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Impact «modeste» de l’accord de libre-échange avec Ottawa et Mexique

Impact «modeste» de l’accord de libre-échange avec Ottawa et Mexique
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Le nouvel accord de libre-échange liant États-Unis, Canada et Mexique (AEUMC), qui attend sa ratification depuis près de cinq mois, aura un impact « positif » mais « modeste » sur l’économie américaine s’il entre effectivement en vigueur, a estimé jeudi un organisme américain indépendant.  

« S’il était pleinement mis en œuvre et appliqué, l’AEUMC aurait un impact positif sur le produit intérieur brut (PIB) et l’emploi américains », a commenté la Commission américaine du Commerce international (USITC) dans un communiqué, expliquant que l’effet positif provient essentiellement de la fin des incertitudes entourant le maintien ou non d’un accord trilatéral.  

Ce rapport très attendu, sur lequel les sénateurs vont s’appuyer pour fonder leur décision de ratifier ou non le texte, avance ainsi un gain pour le PIB de 68,2 milliards de dollars, soit 0,35% et une hausse d’emplois de 176 000 (+0,12%).  

Cette commission avait annoncé le 12 octobre le lancement d’une enquête pour élaborer ce rapport mesurant l’impact de l’accord sur l’économie américaine.  

Il s’agit d’une procédure habituelle pour tout accord commercial devant être soumis au Congrès.  

Donald Trump, dans sa volonté de favoriser « L’Amérique, d’abord », avait imposé à ses partenaires commerciaux, à l’été 2017, la renégociation de l’Aléna en vigueur depuis 1994, l’accusant d’avoir détruit des milliers d’emplois industriels surtout dans le secteur automobile en raison des délocalisations vers le Mexique.  

L’AEUMC a été conclu le 30 septembre dernier au bout d’un marathon de 13 mois de négociations commerciales, puis signé le 30 novembre. Mais le texte est toujours en attente d’une ratification dans les trois pays.  

Il prévoit notamment pour le secteur automobile un changement important des règles dites d’origine, imposant plus d’achats de matériaux et composants de fabrication américaine. Il inclut en outre une clause forçant le Mexique à augmenter les salariés du secteur.  

De manière concomitante jeudi, l’administration Trump a dévoilé l’impact potentiel du nouvel accord sur le seul secteur automobile américain, mettant en avant des effets jugés très positifs sur les cinq ans suivant sa mise en oeuvre.  

Automobile

Elle estime ainsi que le nouvel accord va se traduire par un potentiel d’investissements supplémentaires de 34 milliards de dollars.  

Sur la base d’informations récoltées auprès des constructeurs automobiles ayant des usines d’assemblage en Amérique du nord, les services du représentant américain du Commerce (USTR) ont fait « une estimation initiale de l’impact quantitatif à court terme des nouvelles règles d’origine de l’AEUMC pour le secteur automobile », explique USTR dans un communiqué.  

Outre les 34 milliards de dollars d’investissements supplémentaires sur cinq ans, USTR estime à 23 milliards de dollars les achats supplémentaires de pièces détachées automobiles américaines et à 76 000, la création de nouveaux emplois dans ce secteur.  

Ces emplois additionnels « représentent une hausse de 7,6% du niveau actuel d’emploi du secteur qui compte 999 000 travailleurs aux États-Unis », a-t-il précisé.  

La Commission ne fait pas le même calcul, estimant à 28 000 le nombre de créations d’emplois équivalent temps pleins.  

Pour les consommateurs, elle s’attend en outre à des hausses de prix des voitures.  

Matt Blunt, à la tête du conseil politique du secteur automobile américain, a estimé que le rapport de cette commission « sous-estimait » les effets positifs à long terme notamment les investissements et appelé le Congrès à ratifier ce traité qui « maintiendra la compétitivité mondiale » des États-Unis.  

Pour l’heure, l’accord AEUMC doit être approuvé par le Congrès américain. La Maison-Blanche escompte obtenir un feu vert avant août. Retarder l’échéance après la rentrée accroîtrait les risques de ne pas obtenir de ratification du tout en raison de la campagne présidentielle.  

Mais l’administration Trump se heurte notamment à l’opposition de certains sénateurs républicains qui demandent comme préalable à toute ratification la levée des taxes douanières supplémentaires sur l’acier et l’aluminium imposées par le président en mars 2018 au Canada et au Mexique. Une exigence partagée par les industriels américains.  

Le gouvernement canadien réclame également la levée de ses tarifs douaniers avant de signer le texte.   

De son côté, l’administration américaine s’y refuse farouchement tant que le Canada et le Mexique n’acceptent pas des quotas pour empêcher des importations d’acier et d’aluminium chinois qui transitent actuellement par ces pays.  

Au Canada, avec les élections législatives prévues cet automne et les délais des travaux parlementaires, les élus canadiens ont jusqu’au 6 juin au plus tard pour entériner cet accord, avait indiqué récemment un haut responsable canadien.  

Au Mexique, la procédure de ratification suit son cours, le gouvernement n’ayant pas d’opposition de principe à l’exigence de Donald Trump d’améliorer les conditions salariales dans le secteur automobile mexicain.