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Un Québécois sur trois est encore mal à l'aise de voir deux hommes s'embrasser en public

C'est trois fois plus que lorsqu'il s'agit d'un couple hétérosexuel, selon un sondage publié aujourd'hui

Patrick Desmarais
Patrick Desmarais, président de la Fondation Émergence, devant l'affiche de la nouvelle campagne contre les LGBTQphobies à la station de métro Frontenac de Montréal. Photo Pierre-Paul Poulin


Près d’un Québécois sur trois se dit mal à l’aise de voir deux hommes s’embrasser en public, révèle un nouveau sondage publié aujourd’hui.

• À lire aussi: Lettre à nos alliés, en cette Journée contre l’homophobie et la transphobie

«On pourrait croire que 20 ans après la reconnaissance sur le plan juridique [des couples du même sexe], ce soit suffisamment normalisé pour que les gens soient à l’aise. Mais ça évoque que l’égalité sociale est à la traîne sur l’égalité juridique», estime Martin Blais, professeur en sexologie et titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres de l'UQAM.

À l’occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, la Fondation Émergence publie un sondage mené par la firme Léger à ce sujet.

Si 32% des Québécois ne sont pas à l’aise avec l’affection en public d’un couple gai, les pourcentages baissent à 21% pour deux femmes qui s’embrassent et à seulement 11% lorsqu’il s’agit d’un couple hétérosexuel.

  • Écoutez l'entrevue avec Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence à l’émission de Yasmine Abdelfadel via QUB radio :

Mieux au Québec

Cependant, le Québec est la province faisant preuve du plus d’ouverture à la diversité sexuelle. Toujours selon le sondage, ce sont 40% des Canadiens qui se disent mal à l’aise de voir deux hommes s’embrasser en public et près de la moitié des Albertains (49%).

«[Cette réticence] n’est pas étonnante. Il y a une acceptation de principe, une tolérance qui dit: “Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, mais pas devant moi.” C’est un deux poids, deux mesures qui persiste», renchérit Line Chamberland, professeure à l’UQAM.

Patrick Desmarais
Line Chamberland, professeure à l'UQAM Photo fournie par l'UQAM

 «C’est pour ça qu’on fait des campagnes», lance le président de la Fondation Émergence, Patrick Desmarais, alors que la plus récente s’attaque aux peurs irrationnelles envers la communauté LGBTQ+.

Car il est faux de croire que tout est acquis et surtout, que c’est permanent, évoque-t-il. 

M. Desmarais fait écho au recul observé aux États-Unis, en Floride notamment, où l’État américain a passé une loi pour interdire d’enseigner la diversité sexuelle ou de genre. Ou encore, le mouvement anti-drag-queen, récupéré au Québec par le chef conservateur Éric Duhaime, ayant aussi pris naissance chez nos voisins du Sud.

D’ailleurs, le sondage de la Fondation souligne que 55% des Québécois trouvent qu’on parle «beaucoup trop» de diversité sexuelle et de genre et que 42% sont indifférents à cette cause.

«Noyau de résistance»

«La cause s’est complexifiée avec l’allongement des acronymes. Les identités non binaires, intersexes ou queers, c’est encore incompris», indique Mme Chamberland, qui observe un «noyau de résistance plus profond» lorsqu’il est question du genre.

Par ailleurs, près du tiers des Québécois disent être sympathiques à la cause, mais souhaite garder cet appui secret.

«De donner des droits aux personnes LGBTQ n’en enlève pas aux personnes hétérosexuelles», rappelle quant à lui M. Blais. 

Il appelle d’ailleurs à une plus grande empathie envers cette communauté dans les débats publics. «On parle de vraies personnes qui, au mieux, se font regarder croche dans la rue quotidiennement, ou au pire, agressées physiquement», explique-t-il.

Le sondage en chiffres

  • 32% des répondants québécois sont mal à l’aise de voir deux hommes s’embrasser en public et c'est 21% si ce sont deux femmes.
  • Seulement 11% sont mal à l'aise s’il s’agit d’un homme et d’une femme.
  • 55% des répondants québécois trouvent qu’on parle «beaucoup trop» de diversité sexuelle et de genre et 42% sont indifférents à la cause.
  • 29% se disent sympathiques à la cause, mais ne souhaitent pas l’afficher. 
  • 36% des répondants québécois sont mal à l'aise d'intervenir devant des comportements LGBTQphobes.
  • Une grande majorité des répondants québécois se disent à l'aise de prendre un rendez-vous avec un professionnel ouvertement homosexuel ou trans.

Source: Sondage de la Fondation Émergence, mené par la firme Léger en 2023

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