[EN IMAGES] Découvrez le riche héritage des Irlandais à Québec
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Après la France, c’est probablement l’Irlande qui a le plus enrichi la généalogie québécoise. Au XIXe siècle, ces immigrants très éprouvés ont fait preuve de beaucoup de résilience et d'une adaptation peu commune.
En effet, de nos jours, il ne semble plus y avoir beaucoup de ces descendants irlandais dans la capitale. Pourtant, à chaque 17 mars, il est impressionnant de voir tout à coup le nombre de Québécois portant du vert ou un trèfle et qui terminent leur soirée en dégustant une bonne bière... verte.
Le défilé dans les rues de la ville est par ailleurs très couru. Nous vous invitons aujourd'hui à un rapide survol de l'histoire des Irlandais à Québec.
1) Le premier couple d'Irlandais à Québec
Le 5 août 1689, c'est le massacre de Lachine. Ce raid iroquois contre un important poste de traite français aurait été commandé par les Anglais de New York.
En 1690, Frontenac lance trois expéditions punitives contre autant de villages de la Nouvelle-Angleterre: Corlar, Salmon Falls et Casco, aujourd'hui Portland, dans le Maine. On fait des prisonniers qu'on ramène au Canada.
De Corlar, on ramène notamment à Montréal John Lahey originaire de Thurles, de comté de Tipperary, en Irlande. De Casco, on ramène, à Québec cette fois-ci, l'épouse et les quatre enfants du lieutenant John Swarten, tué lors de l’attaque.
L'une de ses filles est Marie-Madeleine Swarten. Celle-ci est née à Salem au Massachusetts, mais ses parents étaient Irlandais.
Plus tard, John Lahey et Marie-Madeleine Swarten sont libérés et s'installent dans leur ville respective. Ils finissent par se rencontrer et le 9 septembre 1697, le couple se marie à l'église Notre-Dame de Québec. Ils iront s'installer à Montréal, où les Sulpiciens leur concèdent une terre.
John Lahey avait vu son nom anglicisé alors qu'il était toujours en Irlande. À sa naissance, il s'appelait Sean O’Lathaigh. En Nouvelle-France, il devient Jean Lahaie dit Hibernois, c'est-à-dire l'Irlandais.
Il s'agit du premier couple d'Irlandais à vivre en Nouvelle-France.
2) L'église Saint-Patrick du Vieux-Québec
À la fin des années 1820, la population irlandaise catholique de la capitale est suffisamment importante pour qu'on lui accorde sa propre église: en 1830, on compte 7000 Irlandais sur une population totale de 32 000 habitants. Saint-Patrick de Québec sera la première paroisse irlandaise du Bas-Canada, avant même que Montréal ait la sienne.
L'église Saint-Patrick est construite entre 1831 et 1836, sur la rue Sainte-Hélène, par l'architecte Thomas Baillairgé. En 1876, cette rue adoptera le nom de McMahon en souvenir de Patrick McMahon, le premier chapelain de l'église, qui n'était qu'une desserte de la cathédrale Notre-Dame de Québec jusqu'en 1856 lorsqu'elle devient autonome. En 1876, l'architecte Joseph-Ferdinand Peachy y installe un maître-autel au goût du jour.
Le 12 mars 1899, on procède à la bénédiction de ses quatre cloches. Elles sont baptisées Saint-Joseph, Saint-Alphonse-Liguori, Immaculée-Conception et Saint-Patrice. Elles se retrouvent aujourd'hui au cimetière Saint-Patrick de Sillery. En effet, en 1915, cette église était fermée au profit d'un nouveau temple situé sur la Grande Allée. Elle est finalement détruite par un incendie le 13 octobre 1970. Depuis les années 1990, le centre de recherche sur le cancer de l’Hôtel-Dieu de Québec occupe ses anciens murs.
3) L'église Saint-Patrick de la Grande Allée
Au début du XXe siècle, le nombre de catholiques anglophones est en hausse à Québec. Les rédemptoristes, responsables de la paroisse Saint-Patrick, décident de construire une nouvelle église, sur la Grande Allée.
En 1914, c'est l'architecte René-Pamphile LeMay qui est mandaté pour dessiner les plans de ce nouveau temple. Cependant, faute d'argent, seul le soubassement est construit. On parlera alors de l'église basse. On y célébrera les offices religieux en attendant de compléter la construction. Certains la comparent à une salle de quilles. Néanmoins, malgré ses allures peu orthodoxes, elle est très fréquentée, non seulement par les fidèles irlandais, mais également par des catholiques francophones.
Cette drôle d'église sera ainsi très active jusqu'en 1957 alors qu'on décide de la compléter. Cette fois-ci, c'est l'architecte Charles-A. Jean qui dessine les plans de l'église haute. De style gothique moderne, c’est surtout l’imposante croix celtique en façade qui attire l’attention.
Le temple achevé est ouvert au culte le 17 mars 1958, jour de la fête de la Saint-Patrick. Malheureusement, elle est démolie à peine 30 ans plus tard pour céder la place à un complexe immobilier. Elle est remplacée par une petite église située à l'arrière, sur l'avenue De Salaberry.
4) Le cimetière Saint-Patrick
L'épidémie de choléra de 1832 et la fermeture du cimetière des Picotés du Vieux-Québec forcent l'ouverture d'un nouveau lieu de sépultures en dehors de la ville, sur la rue Saint-Louis, à l'endroit où on retrouve aujourd'hui l'immeuble Le St-Patrick. Sa moitié sud est réservée aux Irlandais alors que les Canadiens français se retrouvent du côté nord.
On y inhumera également les victimes des épidémies de 1834, 1849, 1851 et 1852, ainsi que celle du typhus de 1847. Des milliers de défunts y sont inhumés, ce qui vaudra au cimetière Saint-Louis le surnom de cimetière des Cholériques. En 1856, il devient le cimetière paroissial Saint-Patrick.
En 1877, la ville ayant rattrapé le cimetière, la paroisse acquiert la section nord-est du domaine Woodfield de Sillery. Le terrain est alors aménagé pour en faire un cimetière-jardin. Dans l'esprit des jardins français, on aménage quatre sections qui rayonnent autour d'un espace central. Près de la chapelle, une grande fosse commune accueille les sépultures de l'ancien cimetière Saint-Louis. Le cimetière est inauguré en mai 1879.
Au cimetière Saint-Patrick, d'importants membres de l'élite irlandaise côtoient de simples ouvriers. Il s'agit d'un lieu de mémoire d'une grande valeur pour la communauté irlandaise de la capitale.
5) L'école St. Pat's
L'école secondaire Saint-Patrick, communément appelée l'école St. Pat's, est l'une des plus anciennes écoles de la ville de Québec toujours en activité. En effet, en 1843, les frères des écoles chrétiennes avaient ouvert une école bilingue sur la rue des Glacis.
En 1849, elle devenait une école exclusivement anglophone et on lui donnait le nom de «Fortification School». C'est elle qui deviendra la St. Patrick's High School.
En 1918, après un détour par l'avenue McMahon, St. Pat's déménage sur l'avenue De Salaberry, où on construit un nouveau bâtiment selon les plans de l'architecte Georges-Émile Tanguay. Il est ensuite agrandi vers le sud en 1924, puis vers l'est, sur la rue De Maisonneuve, en 1955, et à nouveau en 1959.
Bien qu'il s'agisse d'une école anglophone, parmi les milliers d'élèves qu'elle a vu défiler, nombreux sont ceux qui avaient un patronyme francophone. Et pour cause. À partir du début du XIXe siècle, il y a eu des centaines de milliers d'immigrants irlandais à avoir émigré vers le Canada, en passant par Grosse-Île, et ce, pour fuir les épidémies et la famine. Plusieurs se sont établis dans les environs de Québec et ont épousé des francophones, conservant néanmoins de fortes racines irlandaises.
6) Les associations irlandaises
En s'installant à Québec, c'est à l'église et au sein de la vie paroissiale que les Irlandais se retrouvaient entre eux. Cependant, ils vont rapidement s'organiser à l'intérieur de toute une gamme d'associations nationales, culturelles et d'entraide mutuelle. Et c'est sans compter la vie de quartier, notamment dans le faubourg Saint-Jean, au sud de la rue éponyme, ou au Cap-Blanc.
Ainsi, dès 1829, ils créent la Society of the Friends of Ireland, suivie par la St. Patrick's Society (1836), la St. Patrick's Literary Institute (1852), le St. Brigid's Asylum (1856), la Irish Protestant Benevolent Society (1859), The Knights of St. Patrick (1874), The Hibernian Debating Club (1875) ou la St. Patrick's Total Abstinence Cadets (1875), pour ne nommer que celles-là. La variété de ces organismes démontre bien l'importance des Irlandais dans la société québécoise d'alors.
Plusieurs membres de la communauté s'investissent dans l'administration municipale, deux d'entre eux occupant même la fonction suprême de maire, soit Charles Alleyn (1854-1855) et Owen Murphy (1874-1878).
Enfin, ils étaient bien représentés dans diverses équipes sportives. Les Bulldogs de Québec n'ont-ils pas remporté deux coupes Stanley (en 1912 et 1913) grâce aux Joe Malone, Patrick «Paddy» Moran, Jack McDonald et autres irlandais?
7) La croix celtique
Au parc de l'Artillerie se dresse une croix celtique. Elle est ainsi au cœur de l'ancienne paroisse irlandaise Saint-Patrick. Offerte en 1997 par le National Famine Museum d'Irlande, elle a été érigée en 2000 en reconnaissance de la solidarité exceptionnelle des gens de Québec à l'endroit des Irlandais lors de la grande famine.
Au cours de la seule année 1847, le port de Québec a accueilli près de 90 000 Irlandais. Plusieurs citoyens de Québec ont alors adopté des petits orphelins et plusieurs autres immigrants ont décidé de déposer leurs malles ici et de s'établir.
Parmi les nombreux motifs qui l'ornent, on peut apercevoir les 12 apôtres ainsi que du pain et des poissons qui représentent Jésus dans le Nouveau Testament. On reconnaît également saint Patrick avec ses attributs d'évêque, soit la crosse et la mitre. Le serpent représente Satan, que saint Patrick a chassé d'Irlande en convertissant les Irlandais. La Nativité y est aussi représentée, de même que les bateaux-cercueils du XIXe siècle symbolisant l'immigration. De plus, on y voit les armoiries des quatre provinces d'Irlande, soit Ulster, Connaught, Leinster et Munster. Enfin, trônent au sommet Sheela na gig, symbole de la fertilité féminine, et son équivalent mâle.
8) La fête de la Saint-Patrick
C'est évidemment le jour de la fête de la Saint-Patrick que la présence irlandaise à Québec devient très tangible. La célébration de cette fête chez nous est assez ancienne. La première mention qu'on en ait est en 1765 alors que les Irlandais protestants avaient célébré un office spécial, suivi d'un souper et d'un bal.
Onze ans plus tard, à la suite de leur attaque du 31 décembre 1775, les rebelles américains se repliaient à l'Hôpital Général en attente du printemps pour retourner à Montréal. Dans le journal d'un loyaliste, on apprend que, le 17 mars 1776, le gouverneur Guy Carleton, lui-même irlandais, avait demandé aux hommes de ne pas fêter la Saint-Patrick et de reporter plutôt les festivités au 17 mai. Il craignait que les soldats de garde ne s'enivrent. Par ailleurs, le journal d'un rebelle nous apprend que ceux-ci avaient également fêté. Certains se rendirent même jusqu'à l'église de Beauport pour assister à la messe.
La première célébration documentée chez les catholiques remonte à 1817 alors qu'ils assistent à une messe commémorative à la chapelle de la Congrégation (l'actuelle chapelle des Jésuites de la rue De Buade). Et la célébration se poursuit encore tous les 17 mars.
9) Le LHN de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais
Les dizaines de milliers d'immigrants irlandais qui ont posé le pied sur les quais de Québec au XIXe siècle sont tous passés par la station de quarantaines de Grosse-Île. D'autres y sont malheureusement décédés. Ce site conserve donc une grande valeur symbolique pour les descendants de ces Irlandais.
Entre 1830 et 1940, le Canada connaît une vague d'immigration sans précédent. On accueillera près de quatre millions d'immigrants qui entreront au pays par le Saint-Laurent. C'est ainsi que le port de Québec a longtemps été le principal point d’arrivée des immigrants au Canada. De là, plusieurs poursuivront leur route vers l'Ouest ou les États-Unis.
Souvent, des épidémies faisaient rage en Europe. C'est ce qui a conduit à l'établissement d'une station de quarantaines à Grosse-Île en 1832. Elle agira comme un avant-poste du port de Québec. En plus de voir défiler des centaines de milliers d'immigrants irlandais, c'est plus de 43 différentes nationalités qui passeront par l'île. Elle fermera en 1937. On y tiendra par la suite diverses activités.
Reconnue pour son importance historique nationale en 1974, l’île est gérée depuis 1983 par l'Agence Parcs Canada. En 1996, ce site adoptait le nom de lieu historique national de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais.
10) Irish Heritage Quebec
De nos jours, toutes les associations nationales au sein desquelles se réunissaient jadis les Irlandais de Québec ont disparu. Néanmoins, les membres de la communauté irlandaise de la capitale ainsi que leurs amis se rencontrent à la Irish Heritage Quebec (IHQ).
IHQ a été fondée en 1973 par l'historienne Marianna O'Gallagher et plusieurs autres membres de la communauté irlandaise de Québec. L'organisme s'est donné comme mission d'encourager et faciliter les études généalogiques des familles irlandaises du Québec, de préserver les informations, artefacts et documents appartenant à la communauté irlandaise du Québec, de promouvoir la recherche sur l'histoire des Irlandais du Québec, d'encourager l'étude des arts et des auteurs irlandais et de promouvoir les activités des groupes poursuivant de tels objectifs, et de promouvoir la publication et la vente de livres et d'articles relatifs à l'histoire, aux arts et à la culture irlandaise.
IHQ organise des conférences mensuelles, de septembre à juin, sur des sujets qui ont le plus souvent un aspect irlandais. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un événement annuel, IHQ organise régulièrement des visites de groupe au LHN de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais. Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des Irlandais du Québec sont les bienvenus à la Irish Heritage Quebec.
Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec
- Vous pouvez consulter la page Facebook de la Société historique de Québec en cliquant ici et son site web en vous rendant ici.
- Vous pouvez également lire nos textes produits par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en cliquant ici et ceux de Rendez-vous d'histoire de Québec en vous rendant ici.