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Foglia, cet intolérant!

Rappel d'un texte où Foglia expose sa conception de la laïcité...

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Aujourd’hui, Pierre Foglia, le populaire chroniqueur de La Presse, serait honni par l’extrême gauche diversitaire...  

Sur la page de l’ami Roméo Bouchard aujourd’hui, un de ses contacts a partagé une capture d’écran d’un texte absolument fabuleux de Pierre Foglia.     

Intitulé «La laïcité ouverte», ce texte (on peut le lire ici ) ferait bondir tout ce qu’il y a de qsistes, de «gauchistes diversitaires» et de la bien-pensance contemporaine.     

Ah oui. Et mon ami Sol Zanetti aussi. Pas le philosophe, l’autre. Le député.     

  

Le Journal de Quebec

  

Un texte publié le 24 mai 2008 en plein au moment où le Québec était plongé dans les tractations de la commission Bouchard-Taylor. Premier extrait du texte de Foglia:     

«Il y a quelques semaines, à la mi-avril peut-être, M. Bouchard m’a laissé le message de le rappeler. Je me suis dit: tiens, il veut aller faire un tour de vélo. Je vous jure, quand je l’ai eu au bout du fil, je lui ai demandé s’il voulait aller faire du vélo. C’est le genre d’humour qui ne fait rire que moi, mais j’ai vraiment beaucoup de plaisir. Anyway.  

Non, non, pas de vélo, s’est défilé le commissaire.  

Ce qu’il voulait? Me parler de laïcité. Me dire qu’il y avait deux sortes de laïcité. La sienne et la mienne. Que la mienne était fermée, intégriste. Que la sienne, enfin celle qu’on allait trouver dans le rapport, serait ouverte. Ce n’est pas du tout ce qu’il a dit bien sûr, mais c’est quand même ce qu’il voulait me dire.  

Très, très tendance cette laïcité ouverte. Le président des Français, M. Sarkozy, qui n’en rate pas une, y adhère totalement sauf qu’il appelle cela l a laïcité positive . Imaginez dans quel monde bizarre nous vivons. La laïcité est la séparation du politique et du religieux, séparation garantie par qui? Par l’État, qui d’autre. Or voilà, le chef de l’État-France, berceau de la laïcité, qui ouvre la porte aux curés, aux mollahs, aux rabbins, aux sikhs, entrez, entrez, qu’est-ce que je vous sers?»  

La «laïcité positive»! Elle est bien bonne, trouvez pas? C’est en plein ce que bien des adversaires du projet de loi 21 aujourd’hui nous disent: qu’ils sont «négatifs», «fermés» ceux qui appuient le PL 21...   

Là où c’est encore plus délirant, c'est quand Foglia nous rappelle d’où vient ce concept de «laïcité ouverte»:   

«D’où est venue, croyez-vous, cette volonté d’ouvrir – de positiver –, de renouveler la laïcité? Des curés. Oui, oui, nos curés à nous, catholiques et tout. Bien avant que M. Bouchard l’écrive dans son rapport, ce sont les curés qui ont dit qu’il fallait adapter la laïcité à nos sociétés plurielles.  

«Ils ont aussitôt fait l’unanimité. Les intellectuels, les libéraux, les bien-pensants (au sens le plus noble) ont adoré. La pluralité est devenue la vraie religion des gens éclairés. Il n’est plus de valeurs qui vaillent que plurielles. La pluralité est devenue l’eau du grand bain public dans lequel nous baignons tous désormais.  

«Et comme cette pluralité est essentiellement religieuse, beaucoup, beaucoup musulmane, un peu sikhe, un peu juive orthodoxe, ben cout'donc, arrêtons de nous formaliser des signes religieux qui flottent sur l’eau de notre grand bain public. Faisons avec.»    

Les inquisiteurs de la gauche diversitaire - lesquels n’ont pas hésité à tenter d’excommunier du débat les Normand Baillargeon, Djemila Benhabib, et récemment Boucar Diouf, parmi tant d’autres – se jetteraient sans ménagement sur un tel paragraphe s’il était publié aujourd’hui.     

Osez dire que «la pluralité religieuse est beaucoup, beaucoup musulmane»! Hérésie! Au bûcher!! (à la manière du répurgateur de Kaamelott!)    

Dans ce texte, Foglia expose sa conception de la laïcité. Intéressante et toujours pertinente aujourd’hui:     

«C’est un intégriste qui parle et qui décline son credo laïque en deux articles.  

1 - Liberté absolue de conscience et de culte.  

2 - L’espace civique doit être absolument laïque.  

Je viens de dire deux fois absolument, je sais: c’est bien un intégriste qui parle.  

L’espace civique? L’école publique en tout premier lieu. L’école avant les tribunaux, avant la police, avant l’armée, avant les institutions. Faut-il vraiment expliquer pourquoi l’école d’abord, pourquoi l’école surtout? Parce que c’est l’institution structurante de la société. Le premier contact de l’enfant avec la citoyenneté, donc avec la société, le lieu de conjugaison non pas des différences, mais des humanités.  

Il ne me dérangerait pas tant que cela (un peu quand même) d’être contrôlé par un flic portant la kippa. Mais je trouve déplorable, je trouve lamentable que les commissaires acquiescent benoîtement au port ostensible de signes religieux par les élèves et pire encore par les enseignants des écoles publiques.   

J’ai trouvé futile que les commissaires suggèrent que l’on décroche le crucifix de l’Assemblée nationale (les députés ont bien fait de voter à l’unanimité pour le garder). Cette absurde histoire de crucifix nous dit quelle mauvaise lecture les commissaires font des signes. On apprend cela dans le premier cours de linguistique: il faut aller au signifié, au contenu du signe... ce crucifix devenu applique murale n’a plus aucun contenu, messieurs les commissaires.  

Alors que le voile des jeunes musulmanes à l’école est l’étendard d’un communautarisme qui n’a rien d’innocent. Il a une vérité à proclamer, ce voile. Mieux, il a un projet: le retour du religieux dans l’espace civique.  

Et c’est ce projet qu’appuient nos curés. Projet baptisé par eux laïcité ouverte. Un concept en forme de cheval de Troie plein de barbus, de voiles et de turbans qui, espèrent-ils, va les ramener dans les écoles par la porte d’en arrière.»    

  

JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Je ne suis pas d’accord avec l’interprétation que fait Foglia du crucifix. C’est connu, pour moi, il faut l’enlever, il témoigne absolument d’un symbolisme qui n’a pas lieu d'être dans une Assemblée nationale laïque, mais bon.     

Toutefois, son plaidoyer pour une école laïque mérite d’être relu aujourd’hui. Surtout par la gauche diversitaire. Cette citoyenneté qu’on peut aussi conjuguer au temps des libertés collectives, pour l’intérêt supérieur des enfants.     

En terminant, ce passage aussi sur la liberté de conscience qui existe en dehors de l’école et des institutions:     

« Une laïcité ouverte pour quoi faire, messieurs les commissaires? L’école finit à 14h30. Dans ce pays où règne une liberté absolue de conscience et de culte, les enfants ont tout le temps, toute liberté pour prier qui ils veulent, dans le temple qu’ils veulent, déguisés comme ils veulent.

La laïcité n’a pas à être ouverte ou fermée. Et l’espace civique où elle règne (1) n’a pas à être religieux ou ethnique. Un espace où la différence ne devrait en faire aucune.

(1) Assurez-vous avant de m’engueuler de ne pas confondre espace public et espace civique. Hors de l’école, l’espace civique se résume à quelques îlots institutionnels où le citoyen ordinaire ne met pas les pieds pendant des semaines, voire des mois, à moins d’avoir accepté d’y être juge, policier, fonctionnaire. »    

Assurément, s’il fallait que Foglia publie ce texte aujourd’hui, il serait dès lors la cible des inquisiteurs de la gauche diversitaire et rangé à l’étage des «méchants identitaires d’extrême droite», lui, homme de gauche et laïciste républicain.