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Passages irréguliers à la frontière... Talon d'Achille des libéraux

Le PLC se sait vulnérable par rapport à sa gestion de la frontière et sur la question des réfugiés.

Passages irréguliers à la frontière... Talon d'Achille des libéraux
Le Journal de Québec

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Réfugiés à la frontière – spectaculaire revirement des libéraux de Justin Trudeau! 

Le Parti libéral du Canada se sait vulnérable par rapport à sa gestion de la frontière et sur la question des réfugiés. Année électorale oblige, le parti de Justin Trudeau veut se donner une nouvelle image sur ce dossier. 

Dans six mois presque jour pour jour, la population canadienne sera appelée aux urnes. Et l’une des questions importantes lors de la campagne électorale risque bien d’être la gestion de la frontière canadienne.  

 

Passages irréguliers à la frontière... Talon d'Achille des libéraux
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Le Parti libéral du Canada doit défendre un bilan très discutable quant à sa gestion de la frontière. Au cours des dernières années, le Canada a dû faire face à des vagues de ressortissants qui n’ont pas hésité, à coup de milliers, à profiter d’une « faille » dans le système afin de court-circuiter le processus conventionnel d’immigration. 

Dès lors, la population du pays a commencé à entendre parler de « passages irréguliers » à la frontière. À la frontière du Québec, essentiellement. Car ces passages « irréguliers » ont été concentrés, à plus de 90%, à la frontière du Québec. 

Le chemin Roxham au Québec est devenu la porte d’entrée de tous ceux qui désiraient répondre à l’invitation du premier ministre Justin Trudeau. Dans le sens de ce tweet, qui a beaucoup fait jaser... 

Bien des observateurs et des analystes ont critiqué le PM d’avoir osé envoyer pareil signal de par le monde. Au sein de la fonction publique fédérale, on s’est inquiété des conséquences de ce tweet sur la quantité de demandes d’asiles que celui-ci pourrait générer. 

On connaît la suite. Par milliers, les ressortissants ont pris la route –pas trop compliquée – vers le Canada. Destination chemin Roxham. Un petit fossé à enjamber, des agents qui vous attendent de l’autre côté.  

Au Canada, comme au Québec, pareille gestion de la frontière en a indigné plus d’un. Et avec raison.  

La bataille de l’opinion publique 

Dans les cercles libéraux, on a commencé à s’inquiéter quand l’aiguille des sondages – longtemps favorable aux PLC – a commencé à osciller dans la direction inverse, vers les conservateurs.  

Le dossier de la gestion de la frontière a fait mal aux libéraux. L’été dernier, l’analyste politique Éric Grenier (fondateur de 308.com), à la CBC, statuait que les libéraux perdaient la bataille de l’opinion publique concernant la question de l’afflux des réfugiés à la frontière.  

Une vague qui n’a pas perdu beaucoup de vigueur selon les derniers chiffres. Les statistiques du ministère de l’Immigration et des réfugiés au fédéral montrent qu’entre février 2017 et janvier 2018, ce sont plus de 38 600 demandes qui ont été faites à la suite de passages « irréguliers ». De ce nombre, 9330 demandes ont été traitées et la moitié d’entre elles, acceptées.  

Commentant un sondage Angus Reid sur la question, Grenier faisait remarquer que 65% des répondants jugeaient que le nombre d’entrées « irrégulières » était trop élevé et près de 50% choisissaient le chef conservateur comme leader de confiance pour régler cette crise comparativement à 30% pour Justin Trudeau. 

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AFP

Changement de cap drastique des libéraux 

Au cours des dernières semaines, le PLC de Justin Trudeau a opéré un spectaculaire changement de cap sur cette question... juste à temps pour les élections. 

Et c’est précisément ce qu’explique John Delacourt, vice-président de Ensight Canada et ancien employé du Parti libéral du Canada. Selon lui, le gouvernement Trudeau doit agir sur la question des passages « irréguliers » et montrer qu’il serre la vis et entend bloquer la « faille » dans le système qui rend le passage à la frontière trop facile. 

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Le Journal de Québec

 

Pourtant, cela va à l’encontre de l’ensemble de l’action gouvernementale dans ce dossier. Pourquoi pareil revirement de la part d’un parti politique qui semblait pourtant bien à l’aise avec le concept de « fluidité » à la frontière?  

Simple, les chiffres!  

Au cours des derniers mois, le PLC a piqué du nez dans les sondages. Trudeau est désormais 2e et le Parti conservateur consolide ses appuis.  

John Delacourt pointe aussi vers un terrain politique crucial, le Québec, où le PLC menait sans partage il y a quelques semaines à peine. Mais la donne change. Le Bloc québécois pourrait brouiller les cartes, notamment en dehors de l’île de Montréal.  

Le sondeur Greg Lyle de la firme Innovative Research, explique plus en détail dans un texte du Hill Times publié en fin de semaine dernière :  

« La décision du Parti libéral de durcir sa politique dans le dossier des réfugiés pourrait également être motivée par les batailles prévues contre le Bloc québécois dans les villes hors métropole et les régions rurales du Québec lors des prochaines élections. » 

L’auteur du texte dans le Hill Times Peter Mazereeuw ajoute que « plus de la moitié des Canadiens sondés par Innovative Research en septembre ont déclaré que le gouvernement n'était pas «assez agressif» dans son approche face aux immigrants entrés illégalement au Canada, tandis que 6 % ont dit qu'il était «trop agressif», 26 % ont déclaré «qu’il agissait de manière appropriée» et 15 % ont déclaré ne pas savoir ou n’ont pas répondu. »  

Et plus loin, citant le sondeur Lyle, « que 40 % des partisans du Parti libéral ont déclaré que le gouvernement n'était pas assez agressif sur cette question, selon le sondage, et 57 % dans le cas des répondants au Québec. «Pour moi, c'est une donnée essentielle » 

Plus de 70 % des personnes interrogées ont déclaré que « la question des immigrants qui entrent au Canada illégalement en ce moment » était un problème grave, y compris 65 % des partisans libéraux et 81 % des répondants au Québec. 

Le Bloc québécois fait bien en région de la province, a déclaré M. Lyle. Il se démarquera des libéraux en s’opposant aux oléoducs et aux gazoducs et en dénonçant l’achat du pipeline Trans Mountain par le gouvernement libéral. Le Bloc adoptera aussi une approche plus «nationaliste» en matière de politique d'immigration. » 

Voilà qui explique la volte-face spectaculaire du parti libéral en matière de gestion de la frontière et des réfugiés. L’odeur de la soupe chaude et les sondages qui montrent que le PLC est en profond décalage par rapport à la population canadienne (et québécoise, de façon encore plus prononcée) sur la question des passages « irréguliers » à la frontière. 

(À noter, l’usage du terme « illégal » dans ce texte pour qualifier les passages à la frontière respecte l’emploi du terme choisit par les auteurs des textes cités en anglais.)