refus». 

L’OPC – qui a reçu cinq plaintes visant Piscines Élégance au cours des deux dernières années – rappelle aussi qu’une personne ne peut, dans le recouvrement d’une créance, faire du harcèlement, des menaces ou de l’intimidation, selon la Loi sur le recouvrement de certaines créances.  

Un «moyen extraordinaire»

Notons que Piscines Élégance a aussi entamé des démarches pour prendre en garantie les résidences des clients qui n’ont pas acquitté la totalité de la surfacturation, en levant des hypothèques légales.  

«L’hypothèque légale, c’est un moyen extraordinaire contre un consommateur. C’est une massue sur une mouche», déplore Me Claude Coursol, qui dit qu’un entrepreneur peut lever un tel avis en 48 h, alors que le consommateur devra se démener durant des mois devant la justice et engager des frais importants s’il veut la faire tomber. 

L’ACQC, qui milite pour faire modifier la loi qui encadre les hypothèques légales, abonde dans le même sens. «C’est énormément utilisé comme moyen de pression. Ça crée un rapport de force», déplore son directeur général. 

– En collaboration avec Marc Sandreschi

De gauche à droite, Bobby Hamel, Nathalie Levasseur, Gabriel Marois, Hubert Brulotte, Lucie Morin et Simon Comtois, tous originaires de la grande région de Québec, estiment avoir été floués par Piscines Élégance.
Photo Didier Debusschère
De gauche à droite, Bobby Hamel, Nathalie Levasseur, Gabriel Marois, Hubert Brulotte, Lucie Morin et Simon Comtois, tous originaires de la grande région de Québec, estiment avoir été floués par Piscines Élégance.

Huit fois plus cher

Lucie Morin craint d’avoir fait la «pire erreur de sa vie» en faisant affaire avec Piscines Élégance, qui lui a demandé près de 145 000 $ pour réparer sa piscine, alors que les travaux devaient initialement coûter huit fois moins cher. 

Piscines Élégance devait réparer à l’automne 2021 la piscine creusée de Lucie Morin et Simon Comtois pour 18 300 $. Dès le début des travaux, l’entrepreneur aurait estimé qu’il fallait plutôt remplacer la piscine, pour la somme de 20 000 $.  

Le bassin installé, Dominic Flamand aurait réclamé «l’exorbitante somme» de 144 972 $. Les clients, qui ont exigé la ventilation de ce montant, auraient reçu une «facture démesurée et truffée d’erreurs» d’Excava-Plus, le sous-traitant de Piscines Élégance. 

«J’ai vraiment pensé à ce moment-là : est-ce que je viens de faire la pire erreur de ma vie?», confie Lucie Morin, qui soutient ne pas avoir consenti à ces extras.  

Le couple a accepté de payer les sommes rattachées à la soumission initiale, à la piscine neuve et à la location d’une grue. Il a fait un chèque à Piscines Élégance... que l’entreprise aurait tenté d’encaisser deux fois, selon la poursuite. 

Piscines Élégance poursuit le couple pour 110 000 $. Les clients se défendent, refusent de payer et réclament plus de 12 500 $ en dommages, troubles et inconvénients, en plus des frais liés à la réparation du terrain.

Lucie Morin, Québec

  • Montant du devis initial : 18 300 $ 
  • Total des extras : 126 600 $
  • Coût final de la piscine : 144 900 $

Traitée de «criss de Germaine» 

Une dame de Lévis affirme qu’elle s’est fait traiter de «criss de Germaine» par l’excavateur Patrick Laurendeau, parce qu’elle aurait posé des questions sur les milliers de dollars que Piscines Élégance s’apprêtait à lui facturer.  

Nathalie Levasseur et Bobby Hamel ont fait installer leur piscine en fibre de verre au printemps dernier. Surprise d’apprendre qu’il y aurait des suppléments, la dame a tenté de clarifier la situation avec l’entrepreneur. C’est alors que Patrick Laurendeau l’aurait invectivée.  

«Il m’a traitée de criss de Germaine. Je n’avais pas le droit de poser de questions. Ils chargeaient des additionnels et il fallait que je ne dise rien», peste-t-elle.  

Dominic Flamand lui aurait dit ouvertement qu’il cesserait les travaux si les extras ne faisaient pas son affaire et qu’il était déjà reparti avec une piscine, à Roberval, puisque les clients refusaient de payer.  

Nathalie Levasseur a versé la totalité du montant prévu au devis initial, en plus de fournir à ses frais du matériel supplémentaire pour l’installation du bassin. Marquée par cette mésaventure, la dame a fait installer des caméras de surveillance sur sa propriété. 

«J’avais peur qu’ils viennent chez nous», souffle celle qui est poursuivie aux petites créances par Piscines Élégance.

Patrick Laurendeau n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue. 

Nathalie Levasseur et Bobby Hamel, Lévis

  • Montant du devis initial : 34 261 $
  • Total des extras : 5659 $
  • Coût final de la piscine : 39 920 $

«Menaces illégitimes et déraisonnables»

Un animateur radio de Québec affirme avoir reçu des «menaces illégitimes et déraisonnables» de la part de Piscines Élégance pour le forcer à payer des dizaines de milliers de dollars en extras. 

«Cette histoire-là, c’est un cauchemar», se désole Gabriel Marois.

En mai dernier, Piscines Élégance et l’équipe d’Excava-Plus se rendaient chez lui pour installer une piscine creusée payée près de 30 000 $. Rapidement, Piscines Élégance aurait exigé quelque 48 000 $ en extras, sans ventilation ni pièce justificative, sans quoi on menaçait notamment de repartir avec la piscine.

«Ces menaces illégales et contraires à la bonne foi» auraient vicié le consentement de Gabriel Marois et son conjoint, qui ont accepté de verser 30 000 $, lit-on dans un document judiciaire.

Piscines Élégance a de nouveau réclamé près de 25 000 $ en extras, que le couple a refusé de payer. L’affaire est devant les tribunaux, chaque partie réclamant à l’autre plus de 42 000 $.  

Gabriel Marois et Hubert Brulotte, Lévis

  • Montant du devis initial : 28 160 $ 
  • Total des extras : 72 960 $ 
  • Total de la piscine : 101 120 $ 
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