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Cinq passages clés du rapport Mueller

Cinq passages clés du rapport Mueller
AFP

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Loin d’exonérer complètement le président Trump, le rapport Mueller établit que sa campagne a bel et bien été liée à l’ingérence russe, même si la criminalité de ces liens ne peut être établie, et que le président a bel et bien tenté d’entraver le cours normal de la justice, même si Mueller a préféré laisser au Congrès le soin de porter des accusations par l’entremise d’une procédure de destitution.  

Le rapport du procureur spécial Robert Mueller n’a pas fini d’alimenter notre compréhension de l’affaire russe et de la présidence Trump. Voici quelques extraits du rapport qui permettent d’en saisir les grandes lignes. Il y en aura d’autres.         

1. L’ingérence russe a bel et bien eu lieu  

Dès les premières lignes, le rapport affirme que, sans l’ombre d’un doute, la Russie de Vladimir Poutine a monté une opération d’envergure, d’abord pour encourager le désordre et la division dans le processus électoral américain, puis éventuellement pour favoriser l’élection de Donald Trump et nuire par tous les moyens possibles à l’élection d’Hillary Clinton. Cette conclusion bétonnée contredit évidemment de multiples déclarations de Donald Trump qui a toujours évité de déclarer directement que la Russie s’était ingérée dans l’élection de 2016, y compris lorsqu’il a affirmé, en présence de Vladimir Poutine, ne voir aucune raison pourquoi la Russie aurait agi ainsi. Comme le rapport établit aussi assez clairement que le président était au courant de cette intervention, cela signifie qu’il a menti systématiquement à ce sujet pendant des années. Ce n’était pas «un mec qui pèse 400 livres dans sa chambre à coucher».         

2. Un rapport pas aussi caviardé qu'on le craignait  

Il est vrai que plusieurs pages sont noircies, mais le rapport Mueller, dans l’ensemble, ne laisse pas autant de passages dans l’ombre qu’on aurait pu anticiper. Tant mieux. Parmi les passages lourdement caviardés, toutefois, il y a ceux qui concernent les poursuites entamées contre l’agence russe qui a monté une opération de propagande sur les réseaux sociaux de 2014 à 2016 et dont on sait qu’elle continue de le faire en vue des élections de 2020. Pourtant, l’administration Trump se traîne les pieds pour ce qui est de la réponse à ces nouvelles interventions.         

3. «C'est la fin de ma présidence. Je suis foutu.»  

  

  

Ce titre est, bien sûr, une traduction relativement bénigne de l’expression qui a échappé au président Trump lorsqu’il a appris la formation de la commission d’enquête dirigée par Robert Mueller. "Oh my God. This is terrible. This is the end of my Presidency. I'm fucked." Pas tout à fait la réaction à laquelle on s’attendrait de la part d’un président qui, comme il l’affirme aujourd’hui, était blanc comme neige et n’avait rien de rien à se reprocher.         

4. Pourquoi pas de mise en accusation pour obstruction?  

  

  

  

  

Dès le début de l’enquête Mueller, on a su qu’il existe une directive du département de la Justice qui limite la capacité des procureurs fédéraux de déposer des mises en accusation criminelles contre le président. La procédure constitutionnelle pertinente pour mettre un président en accusation pour des fautes ou des crimes graves («high crimes and misdemeanors») est l’«impeachment», qui est la prérogative du Congrès. C’est ce que Mueller suggère dans ce passage, en plus de fournir aux législateurs tous les éléments qui pourraient leur permettre d’appuyer une telle mise en accusation, qui mènerait à la destitution du président. Le feront-ils? Probablement pas, car il faudrait pour aller jusqu’au bout que 20 sénateurs républicains se rendent à cette évidence plutôt que de se réfugier derrière les conclusions de l’Attorney General William Barr, qui agit plus comme un «spin-doctor» pour le président que comme un véritable procureur indépendant dans sa présentation des conclusions de l’enquête.          

5. Le président était frustré et en colère.  

  

Ce n’est qu’un seul passage, mais les références à l’état d’esprit du président Trump à propos de l’enquête Mueller sont éparpillées partout dans le deuxième volume du rapport, qui porte sur de possibles entraves à la justice. Le site Daily Koz, par exemple, répertorie 13 passages semblables où des témoins rapportent à quel point le président fulminait contre l’enquête qui passait tous ses agissements sous la loupe. Le passage révèle aussi à quel point cette frustration est dirigée vers Jeff Sessions, que Trump accuse de ne pas l’avoir protégé. En tout cas, on ne peut pas en dire autant de son nouvel Attorney General, William Barr, qui fait des pirouettes à la moindre occasion pour défendre le président, faisant ainsi fi de l’indépendance judiciaire dont devrait faire preuve le titulaire de son poste. Justement, lors de sa conférence de presse de jeudi, Barr a allégué que la frustration et la colère du président face aux enquêtes sur l’affaire russe constituent des éléments qui excusent en partie les gestes qui pourraient être interprétés comme des entraves à la justice.         

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM . On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM