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Le dur constat de Catherine Fournier

Le PQ n'a pas été conçu pour durer dans le temps...

GEN-Conférence de presse de Catherine Fournier
PHOTO AGENCE QMI, MARIO BEAUREGARD Catherine Fournier

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Que nous dit Catherine Fournier?   

On pourra tirer sur la messagère tant que l’on voudra, mais son propos n’est pas sans pertinence.   

Certains diront que c’était un acte manqué, de la folie, de l’égarement. Cette conférence de presse, attendue, où l’une de ces figures marquantes de la «jeunesse» au PQ et dans le mouvement souverainiste, avait une annonce importante à faire.  

Ce n’était plus un secret au moment de l’annonce, la députée de Marie-Victorin allait quitter le caucus du PQ. Pour faire quoi?   

On ne le sait pas encore. Étrange coïncidence que celui qui a enregistré le nom «Option Québec» auprès du DGEQ, il y a quelques jours à peine, soit un proche de Jean-Martin Aussant (JMA). Mais bon. Pure spéculation.   

On me dit que Catherine Fournier serait la marionnette de JMA. Voyons donc. Cette députée a montré dans le passé qu’elle avait du front tout le tour de la tête. Elle est tout à fait capable d’assumer son destin politique.   

Compte-t-elle des alliés? Assurément.   

Le dur constat de Catherine Fournier  

En gros, la députée de Marie-Victorin en vient au dur constat que le Parti québécois ne sera plus le véhicule capable de rassembler les indépendantistes, que quelque chose s’est brisé avec le temps entre le PQ, ce monument de notre histoire politique – c’est indéniable, et la population du Québec.  

Ce parti qui n’a su faire élire de gouvernement majoritaire depuis plus de 20 ans. Les plus jeunes n’auront connu que l’éphémère gouvernance minoritaire de Pauline Marois – tout de même la première femme à avoir occupé la chaise de première ministre au Québec. On ajoutera cela aux autres nombreuses réalisations du PQ.  

Ce parti mis à mort de manière constante; ce parti dont l’un des grands quotidiens francophones du pays s’est donné comme mission de le combattre, par tous les moyens possibles. Ce parti essoufflé, ce parti raqué par l’énergie dépensée sans cesse pour la survivance; la sienne, celle de sa cause.   

Un parti emblématique au sein d’une nation où, sciemment, on n’enseigne plus l’histoire. Où l’on enseigne que l’attachement à l’identité de la nation est un vice, une tare. Tout pour l’ECR, si peu pour l’histoire...  

René Lévesque, Doris Lussier et Félix Leclerc en janvier 1980.
Photo d'archives
René Lévesque, Doris Lussier et Félix Leclerc en janvier 1980.

Le PQ n’a pas été conçu pour durer dans le temps  

Le PQ entre dans sa 51eannée d’existence. Ce parti qui ne devait pas durer dans le temps, ce parti d’une cause, celle de l’indépendance du Québec. Cette cause qui évolue, existe et connait ses propres soubresauts, ses moments de passion et d’indifférence. Difficile équilibre que celui de faire cohabiter, sur une si longue période, des alliances qui, de façon inhérente, doivent être ponctuelles.  

Ça aussi, à sa façon, Catherine Fournier le rappelle. Par son geste, aussi malhabile puisse-t-il se révéler. À ça, nous n’avons pas encore de réponse. Le PQ s’est scindé au fur et à mesure que l’échéancier de l’indépendance s’est étiolé, en son sein, dans la population aussi.  

L’idée de l’indépendance du Québec ne va pas mourir. Les partis se font, se défont, se transforment, se définissent, se refondent, meurent et renaissent sous d’autres formes, d’autres noms.   

Les partis sont aussi des entités qui suscitent appartenance. Pour emprunter à la formule de Falardeau, un parti qui meurt, ça peut mourir longtemps.   

En réaction à la sortie de Catherine Fournier, un homme pour qui j’ai un respect immense, Paul St-Pierre Plamondon, a souligné quelque chose de très important :   

«Sur Osez repenser le PQ, Catherine Fournier affirme que la démarche de renouvellement aura été un échec. Elle n’a pas tort. Catherine a été très impliqué dans la démarche de renouvellement et de mise sur pied d’un “Congrès Alternatif” pour réunir les jeunes suivant la tournée Osez repenser le PQ. Elle a vu les nombreux sabotages de la démarche Osez repenser le PQ à l’interne, les multiples efforts des instances du parti pour faire dérailler ce congrès parallèle des jeunes et du renouveau. Aujourd’hui, certains des auteurs de ce sabotage en appelle au renouvellement du PQ : si j’étais elle, je ne trouverais pas ces appels au renouvellement très crédibles non plus. Catherine Fournier est une femme lucide et je partage plusieurs des constats qu’elle pose.»  

Voilà qui aidera à comprendre pourquoi il y a un nombre non-négligeable de militants, de gens impliqués au PQ qui en sont venus à la conclusion que ce parti pourrait bien non-réformable de l’interne.   

Le Parti québécois est à la croisée des chemins. Ce n’est plus une formule toute faite. Il est désormais 4e parti à l’Assemblée nationale en terme de députés, 3e si l’on considère le vote populaire.   

Sur une pente aussi abrupte, aussi escarpée, il est pas mal plus facile de descendre que de monter. Pour que le PQ retrouve sa pertinence, si c’est encore possible, il devra accepter que toutes les avenues doivent être à considérer; dont celle de céder sa place, si c’est le chemin qui aide à réaliser la cause qui l’a vu naitre.   

D’ailleurs, ceux qui ont cette cause à cœur, ailleurs, dans le champ gauche de l’Assemblée nationale, plutôt que de danser et de tout faire pour récupérer le geste, courageux, de Catherine Fournier, auront, tôt ou tard à se poser la même question.