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A-t-on encore besoin du journalisme?

« C’est par la qualité de ce que l’on publie que nous demeurerons pertinents »

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo Simon Clark Le premier ministre du Québec, François Legault

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Journée sombre pour le journalisme hier. Le réseau CTV et le journal The Globe & Mail ont ajouté à des mauvaises nouvelles devenues trop fréquentes.  

Il y a d’abord eu ce micromessage de Fagstein à propos d’une réunion «obligatoire» pour les employés du réseau CTV, «ce qui n’est jamais rose». Et en effet, quand les détails ont été connus, rien pour se réjouir. CTV entend se départir de ses caméramans, réviseurs, et autres employés qui cadrent mal dans la nouvelle réalité des médias d’aujourd’hui.   

Puis il y a eu cette annonce du Globe & Mail, un autre quotidien qui tente par tous les moyens de réduire ses coûts. Pour épargner 10 millions par année, on propose un programme de départs volontaires en espérant que cela évite de procéder à des compressions d’emplois.   

Bell, propriétaire de CTV, argüe que des adaptations sont nécessaires afin que le journalisme comme profession s’adapte à la réalité des médias d’aujourd’hui. À quoi bon un caméraman quand le journaliste possède un iPhone n’est-ce pas!    

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo d'archives, AGENCE QMI

N’importe quel quidam qui possède un téléphone intelligent maintenant peut prendre des photos. Pourquoi dépenser sur des photographes de métier? Pourquoi le lourd appareillage des caméras d’antan?    

Le journaliste n’a qu’à faire ses propres séquences vidéos, les éditer, réviser ses propres textes et envoyer du tout cru à la publication. Voilà le futur du journalisme!    

Et j’ironise à peine.   

«Le journalisme au service de l’intérêt supérieur du public»   

Le hasard a voulu que Bell Média programme le film de Steven Spielberg The Post (Le Post en français) inspiré de faits authentiques : les Pentagon Papers, l'un des premiers scoops de l'histoire du journalisme américain au début des années 1970.    

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo d'archives, AFP

Ce film est, en lui-même, un étendard puissant de l’importance du journalisme en démocratie. Protéger les relations des grandes salles de presse – et de leurs propriétaires surtout – avec les arcanes du pouvoir ou privilégier l’intérêt public même si celui-ci risque de couler un gouvernement?    

Quand le gouvernement Nixon mettra en garde deux institutions du journalisme américain, le New York Times et le Washington Post de ne pas publier des documents compromettants pour son administration, le tout se retrouvant à la Cour suprême des États-Unis, cette phrase issue du jugement est puissante :    

«Le journalisme ne doit pas servir ceux qui gouvernent, mais bien l’intérêt supérieur des gouvernés...»  

Bien sûr, ce long métrage met en scène une salle de rédaction d’une autre époque; le bruit des dactylos, les vieilles méthodes de presse et d’imprimerie. Toutefois, il y a près de 50 ans, le monde des journaux n’était pas épargné de l’incertitude.    

«C’est par la qualité de ce que l’on publie que nous demeurerons pertinents»  

On sent bien dans l’opus de Spielberg l’angoisse ressentie par la propriétaire du Washington Post Katharine Graham (bien jouée par Meryl Streep) quand le journal décide de passer en bourse pour renflouer les coffres.    

Cette propriétaire qui, devant les critiques et les sceptiques, rappellera que «c’est par la qualité de ce qu’il publie que le Washington Post continuera d’être pertinent et de grandir».    

Voilà qui est encore très pertinent aujourd’hui.    

Comment un journaliste à qui l’on ajoute les fonctions de photographe, vidéaste, caméraman, réviseur, et quoi encore! Comment celui-ci pourra-t-il placer la «qualité» de ce qu’il publie au-dessus de tous les autres impératifs?    

Tout ce temps passer à faire les tâches «connexes», tout ce côté technique plus encombrant, est enlevé à celui par lequel on peut aspirer à la plus grande qualité : recherche poussée du sujet, vérification des sources, etc. Le journalisme est un métier en soi.    

À l’heure de l’instantanéité de la nouvelle, il y a déjà une pression immense sur le journaliste, lequel est désormais contraint à respecter des délais extrêmement serrés le plus souvent.    

Le journalisme, plus essentiel que jamais  

Notre époque est en grand manque de journalisme. Aujourd’hui, plus que jamais, le journalisme objectif, centré sur l’intérêt primordial des gouvernés, devrait être protégé, encouragé, expliqué.    

Il m’arrive quotidiennement de constater que des citoyens sont incapables de faire la distinction, fondamentale, entre la salle de nouvelle et les tribunes d’opinion.    

Pourtant, cette seule explication, en elle-même, aiderait à redorer le blason de l’information, du journalisme.    

Je ne fais pas du journalisme. J’opine. J’analyse, et j’émets des opinions. Nous sommes de plus en plus à faire CE métier. Et, c’est inévitable, il nous arrive de faire ombrage à la salle de nouvelle.    

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo d'archives, AFP

Commençons par ça. Par redorer le blason du journalisme et de l’importance qu’il a au sein de toute démocratie. C’est la base.    

Le journalisme qui n’est pas au service des convictions de ceux qui lisent, mais bien du côté des faits, de l’objectivité, de la rigueur.   

Le journalisme qui se porte mieux quand sa voix est plurielle, quand ses antennes sont multiples, quand les regards de ceux qui le servent sont diversifiés; ce journalisme qui doit être protégé quand il se fait à l’échelle humaine, parfois modeste, des petits milieux tout autant que lorsqu’il nous informe sur les grands enjeux du monde.   

Oui, le journalisme est, plus que jamais, essentiel et vital.