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Taux d'échec trop élevé en maths: Québec a fait passer des élèves qui ont eu 55 %

Québec a augmenté les notes des élèves en raison du taux d’échec trop élevé

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Confronté à un taux d’échec élevé à l’une des épreuves ministérielles de mathématiques au secondaire en juin dernier, le ministère de l’Éducation a augmenté les notes des élèves, ce qui a permis à ceux qui avaient obtenu 55% de réussir l’examen, a appris Le Journal.

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Les épreuves ministérielles étaient de retour en juin 2022 après avoir été suspendues pendant deux ans, en raison de la pandémie. 

Le taux de réussite à l’épreuve de mathématiques de 4e secondaire de la séquence «Culture, société et technique» (CST) est en baisse dans 80% des centres de services scolaires, comparé aux résultats de juin 2019, selon des données rendues publiques récemment par le ministère de l’Éducation.  

La diminution est marquée dans plusieurs centres de services scolaires. À certains endroits, à peine un élève sur deux a réussi l’examen (voir encadré). 

Ces taux de réussite ont toutefois été revus à la hausse par la suite. Après l'«analyse des taux de réussite» de cette épreuve, le ministère de l’Éducation a procédé à une «conversion» des résultats. 

«Le seuil de réussite de cette épreuve a été ajusté de cinq points de pourcentage», peut-on lire dans une communication envoyée au réseau scolaire l’été dernier, consultée par Le Journal.  

Résultat: des élèves qui ont eu 55% ont pu obtenir la note de passage. Les résultats de la grande majorité des élèves ont été majorés, excepté pour ceux qui ont obtenu des résultats très élevés ou très faibles, précise le ministère.   

Prévu dans la loi

La conversion est un processus prévu dans la Loi sur l’instruction publique qui peut être utilisé pour ajuster les résultats des élèves lors d’un examen jugé plus difficile qu’à l’habitude.  

Ce processus, qui doit être approuvé par le ministre, «consiste à relever légèrement les résultats à une épreuve, rendant ainsi comparables les taux d’échec des différentes cohortes», peut-on lire sur le site du ministère. 

Il est toutefois impossible cette fois-ci de prétendre que l’examen de juin 2022 était plus difficile, affirme Mélanie Tremblay, professeure en didactique des mathématiques à l’Université du Québec à Rimouski. 

  • Écoutez l'entrevue de Benoit Dutrizac avec Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement sur QUB radio : 

Un examen au contenu allégé

Au contraire, l’épreuve était «plus simple» puisqu’elle ne visait que les «savoirs essentiels» qui ont été enseignés pendant la pandémie, donc moins de notions qu’à l’habitude, indique Mme Tremblay. 

«C’est comme si le ministère avait voulu atténuer l’effet de la pandémie, en ayant déjà une épreuve qui elle-même a été adoucie, affirme cette experte. On ne veut pas prendre l’expression “maquillage de notes”, mais c’est quand même ce qui s’est passé», affirme-t-elle. 

L’expert en adaptation scolaire Égide Royer remet aussi en question la conversion effectuée par le ministère dans ce contexte. «Si vous êtes ministre de l’Éducation et que vous voulez avoir le portrait réel des impacts de la pandémie, ça veut dire que vous ne pouvez pas vous fier aux chiffres que vous avez devant les yeux. Que vaut le diplôme de cinquième secondaire alors?» 

Au ministère de l’Éducation, on précise que la conversion effectuée ne concerne que les résultats obtenus à l’épreuve ministérielle et non la note finale obtenue par les élèves pour cette matière (qui comprend aussi la note de l’école).  

  •  Écoutez l'entrevue de Benoit Dutrizac avec Bernard Drainville, ministre de l’Éducation sur QUB radio : 

Deux années de perturbation

Même si le contenu de cet examen visait les «savoirs essentiels», «cela n’était pas une garantie de la maîtrise de ces savoirs par les élèves de cette cohorte qui ont vécu deux années de perturbations des services éducatifs», explique son porte-parole, Bryan St-Louis. 

«Les nombreuses absences des élèves et du personnel enseignant en raison de la COVID-19, l’introduction d’apprentissages prioritaires, la pénurie de la main-d’œuvre et l’accroissement des problèmes d’anxiété vécus par les élèves ont pu fragiliser les apprentissages et l’atteinte des objectifs éducatifs, et ce, malgré tous les efforts consentis par l’ensemble des parties prenantes», ajoute-t-il. 

Situation «troublante»

De son côté, la Fédération autonome de l’enseignement dénonce vivement cette façon de faire.

«Jusqu’où le ministère de l’Éducation abaissera-t-il la barre pour éviter les échecs scolaires?», affirme sa présidente, Mélanie Hubert. «La situation est troublante et critique [...] Il faut se mettre en mode rattrapage dès maintenant plutôt qu’en mode maquillage», ajoute-t-elle. 

La diminution du seuil de réussite fait aussi réagir la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). «Si on décide de majorer les notes, il faut au moins le faire de façon transparente et expliquer pourquoi», affirme sa présidente, Josée Scalabrini. 

Les contrecoups de la pandémie se font aussi sentir dans d’autres matières, à commencer par le français. La Presse rapportait en début de semaine que les taux de réussite à l’épreuve d’écriture de cinquième secondaire sont en baisse dans la quasi-totalité des centres de services scolaires. 

Le portrait est aussi «préoccupant» en mathématiques, selon Mélanie Tremblay: «Il faut se poser des questions. Il y a des mesures qui ont été mises en place pour soutenir les élèves, mais est-ce suffisant?» 

Taux de réussite en mathématiques dans des centres de services scolaires*

Fleuve-et-des-Lacs (Bas-St-Laurent)

  • 2019: 87,6% 
  • 2022: 54,8% 

Charlevoix

  • 2019: 91,8% 
  • 2022 63,7% 

Montréal 

  • 2019: 61,5% 
  • 2022: 52,2% 

Marguerite-Bourgeoys

  • 2019: 79,5% 
  • 2022: 67,6% 

Appalaches

  • 2019: 68,6% 
  • 2022 : 45,8% 

Samares

  • 2019: 69,8% 
  • 2022: 53,5% 

Marie-Victorin

  • 2019: 67,8%
  • 2022: 50,2% 

*Taux de réussite à l’épreuve ministérielle de mathématiques «Culture, société et technique (CST)» de 4e secondaire de juin 2022 (avant le processus de conversion).

QU’EST-CE QUE LE COURS DE MATHÉMATIQUE CST?

Il existe trois «séquences» de mathématiques à partir de la quatrième secondaire: Sciences naturelles (SN), Technico-sciences (TS) et Culture, société et technique (CST). Les deux premières sont réservées aux élèves plus forts. Un élève qui a de bons résultats en mathématiques peut toutefois s’inscrire à la séquence CST s’il songe à poursuivre ses études en sciences sociales, en communication ou en arts, par exemple. 

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