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Les crieurs de l’apocalypse

Les crieurs de l’apocalypse
vchalup - Fotolia

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J’ai beau être un grand, grand fan de l’écrivain Stephen King, j’ai beaucoup trop souvent l’impression de vivre dans une de ses histoires depuis un certain temps. Quelques exemples : il y a certainement un parallèle entre Randall Flagg, le méchant du Fléau de King promettant la sécurité des individus en échange de dévouement aveugle, et Donald Trump. Les gens s’entredéchirent sur les médias sociaux comme les survivants du supermarché dans Brume. Les chiens attaquent comme le Saint-Bernard Cujo et ainsi de suite.  

  

De plus en plus, je pense à la nouvelle Les Enfants du maïs que King a publiée en 1978. Dans cette nouvelle du recueil Danse Macabre, un couple en voyage au Nebraska tombe sur une petite commune d’enfants. Aucun adulte dans les parages. L’explication viendra, trop tard pour sauver le couple : tous ceux qui ont plus de 19 ans sont sacrifiés à « Celui qui Règne dans les Sillons » de maïs. En échange, évidemment, d’une plus belle nature, de meilleures récoltes.       

  

Je pense à ce récit notamment quand je vois ces gens qui suivent aveuglément une jeune fille de 16 ans dont nous ignorions l’existence même il y a deux ans et je me demande ce qui est arrivé à notre sens critique.        

  

Entendons-nous : ce que Greta Thunberg a réussi à avoir comme impact en même pas deux ans est immense. Je ne dis pas justifié, mais incontestablement et bizarrement immense. Cependant, même Reporterre, quotidien français consacré à l’écologie, démontre que la jeune femme est une création du marketing vert. Lisez l’article Le capitalisme vert utilise Greta Thunberg si vous ne me croyez pas. Je pense que si Thunberg était utilisée à n’importe quelle autre cause, la majorité trouverait ça odieux. Mais pour « l’environnement », ça passe. Tout comme terroriser les enfants au point de leur causer de l’anxiété : pour toute autre cause, la société trouverait ça odieux. Pour « l’environnement », ça passe.       

  

Je ne veux pas faire le procès de Thunberg, je n'ai aucun doute sur sa sincérité et elle avoue elle-même que son autisme l'amène à voir les choses en noir ou blanc, sans nuance de gris. Je veux souligner que chez beaucoup trop de « verts », la notion même d’objectivité a foutu le camp, qu'il n'y a pas plus de gris. Dès qu’on veut ramener un peu de rationalité dans la discussion, des gens très très émotifs nous balancent un « Mais la science! », comme si la science ne se trompait jamais, ne se remettait jamais en question, ne changeait jamais. On nous balance un « 97% des scientifiques sont d’accord ». Oui mais il y a aussi eu une l’époque où les médecins recommandaient des marques de cigarette.        

  

Je fais une parenthèse ici : remarquez qu’à aucun moment dans mon texte je n’ai écrit que je ne croyais pas aux changements climatiques. J’y crois, avec de gros bémols. Mais je crois tout autant en la nuance, en l’objectivité. J’ai également horreur des crieurs d’apocalypse peu importe la cause qu’ils choisissent pour leur fin du monde : le retour de Jésus, l’invasion islamiste ou l’implosion de la planète.       

  

On nous prédit la Fin du Monde depuis... la naissance de celui-ci. Ce n’est pas parce que cette fois, la religion en cause rejoint vos croyances que c’est davantage vrai.        

  

La Fondation Suzuki prévoyait en 2009 la fin des sports d’hiver au Canada pour 2020 . Je cite le rapport : « Le traditionnel patinage sur le canal Rideau, dans la capitale fédérale, descendrait de 61 à 44 jours en 2020 ». Vérifions : toujours selon Radio-Canada, « La saison (2019) aura d onc duré 71 jours, dont 59 jours de patinage, soit autant de journées d'ouverture qu'en 2014-2015 ».       

  

Les inondations de 2019 causées par les changements climatiques? Pas si vite les croyants...  

  

Je comprends le réflexe : quand on veut vendre un film ou une série télé à un ami, on beurre plus épais pour les convaincre. Avec la résultante que souvent, nos amis sont déçus parce qu’on leur a créé des attentes irréalistes.        

  

Si on veut regrouper les gens, unir la population pour des solutions réalistes, applicables, il faut absolument cesser de crier à l’apocalypse parce que ça rebute ceux et celles qui pourraient agir quotidiennement. Les extrêmes forcent les gens à se positionner à l’extrême opposé.       

  

Il faudrait aussi cesser de dire que « le gouvernement ne fait rien » parce que 1-c’est faux et 2-ça ne donne pas beaucoup de crédibilité au message. Mentionnons ici que Greta Thunderg proteste dans le pays qui a déjà le programme de réduction des GES le plus ambitieux de la planète (zéro GES d’ici 2050).       

  

Autrement dit, plus de dialogue nuancé, moins de crieurs d’apocalypse comme les Ferrandez, Champagne, Thunberg et autres. Ces gens nuisent plus à la cause qu’ils n’aident. Voyez le plafonnement des signatures du Pacte depuis quelques mois.        

  

Je termine avec un « spoiler », un divulgâcheur si vous préférez : Les Enfants du maïs se termine ainsi : insatisfait comme le sont toujours les Dieux, même les Dieux de la nature, Celui qui Règne dans les Sillons fait abaisser l’âge du sacrifice de 19 à 18 ans.