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L'après-Prigojine: les cinq faiblesses de Poutine

RUSSIA-POLITICS
Photo AFP


Evguéni Prigojine est au Bélarus et se tait, Vladimir Poutine est au Kremlin et travaille. Mais malgré les apparences, le président russe sort profondément fragilisé de la mutinerie avortée du patron du groupe paramilitaire Wagner, le week-end dernier.

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Pour la première fois en 24 ans, l'autorité du maître du Kremlin a été ébranlée par un homme à qui il avait délégué une partie de sa puissance militaire et de son influence internationale.

Panorama en cinq points des faiblesses qu'il devra surmonter.

Prigojine est vivant

En moins de 24 heures les 23 et 24 juin, Prigojine s'est approché à quelques centaines de kilomètres de Moscou avec des soldats armés, s'emparant d'un QG de l'armée russe et d'autres sites militaires.

Pourquoi a-t-il renoncé et scellé un accord avec Poutine, via le président bélarusse Alexandre Loukachenko? Mystère.

Mais exilé au Bélarus, il reste imprévisible. Wagner, outre ses mercenaires, présidait une galaxie de médias et de fermes à trolls omniprésents dans la guerre informationnelle.

D'où la nécessité de le museler. Les autorités russes ont bloqué vendredi des médias liés à sa holding médiatique, Patriot, qui «est en train d'être démantelée», selon Maxime Audinet, de l'Institut de recherche stratégique de l'école militaire (IRSEM) à Paris. «Prigojine va être privé de sa formidable force de frappe médiatique», souligne l’expert auprès de l’AFP.

Pour autant, «il est difficile d'imaginer qu'il reste silencieux longtemps», relève Mick Ryan, général australien à la retraite.

Le monolithe est fissuré

Pendant quelques heures, Prigojine a fait trembler Poutine. Celui qui emprisonne ses détracteurs et punit la moindre opposition à la guerre a pourtant épargné l'homme qui l'a défié.

«L'idée selon laquelle le régime n'est plus infaillible peut germer dans l'esprit d'une partie des élites. Si Prigojine a pu le faire, pourquoi pas un autre?» questionne Maxime Audinet.

La mutinerie a aussi laissé apparaître des fissures au sein des forces de sécurité. «Prigojine est passé outre l'armée russe, la police et les services de sécurité russes (FSB) sans aucune tentative de ces unités pour l'arrêter», relève Kirill Chamiev, du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).

«Cela révèle la fragilité du système politique russe.»

Le tsar doit agir

Poutine ne peut rester inactif mais il est décrit depuis quelques mois comme paranoïaque et isolé.

«Je ne m'attends pas à une purge à la Staline», pronostique Tatiana Stanovaïa, fondatrice du cabinet de conseil R. Politik. «Son spectre classe les individus entre héros, traîtres (...) et âmes perdues qui peuvent être pardonnées si elles se repentent. Des arrestations sont possibles dans ce cadre.»

Mais l'avenir de Poutine «ne sera pas réglé en jours ou en semaines», assure l'ex-ambassadeur australien à Moscou, Peter Tesch. «Il préside un système où la défiance et la tromperie prévalent et où les intérêts personnels triomphent.»

Quant au patron de Wagner, s'il «boit du thé, il pourrait bien changer de boisson favorite», ironise-t-il, en référence aux empoisonnements qui ont visé bien des opposants au Kremlin.

Kyrylo Boudanov, chef du renseignement au ministère de la Défense ukrainienne, affirme même que le FSB a reçu l'ordre de l'assassiner.

La guerre est enlisée

Prigojine a porté la voix de ceux qui dénoncent la faillite de l'invasion de l'Ukraine ainsi que les stratégies hasardeuses du ministre de la Défense Sergueï Choïgou et de son chef d'état-major Valéri Guérassimov.

«Beaucoup de soldats ne savent pas pourquoi ils se battent, ni pourquoi ils meurent. Prigojine a parlé pour eux», écrivent les chercheurs Liana Fix et Michael Kimmage sur le site Foreign Affairs. «Il a mis en lumière la situation misérable [de l'armée russe] sur le front.»

Le chef de l'État «semble faible», insiste Lawrence Friedmann, du King's College.

«Il est obsédé par une guerre ingagnable pour laquelle il a gaspillé d'importantes ressources», et a fait preuve de «procrastination quand il devait prendre des décisions difficiles».

Les fronts multiples

Après 16 mois de guerre, Poutine voit s'ouvrir de nouveaux fronts, politiques cette fois. Les élites russes étaient divisées sur la conduite de la guerre, les voilà potentiellement prêtes à préparer l'après-Poutine, même si nul n'a soutenu ouvertement Prigojine.

«Les autres pays ont des bourses qui montent et qui descendent. Le Kremlin a une bourse interne, qui indique la hausse et la baisse du crédit politique des puissants», schématisent Liana Fix et Michael Kimmage. Poutine devra assurer «le retour à la normale, mais aussi l'humiliation qu'il vient de subir et la vengeance qu'il est susceptible de mener».

Et à l'étranger, sa faiblesse est instrumentalisée. La guerre a un effet «destructeur» sur Poutine, a déclaré samedi le directeur de la CIA William Burns.

«Le mécontentement à l'égard de la guerre continuera à ronger les dirigeants russes», a-t-il martelé, décrivant «une occasion qui ne se présente qu'une fois par génération (...). Nous ne la laisserons pas passer».







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