/misc
Navigation

Comestibles au cannabis: commencez-vous à avoir faim?

Dossier POT
Photo d'archives, Martin Chevalier En 2017, j'avais commandé plusieurs comestibles au cannabis pour un reportage. Gageons que ceux qui se trouveront sur les tablettes de la SQDC seront un peu moins attrayants. Mais leur taux de THC sera sûrement mieux contrôlé que celui des produits que j'avais reçus et testés en laboratoire.

Coup d'oeil sur cet article

Ce qui est intéressant, avec l’arrivée prochaine des comestibles, un an après la légalisation du cannabis, c’est que ça nous permet d’entretenir l’idée que l’apocalypse est proche.   

Ce n’est pas arrivé le 17 octobre dernier. Mais retenons notre souffle. Bientôt, les bonbons au pot arrivent!!!       

Encore récemment, les hôpitaux nous ont rappelé que les cas d’intoxication au cannabis ont augmenté depuis peu.       

Pour ma part, je suis de ceux qui sont bien plus préoccupés par le glyphosate, la survie des abeilles et le retour de Beverly Hills 90210 que par l’arrivée des brownies au pot à la SQDC.       

N’empêche. Lorsque le ministre délégué à la Santé Lionel Carmant parlait d’interdire de fumer du cannabis dans les lieux publics en expliquant que les gens n’avaient qu’à prendre des comestibles, j’avalais un peu de travers ma gorgée de kombucha vivace.       

J’ai l’impression que personne ne lui avait expliqué que les effets du cannabis ingéré sont autrement plus intenses et difficiles à évaluer pour les néophytes.      

Même en essayant de bien doser sa portion, il y a tellement de paramètres à considérer (est-ce qu’on a l’estomac vide, par exemple, sans parler du délai d’action) qu’il m’arrive encore qu’il arrive encore à mes amis de réaliser un peu trop tard qu’ils en ont finalement trop pris.        

«Les délais d’action et la durée d’action sont variables et diffèrent du cannabis fumé [...] la nature des effets est différente, aussi, explique Jean-Sébastien Fallu, professeur en prévention de la toxicomanie à l’Université de Montréal. Lorsque le THC est consommé oralement, il est métabolisé par le foie et se transforme en partie en 11-hydroxy-THC. Ce cannabinoïde produit des effets différents.»       

Parenthèse, ici, pour préciser que mon correcteur ne reconnaît pas encore les mots «cannabinoïde» et «kombucha» (ARRIVE EN 2019, VIARGE).       

Les risques d’intoxication involontaire d’enfants ou d’erreur de dosage sont plus grands avec les comestibles, certes. OK, mais une fois qu’on a rappelé aux parents l’importance d’être... parents, regardons de plus près les enjeux.       

M. Fallu, réalisant un contrat pour le producteur de cannabis HEXO, est allé voir comment la Californie et le Colorado avaient géré la légalisation des edibles, afin de faire des recommandations pour le marché canadien et québécois.       

J’ai obtenu son rapport. Je n’entrerai pas ici dans le débat sur le fait qu’il a été payé par l’industrie pour faire ce travail, parce que ce n’est pas le but de ce texte, mais je trouvais tout de même important de le mentionner.       

Encadrement et éducation  

Le chercheur affirme notamment qu’un des problèmes fondamentaux observés aux States est qu’il «n’y avait pas une culture et une connaissance de ces produits, comparativement à la fleur de cannabis ou à l’alcool».  

Avant la légalisation, il n’y avait pas eu de campagne d’éducation, de règles de dosage maximal de THC ou même des portions individuelles, «ce qui a créé une situation propice à des cas de consommation involontaire», écrit le professeur.        

Même si notre marché sera autrement mieux encadré que celui du Colorado à la légalisation, on n’a pas plus de culture ou de connaissance des comestibles au Québec.        

M. Fallu recommande donc «une campagne d’éducation sur les délais d’action, les effets et la durée des effets des produits comestibles, ainsi que sur l’entreposage sécuritaire, AVANT l’entrée en vigueur de la légalisation et l’accès aux produits».  

Le mot clé, ici, est «avant». Le lecteur attentif aura compris que c’est pour ça que l’auteure l’a écrit en lettres majuscules (concept largement démocratisé par Marie-Chantal Toupin, d’ailleurs).       

Il reste encore six mois avant d’avoir des jujubes sur les tablettes de la SQDC... espérons que Notre Gouvernement (c’est comme ça qu’il faut dire, maintenant, avec la CAQ ) aura le temps de se pencher sur le sujet, lui qui est empêtré dans l'étude du projet de loi 2 pour interdire la consommation chez les moins de 21 ans.       

À ce sujet, jeune aficionado de la feuille verte âgé de 18 ou 19 ans, le projet de loi n’a pas encore été voté. Tu as donc encore le droit de consommer légalement tout l’été. Après, la loi sera votée et tu retourneras acheter sur le marché noir réaliseras que le cannabis, c’est légal, mais pas banal.        

La bonne dose  

M. Fallu est aussi d'avis que la quantité maximale de THC par portion devrait être fixée à 5 mg. Il y a eu tout un débat sur le sujet au Colorado et la dose a finalement été fixée à 10 mg. Il s’agissait un peu d’un compromis avec l’industrie. Santé Canada propose aussi 10 mg. 

Le hic est que ce sera 10 mg par emballage, ce qui semble très restrictif (bonjour le suremballage). M. Fallu recommande pluôt un maximum de 100 mg de THC au total par emballage (et où chaque portion individuelle est de 5mg). 

«Les discussions que j’ai pu avoir et l’état des connaissances scientifiques soutiennent cette recommandation de 5 mg maximum par portion, écrit M. Fallu. La recherche a montré qu’environ 70% des consommateurs ressentent les effets d’une dose de 10 mg [...] Les connaissances actuelles montrent néanmoins que la dose minimale pour ressentir des effets va de 2,5 mg à 5 mg», poursuit le professeur.       

Une dose de 10 mg semble élevée pour les novices, selon lui. «Aussi, le THC consommé oralement est métabolisé par le foie, ce qui produit de l'hydroxy-THC, que même les consommateurs invétérés de cannabis ne connaissent pas. [...] Les effets sont lents à apparaître et, dans ce contexte, la consommation de moindres quantités semble appropriée et recommandée», explique-t-il.       

Il recommande aussi de modifier la loi pour permettre l’utilisation de la feuille de cannabis sur les emballages/contenants. «Il ne s’agit pas ici de promotion, mais de sécurité. En effet, plusieurs personnes ne savent pas ce que signifie “THC”», écrit-il.       

À ce sujet, Santé Canada imposera un «symbole normalisé du cannabis», mais ce n'est pas clair s'il s'agira du même symbole de THC que pour le cannabis séché. On pourra aussi lire sur l’étiquette les taux de THC et de CBD, mais aussi les équivalences en cannabis séché pour déterminer la limite de la possession dans un lieu public. Bonne idée.        

Ne vous inquiétez pas, la liste des ingrédients, les allergènes et les valeurs nutritives seront aussi inscrits, parce que les vegans, les allergiques et les personnes au régime ont ben le droit de se péter la face eux aussi.         

Les emballages de produits comestibles sur le marché noir. Je ne suis pas experte en marketing ou en santé publique, mais je crois que le marché légal pourra faire mieux en la matière.
Photo Martin Chevalier
Les emballages de produits comestibles sur le marché noir. Je ne suis pas experte en marketing ou en santé publique, mais je crois que le marché légal pourra faire mieux en la matière.

Autre point intéressant: M. Fallu recommande de créer des établissements où l’on pourrait consommer des produits comestibles. Il n’y aurait pas de vente de drogue ou d’alcool. Ce serait une façon de rejoindre le consommateur pour changer les normes et la culture autour de la consommation dans les lieux publics et de la conduite avec capacités affaiblies par le cannabis.        

«Dans cet ordre d’idées, il faut rendre accessibles des services de transport, surtout en région, où les transports en commun ou les services comme Uber sont peu ou pas accessibles», souligne M. Fallu.     

Brainstorm inspiré  

Question d'apporter ma contribution au débat, j’ai lancé un petit brainstorm sur le groupe Facebook Cannabis 101 pour trouver des noms à ces commerces. Ne me remerciez pas.     

Vous avez été nombreux à répondre, voici un échantillon:       

Mes prefs (parce que j’aime les jeux de mots douteux, comme le prouve le nom de mon blogue): «Weed, je le veux» et «Buzzton Pizza».       

Il y a aussi tous les noms avec des mots qui évoquent le pot: Bienvenue chez «Marie-Jeanne», «Chez potteux», «Café potpulaire», «Cannabar», «chez Cocotte», «Potproblème», «Salon de ThéHC», «Le salon des herbes» ou «Herbes et compagnie», «Chez mon pot», le «Pot-au-feu»     

Il y a les romantiques: «Marie, je t’aime», «Imagine café», «Les fleurs du mal», «Au pays des merveilles», «Café de Fleur».       

Il y a les anti-loi 101: «Edible Café», «Munchies».       

Et les vulgaires, parce que c’est toujours drôle: «Mange-moi l’pot» et «Crisse-moi la paix café».       

Vos suggestions?

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions