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«Seul ensemble»: à la hauteur du mythe Fiori

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Le Cirque Éloize élève d’un cran le culte voué à Serge Fiori avec le spectacle Seul ensemble. D’une grande beauté, la production célébrant l’œuvre de l’ex-leader d’Harmonium offre un tendre et heureux mariage des musiques de Fiori et de l’art du cirque, qui émeut et fait rire. 

Après avoir entretenu le mystère pendant plusieurs mois, le Cirque Éloize dévoilait finalement mardi, au Théâtre St-Denis, le fruit du labeur de la quarantaine d’artistes et artisans (dont cinq danseurs et 15 acrobates, et les collaborateurs musicaux Louis-Jean Cormier et Alex McMahon) qui ont planché à faire revivre le legs artistique de Serge Fiori, à la fois muse et directeur musical de cette aventure aussi excitante que risquée. 

Il n’y avait qu’à constater à quel point les halls des deux salles du Théâtre St-Denis étaient bondés en ce soir de première médiatique pour mesurer l’importance du mythe Fiori chez les artistes du Québec... Et la nécessité, pour le Cirque Éloize, d’être à la hauteur de l’icône avec cette œuvre assemblée spécialement pour lui rendre hommage. 

Pari relevé 

Heureusement, la compagnie montréalaise a réussi son pari. Le metteur en scène Benoît Landry a fignolé une trame rythmée, où danse et acrobaties célèbrent les paroles de Fiori, autant que celles-ci servent les mouvements qui se déploient sous nos yeux. L’aspect visuel de Seul ensemble n’éclipse pas la portée des chansons, et vice-versa. L’union est fluide et sans reproche. 

Aux premiers pas, on se laisse rapidement envoûter par les tableaux consacrés à Vert et Comme un fou, tout en cherchant quand même un tantinet nos repères entre la voix grave de Fiori et les prouesses physiques qui y sont greffées. On tente de comprendre la raison d’être de la pirouette dans ce nuage musical déjà autosuffisant, le boulot accompli par Louis-Jean Cormier et Alex McMahon aux arrangements étant, à lui seul, porteur d’une grande magie. Mais la réponse viendra d’elle-même au gré des segments, et elle ira vite de soi. 

Sur En pleine face, en troisième piste, le personnage Fiori, dans toute sa grandeur et sa splendeur, apparaîtra en gros plan à l’écran, nonchalant, intense, sérieux, inhalant une lampée de son indispensable cigarette, et c’est à cette minute que Seul ensemble prendra véritablement son envol. Difficile de réprimer en sourire en regardant le légendaire auteur-compositeur observer avec attention les acrobates suspendus autour de lui, qui «tombent» les uns après les autres, dans un effet de projection parfaitement mis en œuvre. Celui-ci culminera dans une magnifique tempête virtuelle, créatrice d’émerveillement. 

Au son de De la chambre au salon, des athlètes de main à main s’exécuteront à l’ombre d’une immense pierre précieuse scintillante bleutée, donnant leur sens aux Dis-moi où je suis des couplets. 

Plus loin, il fallait y penser, mais Viens danser se prêtait d’emblée à merveille au joyeux numéro de jonglerie mené par une amusante tête de lapin, dont la conclusion est un habile trompe-l’œil. 

De surcroît irréprochable au niveau des décors, des costumes et des chorégraphies, Seul ensemble propose d’autres amalgames songés entre les classiques du répertoire de Fiori (Depuis l’automne, Premier ciel, Le corridor, Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie, Histoires sans paroles, L’exil, Dixie, Harmonium, Comme un sage) et les disciplines incontournables de toute prestation de cirque (sangles, planche coréenne, trapèze, mât chinois, roue Cyr, contorsions diverses), chaque fois avec émotion. 

Nul besoin d’être infiniment nostalgique des années de gloire de Fiori et d’Harmonium pour apprécier cette fresque ludique et pleine d’optimisme qu’est Seul ensemble, poétique par instants et festive à d’autres moments, qui appelle au rassemblement et à la solidarité, illustrant magnifiquement bien son titre.