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Gouvernement 101

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo Simon Clark Le premier ministre du Québec, François Legault

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Dure rentrée parlementaire à Québec. Les erreurs se multiplient dans l’équipe de François Legault et les efforts pour «pédaler par en arrière» ne donnent pas les résultats voulus.  

S’il est une leçon que le nouveau gouvernement Legault semble ne pas avoir reçue, c’est la leçon de base à propos des rôles, des responsabilités et des défis des membres du Conseil des ministres.  

Gérer les médias  

Au lendemain de l’élection du 1er octobre dernier, François Legault s’est retrouvé face au défi de constituer son Conseil des ministres à partir d’un bassin d’élus sans grande expérience politique. À l’exception de Marguerite Blais, tous ceux qui ont été nommés ministres en étaient à leur première expérience à la tête d’un ministère.  

L’exemple le plus flagrant de cet amateurisme est évidemment celui de MarieChantal Chassé. Entrepreneure, ingénieure et brièvement ministre de l’Environnement, madame Chassé s’est butée aux médias dès les premiers instants suivant sa nomination. Son incapacité à développer les bons réflexes devant la presse a rapidement mené à sa rétrogradation.  

L’une des principales réalités à laquelle les ministres d’un gouvernement sont confrontés et à laquelle ils n’ont presque jamais fait face auparavant est la réalité de médias. La députée Qsiste Catherine Dorion illustrait la chose de la manière suivante: «Saviez-vous qu'une technique d'interrogatoire la plus soft, c'était de mettre une grosse lumière dans la face du prévenu et de lui poser des questions en rafale?»  

Or, on dirait bien que personne n’a avisé les élus qu’ils devraient désormais faire face à la «grosse lumière» quotidiennement. On ne les a pas non plus informés que chacune de leurs affirmations serait décortiquée pour en soutirer ceci ou cela pour alimenter la bête à nouvelles.  

Pourtant, le métier de porte-parole est un métier qui s’apprend. Les bons debaters et les bons orateurs ne sont pas devenus bons du jour au lendemain. Bien sûr, l’aisance à communiquer vient plus facilement à certains qu’à d’autres, mais comme bien des choses, ça s’apprend.   

Les firmes de relations publiques qui offrent des formations de porte-parole ne sont pas difficiles à trouver. Probablement que bien des ministres ont déjà participé à ces exercices, et même qu’ils ont été conseillés par certaines des maisons les plus reconnues dans le domaine. À voir les bourdes des derniers jours, on croirait pourtant que les ministres de la CAQ ne veulent tout simplement pas apprendre.  

Comprendre son rôle  

L’autre enjeu qui fait boiter le gouvernement, c’est celui du rôle des ministres.  

Dans la même semaine, on a été témoins de deux ministres qui ont été obligés de nuancer leurs propos après des prises de position intempestives.  

Le premier: André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, qui affirmait le 30 janvier avoir «personnellement autorisé» le congédiement d’un fonctionnaire. La saga des nombreuses versions alternatives de cette affirmation n’aide en rien la cause du ministre.  

Peu importe l’intention et le réflexe de monsieur Lamontagne le 30 janvier dernier, ce que son affirmation démontre, c’est surtout qu’il ne comprend pas les limites de son rôle. C’est pourtant simple: la gestion quotidienne de la poutine d’un ministère, les embauches, les mises à pied, les promotions, le numéro de la couleur de la peinture sur les murs et la discipline des troupes ne regardent pas le ministre. C’est le travail des fonctionnaires qui relèvent du sous-ministre.    

Si un ministre pense qu’il gère «la machine» comme on gère une entreprise, on a un gros problème.   

L’autre sortie qui a fait jaser et qui peut être discutable est venue de la nouvelle ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui affirmait que le hijab incarne «l’oppression des femmes». Cette prise de position, elle l’a expliqué, représente son opinion personnelle. Mais à titre de ministre, son opinion personnelle n’a plus vraiment d’importance. C’est l’opinion de son gouvernement qui compte désormais.   

Isabelle Charest a dit tout haut ce que bien des Québécois pensent tout bas. Toutefois, ses fonctions de ministre lui imposent maintenant plus de retenue et plus de réflexion. En prononçant ces paroles, Isabelle Charest laissait entendre que ses opinions personnelles primaient sur celles des femmes qu’elle a le mandat de représenter et qu’elle devra souvent défendre. Espérons que la ministre aura tiré des leçons de l’exercice de «marchage sur la peinture» auquel elle a ensuite dû se prêter.  

S’il existe quelque part un cours de gouvernement 101, de grâce, qu’on y inscrive les membres du cabinet Legault!