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Le combat inachevé

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Ce qui me réjouit tout particulièrement chez de nombreuses jeunes femmes est qu’elles découvrent à leur tour l’immense utilité du féminisme comme force du progrès. Et ce, sous ses diverses incarnations.  

Nos avancées ont été plurielles. Au Québec, elles le sont nettement. La route est néanmoins loin d’être encore terminée. L’égalité homme-femme est un «work in progress», si vous me passez l’expression anglaise.  

Souvenons-nous d’ailleurs que dans les années 80 et 90, c’était tout le contraire. Chez les plus jeunes, la mode du temps était de trouver le féminisme dépassé, ringard. La lutte pour l’égalité, disaient-elles, était faite. Prochain appel.  

Grosse erreur. Les droits des femmes ne sont jamais chose acquise pour toujours. Il arrive de ces moments où la misogynie et l’obscurantisme se pointent encore le bout du nez.  

Le simple fait que les États-Unis, la plus grande puissance du monde, soient dirigés par un grossier misogyne harceleur de femmes, en dit très long sur le sujet.  

Voilà maintenant que dans ce même pays, la misogynie et l’obscurantisme (souvent de droite et fondamentaliste chrétien) opèrent un retour en force.  

Ce mardi, le Sénat de l'État de l'Alabama – majoritairement républicain -, a adopté un dangereux projet de loi visant à criminaliser l’avortement en l’interdisant même lorsqu’il y a eu viol ou inceste. Les seuls motifs acceptés sont si la santé de la mère est en danger ou si le fœtus souffre d’une «anomalie létale».  

Quant aux médecins qui pratiqueraient néanmoins un avortement, ils seraient passibles d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à 99 ans. Ne manquent plus que les donjons et les coups de fouet  

Si cette loi est signée par la gouverneure républicaine de l’État, l’objectif de cette régression sociale et juridique majeure est d’enclencher une lutte juridique pouvant aller jusqu’à la Cour suprême, dont les juges sont maintenant majoritairement de droite.  

Le tout, dans le but final de tenter d’y faire renverser, en tout ou en partie, la décision historique de la Cour suprême rendue en 1973 – Roe v. Wade -, reconnaissant aux femmes le droit à l’avortement tant que le foetus n’est pas viable.  

On se croirait en plein cauchemar. Eh oui, nous le sommes bel et bien.  

Au point même où non moins de 28 États américains ont déjà légiféré une multitude de restrictions au droit à l’avortement. Je répète : 28.  

Aux États-Unis, des mouvements féministes et de défense des droits humains se mobilisent. Idem du côté du Part démocrate. En Alabama, des femmes manifestent aussi devant le Sénat habillées en servantes écarlates. (Référence ici au roman iconique de Margaret Atwood sur un monde futur où la fertilité des femmes est contrôlée par un régime totalitaire.)  

Car le risque de voir Roe vs. Wade renversé éventuellement, en tout en partie, est bien réel. Ceci n’est pas une blague.  

Le fondamentalisme religieux et ultra-conservateur anti-femmes ne règne pas non plus qu’au sud de notre frontière.  

Pour fins de mémoire, rappelons en effet qu’en 2010, le cardinal québécois Marc Ouellet déclarait souhaiter la criminalisation de l’avortement au Canada, même en cas de viol. Oui, oui, même en cas de viol. Avorter, disait-il est un «crime».  

Heureusement, les curés, évêques et cardinaux ne sont pas des élus. Leur pouvoir d’influence au Québec est également et heureusement chose du passé.  

Il n’en reste pas moins que dans la plus grande puissance de la planète, juste au sud de nous, la menace gronde très concrètement contre le droit des femmes à disposer de leur corps.  

Elles ont urgemment besoin de notre solidarité.